C’est un projet d’une audace rare, comme le cinéma en propose peu, et qui risque de marquer au fer rouge la représentation des Beatles à l’écran. Annoncé en 2024, The Beatles – A Four Film Cinematic Event prend aujourd’hui une tournure encore plus concrète avec la révélation du trio de scénaristes qui accompagnera Sam Mendes dans sa fresque titanesque. Jez Butterworth, Peter Straughan et Jack Thorne : trois auteurs britanniques d’envergure, aux parcours aussi riches que complémentaires, auront la charge de mettre en mots l’histoire du plus grand groupe de rock de tous les temps.
Quatre films, quatre points de vue, une seule légende : celle des Fab Four, racontée pour la première fois de manière officielle à travers un prisme narratif aussi personnel que collectif. Un défi artistique et émotionnel sans précédent.
Sommaire
- Un projet sans équivalent dans l’histoire du biopic musical
- Des scénaristes pour porter les voix singulières des Beatles
- Une distribution à la hauteur de la légende
- Une sortie simultanée pour un moment de cinéma inédit
- Un biopic autorisé, une première dans l’histoire des Beatles
- 2028, année Beatles ?
Un projet sans équivalent dans l’histoire du biopic musical
Ce que Sam Mendes prépare ne relève pas du simple hommage. Il ne s’agit pas ici d’un biopic unique retraçant la carrière du groupe depuis les caves de Liverpool jusqu’au toit de Savile Row. L’ambition est toute autre : proposer quatre longs-métrages, chacun centré sur un Beatle, et chacun offrant une perspective singulière sur la saga collective.
Un tel dispositif ouvre la porte à une polyphonie narrative inédite. Car au lieu de brosser une chronologie linéaire et consensuelle, Mendes veut plonger dans la subjectivité, les tensions, les souvenirs contrastés — ce que chacun vécut, et non ce que l’Histoire a retenu. Cette approche rappelle presque le Rashômon de Kurosawa, où la vérité se dérobe à force de points de vue.
Pour réussir ce pari, il fallait des plumes aguerries. Le choix de Butterworth, Straughan et Thorne témoigne à la fois d’un ancrage dans le cinéma britannique contemporain le plus exigeant, et d’un souci de diversité tonale. Car les Beatles, ce sont mille récits enchâssés : l’amitié et la rivalité, la création et la rupture, l’excès et l’innocence.
Des scénaristes pour porter les voix singulières des Beatles
Jez Butterworth, connu pour son écriture nerveuse et visuelle, a prouvé sa maîtrise des récits complexes et des figures hors normes. Dans Ford v Ferrari, il avait su conjuguer tension dramatique et humanité, tandis que Get On Up, consacré à James Brown, dévoilait sa capacité à saisir les pulsations d’un musicien de génie sans l’enfermer dans la caricature. On peut imaginer Butterworth capturer la fougue de Lennon, sa verve provocatrice, son engagement politique, mais aussi ses blessures intimes.
Peter Straughan, quant à lui, apporte une sensibilité littéraire et introspective. Son adaptation du Conclave de Robert Harris et ses travaux précédents (Tinker Tailor Soldier Spy, Frank) révèlent une finesse psychologique, une capacité à traduire l’ambiguïté des êtres, et à dépeindre des univers clos empreints de tension. Un atout précieux pour évoquer le mysticisme introverti d’un George Harrison, ou les complexités de la dernière période du groupe.
Enfin, Jack Thorne incarne la voix des marges et de l’enfance blessée. Créateur de la série Adolescence et scénariste du spectacle Harry Potter and the Cursed Child, il sait faire émerger l’émotion brute, les traumatismes d’enfance, les fractures identitaires. Il pourrait explorer, avec empathie et justesse, le parcours de Ringo Starr, souvent relégué au second plan mais essentiel dans l’équilibre humain du groupe.
Une distribution à la hauteur de la légende
Révélé en mars 2025 lors du CinemaCon à Las Vegas, le casting principal a immédiatement fait sensation. Harris Dickinson, révélé dans Triangle of Sadness, campera un John Lennon à la fois fragile et flamboyant. Paul Mescal, le plus irlandais des McCartneys, héritera du rôle du Macca mélodiste, à la fois tendre et ambitieux. Barry Keoghan, magnétique et instable, devrait offrir un Ringo Starr lunaire et touchant. Quant à Joseph Quinn, adoubé par Stranger Things et Masters of the Air, il tiendra le rôle de George Harrison, ce Beatle de l’ombre, mystique et guitariste silencieux.
Chacun de ces acteurs incarne une génération qui n’a pas connu les Beatles en activité, mais qui en porte l’héritage esthétique et culturel. Leurs performances attendues ne devront pas imiter, mais incarner. Mendes a d’ailleurs déclaré vouloir éviter le pastiche ou la reconstitution figée. Il souhaite raconter, pas imiter.
Une sortie simultanée pour un moment de cinéma inédit
La promesse de Sam Mendes est ambitieuse : une sortie simultanée des quatre films en avril 2028, soit soixante-cinq ans après la sortie du premier single des Beatles, Love Me Do. Il ne s’agira pas d’une saga à suivre, mais d’un événement immersif, à voir, revoir, comparer, débattre. Un moment de cinéma à regarder en boucle, selon ses propres termes. Une œuvre pensée comme un kaléidoscope, où chaque film éclaire les autres, les complète ou les contredit.
Ce dispositif est aussi une façon de réconcilier le public avec une forme de cinéma d’auteur grand public, en rupture avec les logiques de franchise hollywoodienne. Quatre films, quatre univers, un seul regard unifié par la mise en scène de Mendes — c’est peut-être là, paradoxalement, le plus grand tour de force de ce projet.
Un biopic autorisé, une première dans l’histoire des Beatles
Autre fait notable : pour la première fois, un biopic sur les Beatles a reçu l’autorisation officielle des ayants droit. Cela signifie un accès total aux archives, à la musique originale, aux témoignages de première main. Alors que les documentaires de Peter Jackson (Get Back) et Martin Scorsese (Beatles ’64, à venir) ont déjà redéfini la manière de revisiter la légende en images, cette fiction autorisée constitue une étape décisive dans la fabrique de la mémoire Beatles.
On sait combien Paul McCartney et Ringo Starr ont toujours veillé au grain concernant la représentation du groupe. L’implication de Sony, le soin apporté au choix des créateurs, et le soutien discret mais réel des familles impliquées, laissent penser que ce projet sera bien plus qu’un produit marketing : une entreprise mémorielle, émotionnelle, historique.
2028, année Beatles ?
Si tout se passe comme prévu, avril 2028 pourrait bien devenir l’an zéro d’une nouvelle lecture des Beatles. L’occasion pour une génération née à l’ère numérique de découvrir ces quatre garçons dans le vent non pas comme des icônes lointaines, mais comme des êtres vivants, complexes, traversés par leurs doutes, leurs éclats, leurs silences. Et pour les fans de la première heure, ce sera sans doute l’occasion de ressentir à nouveau, avec un regard neuf, ce que la magie Beatles voulait dire.
En attendant, les spéculations vont bon train. Qui signera les bandes originales ? Quel film ouvrira la danse ? McCartney et Starr feront-ils une apparition symbolique ? Quelles libertés narratives seront prises ? Une chose est sûre : l’histoire des Beatles continue de s’écrire. Et grâce à Sam Mendes et son trio de plumes, elle s’apprête à être racontée comme jamais auparavant.
