En 1967, alors que les Beatles atteignent leur apogée avec Sgt. Pepper, John Lennon trouve en Yoko Ono une muse artistique et politique. Leur relation intensifie les tensions au sein du groupe et mène Lennon vers un radicalisme culturel. En 1968, ils publient Two Virgins, un album expérimental mal reçu, dont la pochette les montre nus, provoquant un scandale. Si George Harrison reste indifférent à cette aventure sonore, Two Virgins incarne le rejet de Lennon des conventions et son engagement artistique avec Yoko, marquant une rupture définitive avec l’identité Beatles.
En 1967, alors que les Beatles atteignaient des sommets psychédéliques avec Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, des fissures commençaient à fragiliser la cohésion du groupe. Ces dissensions s’accélérèrent dès que John Lennon trouva en Yoko Ono une muse artistique et politique. Si l’on a souvent caricaturé leur relation comme la cause principale de la séparation du groupe, il est indéniable que leur union amplifia les tensions déjà présentes. L’influence de Yoko sur John l’incita à plonger dans un radicalisme culturel qui allait marquer son début des années 1970, loin de l’identité beatlesienne.
Sommaire
- Une expérience artistique et amoureuse hors norme
- « Two Virgins » : un ovni musical et un scandale visuel
- George Harrison : un regard distant sur l’expérimentation de Lennon
- Une aventure artistique sans concessions
- Un projet controversé, mais significatif
Une expérience artistique et amoureuse hors norme
Avant même d’enregistrer le double album The Beatles, connu sous le nom de White Album, Lennon et Ono avaient déjà collaboré sur un projet musical expérimental. Leur rencontre remontait à 1966, à la galerie Indica de Londres, où Ono exposait ses œuvres conceptuelles. Parmi elles, Ceiling Painting/Yes Painting, une installation demandant au spectateur de grimper sur un escabeau pour lire le mot « Yes » à l’aide d’une loupe, avait particulièrement marqué Lennon.
Après une correspondance régulière et un soutien mutuel grandissant, leur relation prit une tournure intime en mai 1968. Alors que Cynthia Lennon était en vacances, John invita Yoko chez lui à Kenwood. Ensemble, ils passèrent une nuit à expérimenter avec des collages sonores, mélangeant boucles de bandes magnétiques, bruits ambiants, cris, conversations improvisées et même des enregistrements d’orchestres des années 1920. Cette nuit-là, leur relation artistique et sentimentale fut officiellement consommée.
« Two Virgins » : un ovni musical et un scandale visuel
En novembre 1968, peu après la sortie du White Album, Lennon et Ono publièrent leur projet sonore sous le titre Unfinished Music No. 1: Two Virgins. Le disque, extrêmement expérimental et difficile d’accès, fut très mal reçu. Mais plus encore que son contenu musical, c’est sa pochette qui fit scandale : une photographie en noir et blanc de John et Yoko totalement nus. Ce visuel choqua au point que de nombreux disquaires refusèrent de vendre l’album sans qu’il soit placé dans un emballage dissimulant l’image.
Loin d’être une simple provocation gratuite, cette photographie traduisait la volonté du couple de se présenter au monde dans leur plus pure vulnérabilité, comme deux âmes débutant une nouvelle vie ensemble.
George Harrison : un regard distant sur l’expérimentation de Lennon
George Harrison, souvent considéré comme le « Beatle silencieux », était loin de partager l’enthousiasme de Lennon et Ono pour ces explorations avant-gardistes. Pourtant, Harrison lui-même s’était intéressé à l’expérimentation sonore. Il fut notamment l’un des premiers à introduire le Moog dans la musique des Beatles et participa à la conception de Revolution 9, l’autre morceau expérimental marquant de l’époque White Album.
Malgré cela, il se montra plutôt indifférent à Two Virgins. Lors de l’Anthology en 1995, il déclara sans ambiguïté : « Je ne crois pas avoir vraiment écouté Two Virgins en entier, juste quelques extraits. Ce n’était pas vraiment mon truc. C’était leur affaire, leur trip. Ils étaient tellement investis l’un dans l’autre qu’ils pensaient que tout ce qu’ils disaient ou faisaient avait une importance mondiale, alors ils en ont fait des disques et des films. »
Une aventure artistique sans concessions
L’analyse de Harrison se révèle juste : la relation entre Lennon et Ono ne se limitait pas à une histoire d’amour, elle était une déclaration artistique permanente. Tout ce qu’ils entreprenaient devait être partagé avec le monde, que cela plaise ou non. Ce positionnement fut confirmé par la sortie de deux autres albums expérimentaux : Unfinished Music No. 2: Life with the Lions (1969) et Wedding Album (1969).
Si ces projets restent marginaux dans l’héritage de Lennon, ils témoignent de son refus de se conformer aux attentes du public. Même Double Fantasy, son dernier album sorti en 1980, s’inscrivait dans cette dynamique en étant pensé comme un dialogue artistique à parts égales entre lui et Yoko Ono. Cependant, lors de sa sortie, le disque fut accueilli avec une certaine lassitude par la critique, lassitude nourrie par des années d’exposition médiatique intense du couple.
Un projet controversé, mais significatif
Two Virgins reste un album difficilement défendable d’un point de vue musical, mais il demeure un témoignage fascinant de l’état d’esprit de Lennon en 1968. Radical, audacieux et provocant, il symbolise un moment charnière dans la vie de l’ex-Beatle, où il choisit d’affirmer son identité en dehors du groupe. Si George Harrison n’éprouva jamais le besoin de l’écouter en entier, c’est peut-être parce qu’il avait compris que ce disque relevait moins de la musique que d’un manifeste intime et personnel de John et Yoko, une œuvre d’amour et de défi lancée au monde.
