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Good Morning Good Morning : une cacophonie savamment orchestrée

Publié le 11 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

L’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, sorti en juin 1967, est une pierre angulaire de la musique pop. Parmi ses morceaux, Good Morning Good Morning se distingue par son rythme atypique, son instrumentation audacieuse et sa cacophonie animalière en guise de final. Cette chanson, née d’une inspiration banale et transformée en une œuvre audacieuse, est l’une des plus expérimentales de John Lennon.

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Une inspiration issue du quotidien

John Lennon a toujours eu une capacité unique à transformer des éléments du quotidien en compositions musicales fascinantes. Good Morning Good Morning ne fait pas exception. L’inspiration initiale lui est venue en entendant un jingle publicitaire de la marque Kellogg’s, diffusé à la télévision alors qu’il écrivait. Ce détail illustre bien l’état d’esprit de Lennon à l’époque : un mélange de lassitude domestique et de créativité instinctive.

Les paroles du morceau reflètent son sentiment d’ennui dans sa vie de couple avec Cynthia Lennon. Lennon était alors en pleine remise en question de son existence domestique, se sentant piégé par la routine et par un quotidien vidé de toute excitation. Dans Many Years From Now, Paul McCartney évoque cette dimension introspective du morceau, soulignant que Lennon commençait à ressentir un malaise profond, préfigurant son éloignement du mariage conventionnel.

Une construction rythmique inédite

Dès les premières mesures, Good Morning Good Morning déroute par sa structure rythmique instable. Lennon avait une habitude bien particulière : écrire d’abord les paroles avant d’y adapter la musique. Cela donnait souvent des résultats inhabituels sur le plan métrique. Ici, la chanson varie constamment de mesure, passant du 5/4 au 4/4, créant un sentiment de déséquilibre permanent.

Paul McCartney, qui tenait à assurer un soutien musical puissant à la chanson, a joué non seulement de la basse, mais également de la guitare solo et même de la batterie à certains moments. La présence de cuivres, joués par des musiciens du groupe Sounds Inc, apporte une dynamique explosive, bien que Lennon ait insisté pour que leur son soit trafiqué afin de ne pas sonner trop traditionnel.

Des sons animaliers orchestrés avec soin

Un des aspects les plus marquants du morceau est sa conclusion animalière. Lennon voulait que chaque animal enregistré puisse en effrayer un autre dans la séquence. On entend successivement un coq, un chat, des chiens, des chevaux, des moutons, un lion, un éléphant et enfin une chasse au renard, avant qu’un hennissement de cheval ne vienne se fondre dans la guitare d’Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (Reprise).

Geoff Emerick, ingénieur du son, explique que cette sélection minutieuse d’effets sonores était loin d’être un simple caprice. Chaque bruit d’animal a été choisi pour sa capacité à créer un effet narratif cohérent. Lennon voulait que ces sons forment une montée en tension, un chaos organisé qui reflétait l’agitation intérieure du personnage qu’il incarnait dans la chanson.

Une production chaotique mais maîtrisée

L’enregistrement de Good Morning Good Morning a nécessité plusieurs sessions échelonnées sur plusieurs semaines. Le premier enregistrement a eu lieu le 8 février 1967 avec huit prises, dont la dernière fut retenue. Le 16 février, Lennon a ajouté sa voix principale et McCartney a enregistré la basse.

La production s’est ensuite poursuivie le 13 mars avec l’ajout des cuivres, puis le 28 mars avec la prise finale de la voix de Lennon et le solo de guitare joué par McCartney. Enfin, le 29 mars, les effets sonores animaliers ont été intégrés.

Le mixage final visait à donner un son chaotique mais maîtrisé. Richard Lush, l’opérateur des bandes, évoque le travail effectué sur les cuivres pour leur donner un effet déformé et irréel. Cela correspondait parfaitement à la volonté de Lennon d’obtenir un rendu à la fois énergique et surréaliste.

Une chanson sous-estimée mais révolutionnaire

Si Lennon considérait Good Morning Good Morning comme un « jetable », force est de constater qu’elle s’intègre parfaitement dans l’univers expérimental de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band. L’utilisation de rythmes asymétriques, l’instrumentation foisonnante et l’ingéniosité du mixage en font un titre qui, sans être le plus connu de l’album, reste une pièce essentielle du puzzle psychédélique des Beatles.

En écoutant ce morceau aujourd’hui, on perçoit un instantané de l’état d’esprit de Lennon à cette époque : une frustration domestique qui se transforme en une explosion sonore débridée, annonçant déjà le virage plus introspectif et personnel qu’il prendrait dans les albums suivants. Good Morning Good Morning est bien plus qu’une simple chanson : c’est un témoignage vibrant d’une période charnière dans l’histoire des Beatles et dans la trajectoire personnelle de John Lennon.


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