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Friar Park : Dhani Harrison redonne vie au sanctuaire de George

Publié le 08 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Nichée à Henley-on-Thames, dans le comté d’Oxfordshire, Friar Park n’est pas qu’une demeure victorienne excentrique à l’anglaise. C’est un lieu de légende, à la croisée du mystique, de la musique et de l’intime. C’est aussi le château de l’âme d’un Beatle retiré du monde : George Harrison. Aujourd’hui, la propriété fait de nouveau parler d’elle. Son fils, Dhani Harrison, vient d’obtenir l’autorisation de modifier les plans d’un projet immobilier sur les terres familiales. Un simple fait divers administratif ? Pas tout à fait. Car à Friar Park, chaque pierre est un vestige d’histoire, chaque allée un écho de musique.

Sommaire

  • Une demeure digne d’un conte victorien, sauvée de la ruine
  • Friar Park, sanctuaire et théâtre du drame
  • Dhani Harrison, le fils héritier d’un patrimoine vivant
  • Un micro-lieu chargé de mémoire musicale
  • Le respect du paysage et du patrimoine
  • De Friar Park à l’éternité : la continuité d’une pensée

Une demeure digne d’un conte victorien, sauvée de la ruine

Lorsque George Harrison achète Friar Park en 1970, il est au tournant de sa vie. Les Beatles viennent de se séparer. Lennon s’enflamme politiquement, McCartney rêve d’Écosse et de Wings, Ringo entame sa carrière solo. Harrison, lui, cherche le silence. Il le trouve dans ce manoir de style néo-gothique édifié à la fin du XIXe siècle, autrefois propriété de Sir Frank Crisp, avocat excentrique et passionné de jardins alpins.

Le domaine, laissé à l’abandon, est à deux doigts d’être rasé. Harrison le rachète in extremis. À 27 ans, il entreprend, avec son épouse Olivia, une restauration d’envergure. Le manoir est sauvé, les jardins ressuscités. Et c’est dans ce cadre enchanteur que naît All Things Must Pass, son chef-d’œuvre post-Beatles, album double dont la couverture — George assis sur une pelouse, entouré de nains de jardin — immortalise Friar Park comme une extension de sa spiritualité.

Friar Park, sanctuaire et théâtre du drame

Mais la paix de Friar Park fut troublée. Le 30 décembre 1999, un homme déséquilibré, Michael Abram, s’introduit dans la demeure et poignarde George à quarante reprises. Il survit de justesse. L’événement traumatisant renforce le caractère quasi sacré du lieu aux yeux de ses proches. George n’a jamais vraiment quitté Friar Park, même après sa mort en 2001. C’est là qu’il vécut, médita, composa, planta, écouta de la musique indienne, et regarda le monde s’agiter à distance.

Dhani Harrison, le fils héritier d’un patrimoine vivant

Aujourd’hui âgé de 46 ans, Dhani Harrison poursuit le legs de son père. Musicien reconnu, récompensé aux Grammy Awards, il incarne la relève discrète mais engagée d’un héritage spirituel autant qu’artistique. Avec l’accord de sa mère Olivia, il a soumis à la South Oxfordshire District Council une demande d’aménagement sur une partie inoccupée du domaine, un ancien court de tennis. Cette demande, validée cette semaine, vise à construire une résidence modeste, respectueuse de l’environnement classé du site.

Le projet, déjà autorisé il y a quatre ans sous l’impulsion d’Olivia Harrison, avait prévu la construction d’un pavillon en bois de deux chambres avec salon, cuisine, salle de musique, et des pièces ouvertes sur la nature. Les modifications apportées aujourd’hui restent légères : suppression d’un petit clocher, arrondis sur certaines fenêtres, installation de portes-fenêtres, ajout de détails ornementaux comme des dragons en faîtage.

Le conseil municipal a validé ces ajustements en précisant qu’ils « ne nuiraient en rien au caractère historique du parc et du manoir ». On est loin d’un geste architectural grandiloquent : c’est l’ombre tranquille d’un fils qui façonne un lieu de vie à l’image de la sérénité paternelle.

Un micro-lieu chargé de mémoire musicale

Friar Park ne fait pas seulement partie du patrimoine familial des Harrison. Il est profondément inscrit dans l’histoire du rock. C’est là que furent enregistrées plusieurs sessions de All Things Must Pass, mais aussi des fragments de Living in the Material World et des démos aujourd’hui considérées comme majeures dans les archives post-Beatles.

C’est aussi dans ce parc que George écrivit nombre de ses textes les plus intimes, entouré de statues et de bassins, au cœur d’un jardin qu’il entretenait lui-même. Ravi Shankar y fut reçu. Eric Clapton y passa. Tom Petty, Bob Dylan et Jeff Lynne y vécurent des soirées mythiques. Car Friar Park était un sanctuaire, mais aussi un havre de création, presque une maison de composition à ciel ouvert.

Le respect du paysage et du patrimoine

Les autorités ont insisté sur un point essentiel : aucune modification n’est apportée à l’empreinte au sol de la future bâtisse, ni à son emplacement dans les jardins. Loin de dénaturer le lieu, les nouvelles fenêtres, les changements esthétiques, sont perçus comme des détails d’ajustement. La demeure principale — classée Grade II comme les jardins eux-mêmes — reste intacte.

L’importance de la préservation de Friar Park ne se mesure pas qu’en critères d’architecture. Elle se jauge à l’aune d’une sensibilité collective : celle des fans, des musiciens, des historiens, pour qui ce lieu est une pierre angulaire de l’imaginaire Beatlesien. La moindre intervention y est donc scrutée avec vigilance, mais aussi avec espoir, tant ce lieu continue à vivre.

De Friar Park à l’éternité : la continuité d’une pensée

Dhani Harrison n’a jamais cherché à capitaliser médiatiquement sur la notoriété de son père. Il agit avec pudeur, sans tapage, fidèle à l’éthique silencieuse de George. Cette rénovation sobre et respectueuse s’inscrit dans une logique de continuité, presque philosophique. Friar Park n’est pas un musée. C’est un lieu habité, traversé par les vivants, les souvenirs et les plantes.

Dans le calme des collines d’Henley-on-Thames, entre les ifs taillés, les ruisseaux artificiels et les grottes miniatures, l’esprit de George Harrison respire encore. Grâce à Dhani, à Olivia, et à cette attention portée au moindre détail, la flamme demeure. Et l’on comprend mieux pourquoi, face au tumulte du monde, George avait posé sa guitare ici, à l’abri, entre deux gnomes, pour murmurer : All things must pass… mais certains lieux résistent.


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