En 1974, Todd Rundgren attaque John Lennon et les Beatles, les accusant d’hypocrisie et de manque de style. Lennon réplique avec une lettre mordante, défendant la diversité musicale des Beatles. Ce clash survient alors que l’image des Fab Four évolue dans une époque marquée par la désillusion post-hippie. Rundgren, malgré ses critiques, semble nourrir une rancune personnelle envers Lennon. Opposer son groupe, la Nazz, aux Beatles s’avère une comparaison risquée, illustrant la difficulté de rivaliser avec une légende.
Au sommet de leur gloire, les Beatles n’étaient pas simplement un groupe, mais un phénomène d’une ampleur inédite. De l’explosion médiatique sur le plateau de l’Ed Sullivan Show en 1964 à leur ultime collaboration en studio, leur ascension a été fulgurante. Pourtant, en pleine apogée, ils ont choisi de bouleverser leur propre formule : abandonner les concerts, délaisser les romances sucrées pour des expérimentations comme I Am the Walrus. Une audace qui ne faisait qu’amplifier leur légende, tout en alimentant les critiques.
Parmi les voix discordantes, celle de Todd Rundgren, jeune musicien américain, se fit particulièrement entendre en 1974. En attaquant John Lennon et les Beatles, il n’imaginait sans doute pas la riposte cinglante qu’il allait susciter.
Todd Rundgren et ses attaques contre Lennon
Todd Rundgren n’a jamais eu la langue dans sa poche. Dans une interview accordée en 1974, il comparait John Lennon à Richard Nixon, l’accusant de véhiculer des idéaux fallacieux tout en poursuivant ses propres intérêts. Un coup dur pour l’ancien Beatle, qui incarnait, pour beaucoup, l’esprit contestataire et pacifiste des années 1960.
Mais Rundgren ne s’arrêta pas là. Il élargit sa critique à l’ensemble du groupe : « Les Beatles n’avaient pas de style, si ce n’est celui d’être les Beatles. » Il ajouta que son premier groupe, la Nazz, savait, lui, passer du heavy rock à des ballades complexes, insinuant une plus grande diversité musicale que celle des Fab Four.
Un tel affront ne pouvait rester sans réponse. John Lennon, connu pour son mordant, répliqua par une lettre ouverte. Avec un sarcasme assumé, il pointa du doigt l’absurdité des propos de Rundgren : « La Nazz faisait du ‘heavy rock’, puis soudainement une ‘jolie ballade douce’. Quelle originalité ! » Et de conclure : « Ce qui nous amène aux Beatles, ‘qui n’avaient pas d’autre style que d’être les Beatles’ ! Ça couvre beaucoup de styles, mec, y compris le tien, jusqu’à présent… »
Le contexte : le changement de regard sur les Beatles
Ce clash survenait à une époque où l’image des Beatles et de John Lennon était en mutation. Les années 1970 marquaient la fin d’un idéalisme hippie, remplacé par une réalité bien plus dure. En 1971, lors de son passage dans The Dick Cavett Show, Lennon prônait encore la paix, vêtu de son emblématique chemise militaire. Mais pendant ce temps, New York sombrait dans le chaos économique et social : montée du chômage, explosion de la criminalité, déclin des industries manufacturières… All You Need Is Love commençait à sonner creux pour certains.
Des artistes comme Steely Dan ironisaient sur cette désillusion avec Only a Fool Would Say That, tandis que Frank Zappa, jamais avare de critiques, déclarait : « Tout le monde pensait que les Beatles étaient Dieu. Je crois que c’était faux. C’était juste un bon groupe commercial. » La remise en question était lancée.
Même Lennon semblait conscient de cette érosion de son image. En 1975, il confiait dans une interview : « Le public, y compris les médias, agit parfois comme un troupeau de moutons. Il suffit qu’une tendance se dessine… Quelqu’un est à la mode, quelqu’un d’autre est dépassé. » Un aveu lucide sur les fluctuations de la célébrité.
Todd Rundgren : admiration et rancœur mêlées
Pourquoi Rundgren s’attaquait-il ainsi à Lennon ? Peut-être avait-il une rancune plus personnelle qu’il ne voulait bien l’admettre. Dans une interview donnée des années plus tard, il évoqua ses rencontres avec les Beatles, affirmant que Ringo Starr était le plus abordable du groupe. En revanche, il dépeignait Paul McCartney comme « étonnamment morose » et Lennon comme « totalement ivre et amorphe ».
Ces souvenirs teintés de déception expliqueraient-ils ses piques acerbes ? Quoi qu’il en soit, opposer la Nazz aux Beatles était une gageure vouée à l’échec. Comme l’auraient chanté Steely Dan : Only a fool would say that…
