Ils furent les deux pôles rythmiques du plus grand groupe de tous les temps : Paul McCartney, l’orfèvre mélodique à la basse chantante, et Ringo Starr, le batteur le plus sous-estimé de l’histoire moderne, mais ô combien fondamental. Les revoilà réunis, non pas sur scène ou en studio, mais dans l’univers inattendu du cinéma d’animation. High in the Clouds, projet cinématographique porté par McCartney depuis près de deux décennies, marque les retrouvailles artistiques des deux derniers Beatles vivants.
Cette fois, pas de guitare Hofner ni de batterie Ludwig. C’est par leurs voix, par l’empreinte de leur charisme vocal, que les deux légendes s’exprimeront. Et si cette réunion n’est pas musicale à proprement parler, elle n’en est pas moins hautement symbolique : elle célèbre la persistance du lien Beatles, bien au-delà des formats traditionnels.
Sommaire
- Un livre pour enfants devenu film, un rêve devenu réalité
- Ringo, fidèle allié, revient dans l’univers de Paul
- Un film musicalement riche, dans la lignée des grandes œuvres Beatles
- Un message universel : la musique comme acte de liberté
- Une œuvre transgénérationnelle, héritière de “Yellow Submarine”
- Une réunion Beatles… autrement
- Une légende vivante qui continue d’écrire l’avenir
- Quelques collaborations entre Paul McCartney et Ringo Starr
- 1970-1980 : Les premières retrouvailles, entre studios et amitiés
- 1980-1990 : Deuils et distances, mais l’affection demeure
- 1990-2000 : L’élan Anthology et la reconstruction de la mémoire Beatles
- 2000-2010 : Caméos, tournées croisées et hommages partagés
- 2010-2020 : Une amitié qui s’affiche, jusqu’à la Maison Blanche
- 2020-2025 : Retrouvailles numériques et projets animés
- Un duo fraternel au-delà du temps
Un livre pour enfants devenu film, un rêve devenu réalité
L’histoire de High in the Clouds commence en 2005. McCartney publie alors un livre pour enfants coécrit avec l’écrivain britannique Philip Ardagh et illustré par Geoff Dunbar, avec qui il avait déjà collaboré pour des projets animés tels que Rupert and the Frog Song. L’univers de High in the Clouds est à la fois écologique et utopique : une fable animalière où les notions de liberté, de créativité et de résistance s’entrelacent.
Au centre du récit : Wirral, un jeune écureuil orphelin, contraint de fuir la destruction de sa forêt natale et de lutter contre Gretsch, une chouette tyrannique et mégalomane qui a banni toute forme de musique dans sa cité, Gretschville. Une métaphore limpide de la censure culturelle, mais aussi de l’avidité et de la standardisation artistique. Gretsch veut être la seule voix, la seule musique — une allégorie redoutable de certaines dérives de l’industrie musicale contemporaine.
Ringo, fidèle allié, revient dans l’univers de Paul
Le casting vocal de High in the Clouds est impressionnant. Outre Paul McCartney lui-même, on y retrouve Céline Dion, Idris Elba, Lionel Richie, Jimmy Fallon, Pom Klementieff, Clémence Poésy, Hannah Waddingham, Alain Chabat, et Himesh Patel (acteur principal de Yesterday, autre clin d’œil beatlesque). Mais l’annonce qui a fait vibrer les fans du monde entier, c’est évidemment celle de la participation de Ringo Starr.
Cette réunion, si elle ne fait pas renaître les Beatles en studio, a la force douce des retrouvailles affectives. Ringo et Paul, depuis la disparition de John Lennon en 1980 puis de George Harrison en 2001, n’ont cessé de maintenir le flambeau du groupe. Que ce soit sur scène — on se souvient de leurs prestations communes à Los Angeles, à l’occasion des Grammy Awards 2014, ou plus récemment en février 2025 lors du SNL 50th Anniversary Special — ou dans des projets collectifs comme The Beatles: Get Back, leur complicité demeure intacte.
