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Bad Boy : Un joyau méconnu du répertoire des Beatles

Publié le 05 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Parmi les nombreuses reprises que les Beatles ont enregistrées tout au long de leur carrière, « Bad Boy » occupe une place singulière. Cette chanson, écrite par Larry Williams, est l’un des rares morceaux du groupe initialement destinés exclusivement au marché américain avant de faire une apparition plus tardive au Royaume-Uni. Dynamique, énergique et portée par la voix rocailleuse de John Lennon, « Bad Boy » est une démonstration éclatante de l’amour du groupe pour le rock ‘n’ roll pur et dur.

Sommaire

Un titre taillé pour le marché américain

En 1965, les Beatles jouissent d’une popularité sans précédent aux États-Unis. Leur maison de disques américaine, Capitol Records, cherche à exploiter au maximum cette Beatlemania et compile les morceaux du groupe de manière différente de ce qui se fait au Royaume-Uni. C’est dans ce contexte que « Bad Boy » est enregistré le 10 mai 1965, en même temps qu’une autre chanson de Larry Williams, « Dizzy Miss Lizzy ». Ces deux morceaux sont intégrés à l’album Beatles VI, sorti exclusivement aux États-Unis en juin 1965.

La version britannique de Help!, qui sort quelques mois plus tard, ne contient pas « Bad Boy ». Il faudra attendre décembre 1966 pour que le morceau soit enfin disponible au Royaume-Uni, sur la compilation A Collection Of Beatles Oldies. Cette sortie tardive visait à combler l’absence d’un nouvel album pour les fêtes de Noël, après le succès de Revolver quelques mois plus tôt. C’est alors que « Bad Boy » devient le dernier enregistrement inédit du groupe à être commercialisé officiellement sur leur marché d’origine.

Une session d’enregistrement expéditive

Les Beatles, alors en pleine effervescence créative, abordent l’enregistrement de « Bad Boy » avec une efficacité redoutable. Comme souvent lorsqu’il s’agit de reprises, le groupe maîtrise déjà parfaitement le morceau, l’ayant joué sur scène à de nombreuses reprises dans les années précédentes.

L’enregistrement s’effectue en seulement quatre prises. Les trois premières captent la base instrumentale, avec John Lennon à la guitare rythmique, Paul McCartney à la basse, George Harrison à la guitare solo et Ringo Starr à la batterie. La quatrième prise voit l’ajout des overdubs : le chant principal assuré par John Lennon, une double piste de guitare solo jouée par Harrison, un piano électrique Hohner Pianet joué par McCartney et un tambourin tenu par Starr. Le tout est produit par George Martin et enregistré par l’ingénieur du son Norman Smith.

Le résultat final est un rock endiablé, porté par une rythmique incisive et une prestation vocale survoltée de Lennon, qui rappelle l’urgence et la fougue des premiers enregistrements du groupe à Hambourg ou des sessions de la Cavern Club.

Un hommage vibrant aux racines du rock

« Bad Boy » s’inscrit dans la tradition des morceaux de rock ‘n’ roll des années 1950 que les Beatles affectionnent particulièrement. Larry Williams, auteur et interprète original du titre, est une figure emblématique de cette époque, au même titre que Chuck Berry ou Little Richard, autres influences majeures du groupe.

D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que les Beatles reprennent Williams. Dès leurs débuts, ils se sont emparés de « Slow Down » et « Dizzy Miss Lizzy », deux autres compositions du chanteur, qui ont également trouvé leur place sur des albums du groupe. « Bad Boy » reprend les codes typiques du rock ‘n’ roll : un texte humoristique et rebelle, des riffs acérés et une section rythmique implacable. La chanson raconte l’histoire d’un enfant turbulent, un « bad boy » qui refuse d’obéir, préfère écouter du rock toute la nuit et accumule les bêtises. Cette figure du jeune rebelle, popularisée par le cinéma américain des années 1950 avec des films comme Rebel Without a Cause, trouve un écho particulier dans la culture pop de l’époque.

Une place singulière dans la discographie des Beatles

Bien que « Bad Boy » ne soit pas aussi célèbre que d’autres reprises du groupe, elle n’en demeure pas moins une pierre angulaire de leur répertoire rock ‘n’ roll. Elle illustre la facilité avec laquelle les Beatles s’approprient un morceau et lui insufflent une nouvelle énergie. John Lennon, en particulier, est ici à son apogée vocale, avec une interprétation puissante et mordante qui évoque ses influences les plus directes, notamment Elvis Presley et Little Richard.

Le fait que « Bad Boy » n’apparaisse sur aucun album studio britannique en fait une curiosité pour les fans européens du groupe, qui découvrent le morceau plus d’un an après sa sortie américaine. Son inclusion sur A Collection Of Beatles Oldies permet néanmoins de compléter l’offre discographique en rendant disponible toutes les chansons enregistrées par le groupe entre 1962 et 1966 sur le territoire britannique.

L’héritage de « Bad Boy »

Même si elle reste une chanson secondaire dans l’histoire des Beatles, « Bad Boy » continue d’être appréciée par les amateurs du groupe et par les passionnés de rock ‘n’ roll. Elle témoigne de la passion du quatuor de Liverpool pour la musique qui les a inspirés et façonnés. Ce titre rappelle que, bien avant de devenir les artisans d’un rock sophistiqué avec Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, les Beatles étaient avant tout un groupe de rock brut et instinctif, capable de capturer l’essence même de ce style en quelques minutes d’enregistrement.

Ainsi, « Bad Boy » demeure une pièce essentielle du puzzle Beatlesien, une preuve éclatante de leur énergie juvénile et de leur talent inégalé pour réinterpréter les classiques du rock ‘n’ roll. Elle rappelle aussi combien leur amour pour cette musique était sincère, faisant d’eux les plus dignes héritiers des pionniers du genre.


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