Sorti en 1973, Red Rose Speedway de Wings, deuxième album de Paul McCartney, présente Power Cut, un morceau méconnu inspiré par des coupures de courant lors de la tournée britannique de Wings. Ce medley, qui clôt l’album, reflète la quête musicale de McCartney après les Beatles, entre expérimentation et mélodie. Bien que jamais joué en concert, il incarne un témoignage essentiel de la transition de McCartney vers sa carrière post-Beatles.
Le 4 mai 1973, le Royaume-Uni découvraitRed Rose Speedway, le deuxième album de Wings, formation menée par Paul McCartney. Cet opus, bien que souvent sous-estimé dans la discographie post-Beatles du musicien, reste un témoignage fascinant de sa quête musicale post-Fab Four. Parmi les morceaux qui composent cet album, le medley final de plus de 11 minutes constitue une tentative ambitieuse de recréer la magie de l’enchaînement des morceaux sur la face B d’Abbey Road. Le dernier morceau de ce collage musical,Power Cut, se distingue par son ambiance feutrée et sa structure mélodique ingénieuse.
Sommaire
- Une inspiration née de la route
- Un medley à la sauce Wings
- Une genèse en studio
- Un morceau oublié sur scène
- Une pierre angulaire méconnue de McCartney post-Beatles
Une inspiration née de la route
Comme son titre le laisse entendre,Power Cutaurait été inspirée par les coupures de courant que Wings a rencontrées lors de sa première tournée des universités britanniques. En 1972, McCartney, fraîchement sorti de l’ombre écrasante des Beatles, choisit une approche radicalement différente pour son nouveau groupe : plutôt que de remplir des stades, Wings se lance dans une tournée improvisée des campus britanniques, jouant pour des étudiants dans des conditions parfois précaires.
« Honestly, there were people we found on that tour who were like British character actors! It was wild, but we just went ‘round, and with some people, we got turned away because they had exams, so they couldn’t have us. And at some places, there were power cuts, so it was like a mine field we were going through. « – Paul McCartney,Billboard, 17 mars 2001
C’est donc en traversant cette série de coupures d’électricité que McCartney aurait trouvé l’inspiration pour composer ce morceau, qui vient conclure le medley final de l’album.
Un medley à la sauce Wings
McCartney a toujours eu une affection particulière pour les medleys, comme il l’explique lui-même :
« Well, I kinda like the idea of medleys, as it’s structured. It’s sort of operatic, you know. And it’s good fun putting things like this together, finding little links and ways to go from this to that. We had done it on the Abbey Road album, at the end. And what we’d done there was John and I both had bits of songs that we hadn’t finished. So we put them into a medley and it worked. So this was me doing it again. « – Paul McCartney,paulmccartney.com, 2018
à l’instar du fameux medley de la face B d’Abbey Road, celui deRed Rose Speedwayrepose sur une suite de chansons inachevées ou courtes, cousues ensemble par des transitions astucieuses.Power Cutvient donc conclure ce patchwork, précédé parHold Me Tight,Lazy DynamiteetHands of Love.
Une genèse en studio
L’enregistrement dePower Cuta débuté aux studios Abbey Road le 3 octobre 1972. Trois prises furent enregistrées ce jour-là, mais aucune ne satisfit le groupe. Le lendemain, Wings retourna en studio pour tenter 17 prises supplémentaires. C’est la douzième qui fut jugée la meilleure, et elle servit de base aux overdubs ajoutés dans les jours suivants.
Entre le 9 et le 12 octobre, les sessions d’enregistrement se poursuivirent aux studios Island, où divers instruments furent ajoutés : Paul McCartney enregistra des parties de piano, de célesta, de Mellotron et de basse, tandis que Linda McCartney enrichit la texture sonore avec des chœurs et un piano électrique. Denny Laine et Henry McCullough apportèrent leurs guitares électriques, et Denny Seiwell posa la rythmique à la batterie.
L’un des éléments les plus marquants dePower Cutest son astucieuse conclusion, où les mélodies des trois morceaux précédents du medley reviennent en superposition, créant un effet de reprise en chœur qui donne une impression d’unité et de finalité à l’ensemble. Cet effet rappelle la construction du final du medley d’Abbey Road, où les morceaux s’entrelacent progressivement pour former un tout cohérent.
Un morceau oublié sur scène
Si le medley d’Abbey Roadest resté l’un des moments phares des concerts de McCartney en solo, le medley deRed Rose Speedway, etPower Cuten particulier, n’a jamais été interprété sur scène, ni par Wings, ni par McCartney en solo. Cela s’explique probablement par la nature même de l’album, qui, bien que marquant une progression pour Wings, reste souvent perçu comme une œuvre de transition vers la grandeur deBand on the Run(1973).
Cependant, le morceau a refait surface dans la compilationOne Hand Clapping, un projet enregistré en 1974 mais longtemps resté inédit. Ce projet de session live en studio, destiné à promouvoir Wings sous un jour plus authentique, montre que McCartney gardait tout de même un attachement particulier à cette chanson.
Une pierre angulaire méconnue de McCartney post-Beatles
SiRed Rose Speedwaya pu être critiqué à sa sortie pour son caractère hétérogène, il demeure un album crucial dans l’évolution de Paul McCartney. L’intégration du medley final, avecPower Cuten guise de point d’orgue, témoigne de son désir constant d’expérimentation et de structuration musicale.
Avec le recul,Power Cuts’impose comme un morceau révélateur du McCartney des années 70 : mélodiste hors pair, il parvient, même dans un exercice de collage musical, à donner une identité propre à chaque fragment, tout en instaurant une cohésion d’ensemble. Son choix d’inclure ce titre dans un medley en dit long sur sa volonté d’insuffler une dynamique narrative et émotionnelle à son œuvre, en s’inscrivant dans la continuité du travail accompli avec les Beatles.
Alors que la redécouverte deRed Rose Speedwayà travers les rééditions et les analyses contemporaines offre un nouvel éclairage sur cet album,Power Cutmérite d’être apprécié comme un témoignage de la transition d’un Paul McCartney en quête de son identité post-Beatles. Ce n’est peut-être pas le morceau le plus connu de son répertoire, mais il incarne parfaitement son approche unique de la musique : une alchimie délicate entre spontanéité et sophistication.
