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Ringo Starr révèle : « Le vrai secret des Beatles, c’était l’amitié »

Publié le 04 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Il y a quelque chose d’inépuisable dans le mystère Beatles. Plus de cinquante ans après leur séparation, le monde continue de chercher à comprendre comment ces quatre garçons venus du nord de l’Angleterre ont pu révolutionner à ce point la musique populaire, transformer la culture mondiale et inscrire leur nom dans l’imaginaire collectif à un tel degré d’intimité. Le talent ? Bien sûr. Le génie mélodique, l’audace artistique, la chance d’être nés au bon endroit au bon moment ? Évidemment. Mais si l’on en croit Ringo Starr, le secret se trouve ailleurs. Dans un mot simple, trop souvent oublié : l’amitié.

Dans un échange chaleureux avec le journaliste Dan Rather pour la chaîne AXS TV, Ringo est revenu, avec une émotion non feinte, sur ce qu’il considère comme le cœur battant de l’aventure Beatles : la camaraderie, la loyauté, et la capacité à se dire les choses entre amis. Plus que les guitares Rickenbacker ou les studios d’Abbey Road, c’est la confiance entre eux quatre qui, selon lui, explique le phénomène.

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« C’était un pour tous, et tous pour un »

« Je donne toujours du crédit au fait qu’on était quatre », dit-il, les mots choisis avec la sagesse de celui qui a tout vu, tout vécu. Il poursuit : « L’un de nous pouvait péter un câble ou se prendre pour une star. Et les trois autres lui disaient : ‘Pardon ?’ »

Cette dynamique de régulation mutuelle, Ringo la décrit non pas comme un contrôle, mais comme une forme d’équilibre affectif. Un lien si fort qu’il permettait à chacun de garder les pieds sur terre, même alors que le monde entier criait leur nom. Dans une industrie souvent gangrenée par l’ego et l’isolement, les Beatles s’étaient construits, d’abord et avant tout, comme un groupe. Une entité organique. Une famille choisie.

C’est cette cohésion, presque militaire dans sa discipline mais affectueuse dans son fonctionnement, qui a empêché le groupe de dérailler trop tôt. Car malgré les tensions, les divergences musicales, les conflits d’intérêts ou d’ambitions, ils ont toujours été, dans l’intimité du studio comme dans les chambres d’hôtel ou les coulisses, quatre gamins de Liverpool qui ne se prenaient pas (encore) pour des dieux.

L’effet Elvis : la solitude de la star contre la force du collectif

C’est en évoquant une rencontre en apparence anodine que Ringo illustre le mieux cette philosophie. Le jour où les Beatles rencontrèrent Elvis Presley, icône absolue de leur jeunesse, quelque chose troubla profondément le batteur : « Je me suis dit : c’est triste, il est tout seul. » Le King était entouré, certes — d’agents, de gardes du corps, de courtisans — mais fondamentalement seul.

Ringo, lui, avait « trois grands potes ». Et cette différence, il la ressent comme une chance immense. Il comprend que la gloire, aussi étincelante soit-elle, n’a de sens que si elle est partagée. Que monter sur scène ou écrire un chef-d’œuvre ne vaut la peine que s’il y a, à vos côtés, quelqu’un pour le vivre avec vous. Quelqu’un qui vous connaît depuis toujours. Quelqu’un qui peut, aussi, vous rappeler d’où vous venez.

Une fraternité plus forte que les disputes

Bien sûr, les Beatles ne furent pas exempts de conflits. Et Ringo n’en dissimule rien. La fin du groupe, en 1970, fut douloureuse. Les différends s’étalèrent dans la presse, les chansons de Lennon et McCartney devinrent des joutes lyriques, et les chemins se séparèrent. Mais même dans ces moments de rupture, Starr affirme qu’il existait toujours, en filigrane, une affection profonde.

C’est sans doute ce qui explique la facilité avec laquelle les anciens complices ont, par la suite, su retrouver un lien. Lennon et McCartney se sont reparlés, se sont revus. Harrison et Starr ont continué à collaborer. McCartney et Ringo ont partagé la scène à plusieurs reprises, jusqu’à récemment encore. Il ne s’agit pas d’une nostalgie commerciale : ce sont les retrouvailles d’hommes liés à jamais par quelque chose que ni le temps, ni la mort, ni les millions d’albums vendus ne peuvent effacer.

Le groupe avant l’individu : une leçon pour tous les musiciens

Le propos de Ringo ne s’adresse pas qu’aux fans de la première heure ou aux nostalgiques de l’époque des mop-tops. Il est universel. Il dit quelque chose d’essentiel sur la manière de construire, dans la durée, une œuvre collective. Sur la nécessité de s’entourer de gens de confiance. Sur le fait que le succès ne se mesure pas uniquement à la célébrité ou à l’argent, mais à la qualité des liens humains qu’on tisse en chemin.

« On n’était pas chacun pour soi. C’était tous ensemble. » Cette phrase pourrait sembler naïve, presque scout. Mais dans le contexte de l’industrie musicale contemporaine, où les carrières sont souvent solitaires, hyper-individualisées, elle résonne avec force. Ce que Ringo rappelle, c’est qu’il n’y a pas de chef-d’œuvre collectif sans solidarité. Pas d’explosion créative sans complicité.

Ce que les Beatles avaient de plus : l’humilité entre eux

Les Beatles, malgré leur statut de demi-dieux du XXe siècle, ont toujours su rire d’eux-mêmes. Ce sens de l’autodérision, cette capacité à désamorcer l’orgueil par la plaisanterie, c’est aussi un des piliers de leur longévité. Ringo, souvent présenté comme le « quatrième Beatle », le « discret », fut en réalité l’un des ciments du groupe. Il observait, calmait, riait, temporisait. Il n’a jamais cherché à imposer sa voix. Mais sans lui, la maison se serait peut-être écroulée plus tôt.

Ce rôle de modérateur, de sage bonhomme au fond de la scène, il l’assume aujourd’hui avec fierté. Et ses paroles, loin d’être anecdotiques, constituent une leçon précieuse pour tous les groupes, les équipes, les projets collaboratifs, quelle que soit leur nature.

L’ultime héritage : la fraternité comme force

Les Beatles ont changé la musique. Cela, nul ne le conteste. Mais peut-être ont-ils changé, aussi, notre idée de ce qu’un groupe peut être. Non pas une addition d’individualités brillantes, mais une alchimie fragile, nourrie par l’amitié, le respect mutuel et l’amour fraternel.

Ringo Starr, à 84 ans, en est le plus bel ambassadeur. Il continue de tourner, de jouer, de transmettre. Et chaque fois qu’il évoque John, Paul et George, ce n’est pas de légendes dont il parle, mais de « ses potes ». Ceux avec qui il a conquis le monde. Et qu’il n’a jamais cessé de porter dans son cœur.

Le secret des Beatles ? Ce n’était pas la technique, ni les guitares, ni même les chansons. C’était l’amour simple entre quatre garçons qui s’étaient choisis, et qui, envers et contre tout, ne se sont jamais vraiment quittés.


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