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« Mr Bellamy » : L’énigmatique personnage de Paul McCartney

Publié le 06 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Sorti en 2007 sur Memory Almost Full, Mr Bellamy est un morceau audacieux où Paul McCartney raconte l’histoire d’un homme perché sur un toit, refusant de descendre. Alternant points de vue et styles musicaux, la chanson se distingue par sa complexité harmonique et rythmique. Un accident sonore capté en studio et la difficulté du morceau au piano, qui a même rebuté Thom Yorke, ajoutent au mystère de cette vignette musicale captivante.


En 2007, Paul McCartney sortMemory Almost Full, son quatorzième album solo, un disque à la fois introspectif et foisonnant d’idées musicales audacieuses. Parmi les morceaux les plus intrigants de l’album,« Mr Bellamy »occupe une place particulière. Sorte de vignette cinématographique mise en musique, la chanson illustre l’art de McCartney pour la narration et la création de personnages fictifs, tout en explorant des paysages sonores délicieusement complexes.

Sommaire

Un personnage fictif dans la grande tradition McCartneyenne

Qui est doncMr Bellamy? Comme souvent avec McCartney, il s’agit d’un personnage imaginaire, à l’image de Chuck et Dave dansWhen I’m Sixty-Four, d’Eleanor Rigby ou encore de Desmond et Molly dansOb-La-Di, Ob-La-Da. Dans une interview, l’ex-Beatle avoue :« Je ne sais jamais qui sont ces personnages. Je les invente simplement. J’aime donner des noms aux personnages et essayer de les faire correspondre à l’histoire. »

Dans ce cas précis, McCartney imagine un homme perché sur le toit d’un immeuble, contemplant la ville et refusant de redescendre, malgré les suppliques d’une équipe de secours et d’un psychiatre armé d’un mégaphone. Un scénario digne d’un film, qui se déroule sous nos yeux au fil des paroles et des variations musicales.

Une construction musicale audacieuse

La composition deMr Bellamytémoigne d’une approche rythmique et harmonique des plus originales. McCartney débute avec un riff de piano syncopé, auquel il ajuste ses paroles pour que la mélodie semble s’y faufiler. Le morceau adopte une construction en plusieurs sections, avec des changements abrupts de tonalité et de rythmique qui renforcent la tension dramatique de l’histoire.

Le morceau repose sur un jeu d’alternance entre le point de vue du personnage principal (« I’m not coming down ») et celui des intervenants au sol, créant ainsi une dynamique narrative immersive.

L’arrangement mélange des sonorités classiques et modernes : McCartney joue de tous les instruments, du piano à la guitare en passant par la batterie et les synthétiseurs. L’un des détails les plus surprenants réside dans l’exécution du motif de grosse caisse. Incapable de jouer un certain rythme au pied, McCartney a retiré la batte de la grosse caisse et l’a joué directement à la main, ajoutant une dimension organique à la production.

Une anecdote sonore insolite

Le producteur David Kahne révèle un élément fascinant sur l’enregistrement : pendant une session, un photographe présent dans le studio a pris des clichés, et le son du déclencheur de son appareil s’est retrouvé capté dans l’introduction de la chanson. McCartney a décidé de le conserver, trouvant que cet accident sonore contribuait à l’atmosphère du morceau. Un clin d’œil à la manière dont un événement imprévu peut enrichir une œuvre musicale.

Un défi pianistique qui rebute Thom Yorke

Fait amusant, Thom Yorke, leader de Radiohead, avait été invité à participer àMemory Almost Full, mais il a refusé, invoquant la difficulté technique deMr Bellamyau piano.« Je ne sais pas jouer du piano comme ça. Je gratte le piano, c’est tout. »avoue-t-il dans une interview. Cette remarque souligne l’exigence musicale du morceau et le talent de McCartney à la composition.

Une conclusion en suspens

Tout au long de la chanson, le sort de Mr Bellamy demeure ambigu. Descendra-t-il ? Restera-t-il sur son perchoir ? Les paroles n’offrent pas de résolution claire, laissant l’auditeur libre d’interpréter l’issue de cette scène vertigineuse. Une manière subtile de faire écho au caractère insaisissable de la musique de McCartney, toujours perchée entre le réel et l’imaginaire.


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