Un film musicalement riche, dans la lignée des grandes œuvres Beatles
Si Ringo prête sa voix à un personnage encore non dévoilé, c’est bien Paul McCartney qui demeure le capitaine artistique du navire. Il signe les chansons originales du film, perpétuant une tradition qu’il affectionne particulièrement : écrire pour la jeunesse avec sincérité, exigence et sens de la mélodie.
On se souvient que McCartney, dès Yellow Submarine en 1968, puis avec des titres comme We All Stand Together, a toujours vu dans l’animation un terrain fertile pour sa créativité. High in the Clouds s’inscrit dans cette lignée, et gagne en ampleur grâce à la collaboration de Michael Giacchino, compositeur oscarisé pour Up et Coco, et du scénariste Jon Croker (Paddington 2), expert dans l’art de marier humour et émotion.
Un message universel : la musique comme acte de liberté
Au-delà de l’univers anthropomorphe et de la galerie de personnages animaliers, High in the Clouds porte une idée forte : celle que la musique est une forme de résistance. Dans un monde où une autorité veut faire taire les voix discordantes, l’art devient un acte politique. McCartney, qui a toujours milité pour la paix, pour les droits des animaux, pour la liberté d’expression, en fait ici le cœur de son récit.
Et qui mieux que Ringo pour accompagner cette croisade poétique ? En prêtant sa voix à ce projet, il ne se contente pas d’un caméo nostalgique : il adhère pleinement au message du film. Lui qui, en solo, a souvent chanté la paix (Give More Love, Peace Dream) trouve ici un prolongement naturel à ses engagements.
Une œuvre transgénérationnelle, héritière de “Yellow Submarine”
Il serait tentant de comparer High in the Clouds à Yellow Submarine. Même recours à l’animation pour transcender le réel, même volonté de s’adresser à toutes les générations, même alliance entre musique pop et utopie visuelle. Mais là où Yellow Submarine baignait dans un psychédélisme propre à la fin des années 60, High in the Clouds propose une narration plus classique, tournée vers l’enfance et l’écologie.
Ce film s’adresse aux petits comme aux grands. Les plus jeunes y verront une aventure animalière palpitante ; les adultes y liront un conte initiatique sur l’importance de la diversité artistique, du partage, de l’amitié. Et les fans des Beatles y dénicheront mille clins d’œil — à commencer par la réunion McCartney/Starr.
Une réunion Beatles… autrement
Si certains nourrissaient l’espoir secret d’un ultime enregistrement commun — espoir ravivé par Now and Then, sorti en 2023 grâce à l’IA — High in the Clouds apporte une réponse plus douce, plus humaine. Ce n’est pas une chanson, mais un film. Pas une session studio, mais une création collective. Et pourtant, c’est bel et bien une réunion Beatles.
À l’heure où Paul McCartney, toujours créatif à 82 ans, explore les nouvelles formes d’expression, cette œuvre marque un nouveau chapitre. Non pas un retour en arrière, mais un envol vers de nouveaux horizons.
Une légende vivante qui continue d’écrire l’avenir
High in the Clouds n’est pas un adieu, ni une commémoration. C’est un projet tourné vers l’avenir. Paul McCartney, en s’entourant de talents variés et en convoquant Ringo Starr à ses côtés, montre qu’il ne cesse de réinventer le lien entre mémoire et modernité.
La musique continue d’être le fil rouge de son œuvre, mais elle s’épanouit ici dans un contexte nouveau : celui du cinéma familial, de l’animation numérique, du récit écologique et engagé.
Et si cette réunion ne passe pas par un album, elle n’en est pas moins émouvante. Paul et Ringo, pour un temps, redeviennent ces deux garçons de Liverpool partageant un rêve : celui de changer le monde par l’art.
