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Pourquoi Revolver est l’album des Beatles que Paul McCartney chérit le plus

Publié le 07 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Paul McCartney esquive souvent la question de ses morceaux préférés des Beatles, mais il concède un attachement particulier à l’album Revolver (1966). Cet opus marque un tournant, libérant le groupe des tournées et ouvrant la voie à une exploration en studio. McCartney cite Here, There and Everywhere comme une de ses plus belles compositions, tandis que Eleanor Rigby illustre son talent narratif. Il chérit aussi And Your Bird Can Sing et Rain, témoins de l’évolution musicale des Beatles. Revolver reste une pierre angulaire de leur transformation artistique.


Lorsqu’on demande à Paul McCartney de choisir ses morceaux préférés parmi la discographie impressionnante des Beatles, il esquive souvent la question, prétendant qu’il lui est impossible de réduire tant de créations à une simple sélection. Pourtant, lorsqu’il s’agit de Revolver, l’album charnière de 1966, il finit par concéder que certaines chansons y occupent une place toute particulière dans son cœur. Et pour cause, Revolver marque un tournant radical dans l’histoire des Beatles, les libérant du poids des tournées et leur permettant d’explorer l’immensité des possibles en studio.

Sommaire

La fin des tournées : une nouvelle ère de création

Jusqu’à Revolver, les Beatles étaient prisonniers d’un cycle infernal : écrire, enregistrer, tourner, recommencer. Ils enchaînaient les albums à un rythme effréné, tout en faisant face à une Beatlemania délirante qui transformait chaque apparence publique en un chaos sonore. La pression était constante, et l’exigence de créer des chansons adaptées au live limitait leurs ambitions musicales. John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr devaient composer des morceaux interprétables sur scène sans l’aide de backing tracks ou d’in-éars, le tout dans une ambiance où ils étaient souvent incapables de s’entendre jouer.

Mais en 1966, ils prennent une décision radicale : arrêter les tournées. Leur producteur George Martin se souvient de leur volonté de « ne plus s’occuper de rien d’autre que de faire des disques en studio ». Cet abandon des contraintes scéniques leur ouvre les portes d’une liberté totale, et c’est dans cet esprit qu’ils conçoivent Revolver, un album qui va repousser les limites de l’enregistrement pop.

« Here, There and Everywhere » : l’apogée de la mélodie selon McCartney

Parmi toutes les chansons de Revolver, s’il devait n’en choisir qu’une, Paul McCartney cite régulièrement Here, There and Everywhere. D’une douceur absolue, ce morceau inspiré par les harmonies des Beach Boys et leur album Pet Sounds est l’un des joyaux du catalogue des Beatles. « Je suis souvent interrogé sur ma chanson préférée, et je ne veux jamais répondre, mais si je devais choisir, ce serait celle-là », confie McCartney.

Tout en finesse, cette ballade est un modèle de sophistication harmonique, McCartney y élevant son talent de mélodiste à son paroxysme. Les arrangements subtils et la légèreté de l’interprétation en font l’un des plus beaux morceaux d’amour jamais composés par les Beatles.

« Eleanor Rigby » : un chef-d’œuvre de narration

Si Here, There and Everywhere est une déclaration d’amour intime, Eleanor Rigby est tout son contraire : une poignante évocation de la solitude. Ici, pas de guitares, pas de batterie, mais un quatuor à cordes qui insuffle une intensité dramatique inédite dans l’univers des Beatles. Paul McCartney signe ici l’un des premiers récits purement narratifs du groupe, anticipant les compositions plus détaillées qu’il développera dans les années suivantes.

Lorsque le poète Allen Ginsberg décrit la chanson comme « un grand poème », McCartney y voit la confirmation de sa réussite. Ce titre bouleversant, qui décrit la vie d’une femme seule et d’un prêtre oublié, s’inscrit dans la tradition du songwriting social et littéraire qui marquera la fin des années 1960.

« And Your Bird Can Sing » : la complicité entre McCartney et Lennon

Bien que John Lennon ait plus tard minimisé son importance, McCartney conserve une affection particulière pour And Your Bird Can Sing. Il évoque avec tendresse le souvenir d’un enregistrement où, pris d’un fou rire incontrôlable avec Lennon, ils n’arrivaient plus à chanter correctement. Cette anecdote révèle la joie et l’insouciance qui subsistaient encore, malgré les tensions naissantes au sein du groupe.

Musicalement, le morceau est une démonstration de la virtuosité des Beatles, avec ses harmonies vocales subtiles et sa ligne de guitare à double piste qui lui confère une énergie irrésistible.

« Rain » : le chef-d’œuvre rythmique de Ringo Starr

Bien qu’il ne figure pas sur Revolver mais ait été enregistré durant les mêmes sessions, Rain reste l’un des morceaux préférés de McCartney. Il le considère comme le sommet du jeu de batterie de Ringo Starr, et nombreux sont ceux qui partagent cet avis. Avec son tempo ralenti, ses lignes de basse profondes et son utilisation avant-gardiste de la bande inversée, la chanson annonce les innovations sonores que le groupe poussera encore plus loin sur Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band.

Revolver , un tournant fondamental

Avec Revolver, les Beatles changent radicalement la donne. Chaque membre y trouve son espace d’expression : McCartney perfectionne son art de la mélodie et du récit, Lennon explore des territoires psychédéliques, Harrison introduit les sonorités indiennes, et Starr livre ses performances les plus impressionnantes. Libérés des contraintes scéniques, ils repoussent les limites du rock et de la pop.

Aujourd’hui encore, l’album demeure une référence absolue. Et si Paul McCartney, qui en a tant composé, y revient avec un attachement tout particulier, c’est sans doute parce qu’il incarne l’essence même de leur mutation artistique : celle d’un groupe qui, après avoir conquis le monde, choisit d’explorer l’infini.


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