George Harrison n’a jamais caché son regard critique sur certains albums des Beatles, qualifiant Yellow Submarine d’ »affreux » en raison de son manque de cohérence. Il regrettait aussi la production des premiers albums, remixés artificiellement en stéréo. Toutefois, il appréciait les disques marquant une réelle évolution artistique comme Rubber Soul, Revolver et Abbey Road. Son exigence reflète sa quête de perfection, sans remettre en cause l’impact légendaire des Beatles dans l’histoire de la musique.
Il est rare d’entendre un membre d’un groupe aussi mythique que les Beatles porter un regard sévère sur sa propre discographie. George Harrison, pourtant, n’a jamais caché son opinion sur certains albums du Fab Four qu’il jugeait tout simplement « affreux ». Un jugement surprenant venant d’un musicien qui a contribué à forger l’aura intemporelle du groupe. Mais au-delà de la critique, ses propos témoignent de la quête artistique permanente qui animait les Beatles et de la complexité de leur évolution musicale.
Sommaire
- Une évolution artistique inégalement appréciée
- Yellow Submarine : un album indigeste pour Harrison
- Les premiers albums : un regard sévère sur la production
- L’exigence d’un artiste en quête de perfection
- Un héritage musical intact
Une évolution artistique inégalement appréciée
Les Beatles ont marqué l’histoire par leur capacité à se réinventer constamment. De leurs débuts sous l’égide d’un rock ‘n’ roll teinté de pop, ils ont évolué vers des compositions toujours plus audacieuses, flirtant avec le psychédélisme et l’expérimentation sonore. Mais cette évolution n’a pas toujours été du goût de George Harrison, qui voyait certaines œuvres comme des exercices de style manquant de substance.
Dans une interview donnée en 1977, Harrison évoquait son attachement particulier pour certains albums comme Rubber Soul et Revolver, considérés par de nombreux fans comme des tournants majeurs dans l’histoire des Beatles. « J’aimais quand nous avons commencé à travailler sur Rubber Soul et Revolver — chaque album avait quelque chose de bon et montrait une progression », affirmait-il. Rubber Soul, sorti en 1965, correspond à l’année où le groupe a découvert le LSD, une expérience qui influencera profondément leur créativité et leur approche de la musique.
Ce basculement vers une musique plus expérimentale s’est confirmé avec Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, Magical Mystery Tour et The White Album, des disques audacieux qui ont repoussé les frontières de la musique populaire. Pourtant, cette liberté nouvelle ne convenait pas toujours à Harrison, qui voyait dans certains albums des dérives créatives ou des choix éditoriaux discutables.
Yellow Submarine : un album indigeste pour Harrison
S’il y a bien un album qui cristallise l’agacement de George Harrison, c’est Yellow Submarine. Conçu initialement comme une bande-son pour le film d’animation du même nom sorti en 1968, cet album mêle chansons originales et morceaux instrumentaux composés par George Martin. Une combinaison qui, aux yeux d’Harrison, n’a jamais vraiment trouvé sa cohérence.
« Il y avait des albums qui, selon moi, n’étaient pas bons, comme Yellow Submarine », déclara-t-il sans détour. Il dénonçait notamment l’assemblage artificiel des chansons en une collection qui manquait de véritable unité artistique. Si le titre éponyme, chanté par Ringo Starr, et « All You Need Is Love » sont devenus emblématiques, le reste du disque souffrait d’une absence de direction claire, renforçant le sentiment d’une production bâclée plutôt qu’un album conçu avec l’ambition d’un Revolver ou d’un Abbey Road.
Harrison pointait également du doigt la gestion commerciale des albums aux États-Unis, où les maisons de disques modifiaient la tracklist, ajoutaient des singles hors albums et remodelaient les sorties britanniques en nouveaux produits destinés au marché américain. « Ils faisaient trois albums quand nous en faisions deux », soulignait-il, fustigeant des « compilations affreuses » comme Yesterday and Today, qui changeaient la dynamique des œuvres originales.
Les premiers albums : un regard sévère sur la production
Si Yellow Submarine était aux yeux de Harrison une faute de goût, il n’épargnait pas non plus les premiers albums des Beatles, principalement pour des raisons techniques. Lorsqu’on l’interrogeait sur d’autres disques qu’il n’appréciait pas particulièrement, il évoquait notamment la production des premiers opus, réalisés en mono et réarrangés artificiellement en stéréo par la suite.
« Ces vieux disques n’étaient pas vraiment en stéréo », expliquait-il. « Ils étaient enregistrés en mono et remixés ensuite. Certains mixages en stéréo étaient horribles parce qu’ils isolaient l’instrumentation d’un côté et le chant de l’autre. »
Cette approche, courante à l’époque, était souvent perçue comme un manque de finesse, notamment sur les premiers albums comme Please Please Me. Enregistré en une seule journée en 1963, ce disque fondamental de l’histoire du rock témoigne néanmoins d’une énergie brute et d’un enthousiasme communicatif. Mais pour un perfectionniste comme Harrison, ce type de production laissait trop de défauts apparents.
L’exigence d’un artiste en quête de perfection
Les critiques de George Harrison sur certaines productions des Beatles ne remettent pas en cause leur importance musicale, mais illustrent sa rigueur artistique. Il avait conscience que le groupe était en constante expérimentation et qu’il fallait parfois essuyer les plâtres avant d’atteindre l’excellence.
Les albums qu’il admirait le plus sont ceux où le groupe s’est véritablement réinventé tout en conservant une cohésion forte : Rubber Soul, Revolver et Abbey Road figurent parmi ses préférés. Ce dernier, en particulier, lui a offert l’espace créatif nécessaire pour imposer des compositions majeures comme « Something » et « Here Comes the Sun », deux morceaux qui démontrent à quel point son talent de songwriter était sous-estimé.
Son regard critique ne se limitait pas aux Beatles. Après la séparation du groupe, Harrison a poursuivi son chemin avec une carrière solo prolifique, offrant au monde des chefs-d’œuvre tels que All Things Must Pass. Son perfectionnisme et sa quête de sincérité artistique ont marqué chacune de ses productions, prouvant que son exigence vis-à-vis des Beatles ne relevait pas d’une simple amertume, mais d’une volonté constante de viser l’excellence.
Un héritage musical intact
Si George Harrison pouvait être sévère envers certains albums des Beatles, son regard critique reflète avant tout l’exigence d’un artiste profondément impliqué dans son art. Son rejet de Yellow Submarine ou sa frustration face aux premiers albums en mono n’entachent en rien la place incontournable du groupe dans l’histoire de la musique. Au contraire, ils soulignent la complexité du processus créatif derrière chaque disque, où les hauts et les bas sont inévitables.
Harrison, malgré ses réserves, a contribué à faire des Beatles une entité légendaire, et son regard sans concession nous rappelle que même les géants de la musique ne sont pas à l’abri de l’auto-critique. Mais au-delà des imperfections qu’il soulignait, l’essence des Beatles réside dans leur capacité à captiver et à inspirer, encore aujourd’hui, des générations entières de musiciens et de mélomanes.