Quelques collaborations entre Paul McCartney et Ringo Starr
1970-1980 : Les premières retrouvailles, entre studios et amitiés
Après la séparation des Beatles en 1970, les quatre membres poursuivent des carrières solo intenses, mais les liens ne se brisent pas pour autant. Ringo Starr invite dès 1973 Paul McCartney à jouer sur l’album Ringo, véritable superproduction où John, George et Paul apparaissent chacun sur différents titres. Paul et Linda coécrivent et jouent sur « Six O’Clock ».
En 1976, sur Ringo’s Rotogravure, McCartney signe une chanson, « Pure Gold », et joue la basse. À cette époque, leur relation est fraternelle, ponctuée de visites réciproques en studio et de dîners familiaux.
1980-1990 : Deuils et distances, mais l’affection demeure
La décennie commence tragiquement avec l’assassinat de John Lennon en 1980. Paul et Ringo, abasourdis, se retrouvent en privé pour partager leur douleur. Peu de collaborations publiques pendant cette période, mais des apparitions communes lors d’événements familiaux ou caritatifs.
En 1981, Paul invite Ringo à participer à son album Tug of War, mais les sessions sont interrompues par le choc de la disparition de Lennon. Ringo refuse d’interpréter une chanson trop marquée par cette perte.
1990-2000 : L’élan Anthology et la reconstruction de la mémoire Beatles
La fin des années 90 marque un tournant. Avec le projet The Beatles Anthology, Ringo et Paul se retrouvent à Abbey Road pour travailler sur « Free as a Bird » et « Real Love » à partir de démos de John Lennon. Les deux chansons, produites par Jeff Lynne, ravivent la magie collective.
Ringo apparaît aussi sur Run Devil Run (1999), l’album rock de Paul enregistré après la mort de Linda. L’osmose musicale entre les deux hommes est palpable, et la presse salue leur complicité retrouvée.
2000-2010 : Caméos, tournées croisées et hommages partagés
Durant cette décennie, Paul et Ringo se croisent fréquemment sur scène. En 2001, lors du Concert for George en hommage à Harrison, ils partagent la scène avec Clapton, Petty et d’autres proches.
En 2009, pour l’anniversaire de Ringo au Radio City Music Hall de New York, Paul rejoint son ami sur scène pour un « Birthday » détonant, offrant au public un moment de pur bonheur beatlesque.
2010-2020 : Une amitié qui s’affiche, jusqu’à la Maison Blanche
2010 est une année forte : lors de la cérémonie des Gershwin Prize for Popular Song, à la Maison Blanche, Paul invite Ringo à le rejoindre. Quelques mois plus tard, ils réitèrent l’expérience au David Lynch Foundation Benefit.
En 2017, Paul joue sur deux morceaux de l’album de Ringo, Give More Love, dont une nouvelle version de « Back Off Boogaloo » et une chanson originale, « We’re on the Road Again ».
2020-2025 : Retrouvailles numériques et projets animés
La technologie réunit à nouveau Paul et Ringo autour de « Now and Then », la « dernière chanson des Beatles », publiée en 2023. Ringo enregistre une nouvelle batterie, tandis que Paul ajoute basse, harmonies et arrangements de cordes. Le clip, bouleversant, les montre enfants, adultes, puis vieillissants, dans une poignante boucle temporelle.
En 2025, Ringo prête sa voix à un personnage du film High in the Clouds, adaptation du livre de McCartney. Une manière tendre et artistique de prolonger leur compagnonnage, dans un projet destiné aux jeunes générations.
Un duo fraternel au-delà du temps
Plus qu’une suite de collaborations, la relation entre Paul et Ringo est un fil continu d’affection, de musique et de mémoire partagée. Chaque rencontre, chaque projet commun, résonne comme un hommage vivant à ce qu’ils ont bâti ensemble. Et si les Beatles ne sont plus quatre, leur esprit demeure, indéfectiblement, dans l’harmonie de ces deux voix.
