John Lennon, visionnaire musical et engagé, a marqué son époque avec des titres comme Gimme Some Truth, une dénonciation virulente de l’hypocrisie politique. Yoko Ono, figure clé de l’avant-garde artistique, a influencé son travail et leur relation a nourri une collaboration créative et militante. En mettant en avant cette chanson, elle souligne la modernité du message de Lennon, toujours pertinent aujourd’hui. Leur engagement commun, entre art et activisme, témoigne d’une volonté de faire de la musique une arme de vérité.
Peut-on encore affirmer que John Lennon était en avance sur son époque sans tomber dans la redite ? Après tout, avec les Beatles, il a contribué à redéfinir la musique pop, à en élever les standards et à transcender les genres. De l’expérimentation sonore d’‘Tomorrow Never Knows’ à l’introspection brute de ‘Help!’, il n’a cessé de briser les conventions. Pourtant, lorsqu’une figure comme Yoko Ono affirme que son mari était véritablement avant-gardiste, on tend à l’écouter avec attention. En 2010, interrogée par Rolling Stone sur ses chansons préférées de Lennon, elle met en avant un titre en particulier : Gimme Some Truth.
La rencontre de deux esprits révolutionnaires
Avant d’être associée à jamais au nom de Lennon, Yoko Ono était déjà une figure réputée de l’art conceptuel. Sa place dans la scène new-yorkaise des années 1960 était solidement ancrée, avec des expositions à travers le monde. Leur première rencontre en 1966 se déroule dans une galerie londonienne où elle expose une installation nommée Ceiling Painting/Yes Painting. Lennon, intrigué, gravit une échelle blanche pour y découvrir, à travers une loupe, un simple « yes » peint sur le plafond. Cette expérience a un impact profond sur lui, lassé du cynisme régnant dans l’art contemporain.
Ce fut le début d’une relation qui ne se limita pas au domaine sentimental. Yoko et John se nourrissent mutuellement sur le plan artistique et militant. Lennon lui attribuera plus tard une part de la création d’‘Imagine’, estimant que la chanson aurait dû être signée Lennon/Ono. Leur engagement commun pour la paix se manifeste également par des actions iconiques, comme les fameux bed-ins.
Gimme Some Truth : une charge politique radicale
Sorti en 1971 sur l’album Imagine, Gimme Some Truth est un brûlot politique d’une intensité rare pour un artiste de la stature de Lennon. Il ne s’agit pas d’un pamphlet allusif ou voilé, mais bien d’un cri de colère contre l’hypocrisie des dirigeants et l’oppression systémique. Le titre se démarque par son déluge d’attaques verbales foudroyantes : « No short-haired, yellow-bellied son of Tricky Dicky’s gonna mother hubbard soft soap me », référence transparente à Richard Nixon.
Yoko Ono, en mettant en avant cette chanson dans sa sélection, souligne son caractère prophétique. « Gimme Some Truth est si approprié aujourd’hui. John était avant-gardiste, d’une certaine manière. Il y a une force dans cette musique – ce genre de chanson était très rare à l’époque* », déclare-t-elle en 2010. Effectivement, des chansons aussi brutales et explicites, tout en étant issues d’un ancien membre des Beatles, relevaient de l’inédit. Il faudra attendre les années 1990 et 2000 pour voir des artistes d’envergure mondiale adopter une posture aussi frontale sur le terrain politique.
Une influence durable
L’impact de Gimme Some Truth ne se limite pas aux années 1970. La chanson continue de résonner, notamment dans un monde où la recherche de vérité et la méfiance envers le pouvoir sont plus que jamais d’actualité. Utilisée dans des documentaires, reprise par des artistes contemporains, elle incarne une exaspération universelle face aux mensonges institutionnels.
Si l’histoire d’amour entre John Lennon et Yoko Ono continue de diviser, leur collaboration artistique demeure incontestable. Gimme Some Truth est l’un des nombreux témoignages de leur volonté commune d’utiliser l’art comme une arme. Et si le titre a aujourd’hui l’air d’avoir été écrit pour notre époque, c’est bien la preuve que Lennon était, une fois de plus, en avance sur son temps.
