En novembre 1968, George Harrison publie Wonderwall Music, son premier album solo et la bande originale du film Wonderwall réalisé par Joe Massot. Ce disque marque une étape importante dans l’histoire des Beatles : c’est le premier album solo d’un membre du groupe à voir le jour et la première sortie du label Apple Records. Parmi les morceaux qui composent cet opus expérimental, Red Lady Too se distingue par son énergie instrumentale et son ambiance teintée d’un psychédélisme mesuré. Retour sur un titre méconnu mais essentiel du parcours musical de George Harrison.
Sommaire
- Un projet expérimental et visionnaire
- Une exécution libre et spontanée
- Des musiciens talentueux au service de la vision de Harrison
- Une production singulière et des variations sonores
- Une pièce d’un puzzle musical plus vaste
Un projet expérimental et visionnaire
À la fin des années 1960, George Harrison est en pleine exploration musicale. Son intérêt pour la musique indienne l’a déjà conduit à des collaborations avec Ravi Shankar, mais Wonderwall Music lui offre l’opportunité d’aller encore plus loin. L’album mêle des sonorités indiennes, du rock psychédélique et des orchestrations occidentales dans une fusion inédite.
Red Lady Too s’inscrit dans cette logique d’expérimentation. Contrairement à d’autres morceaux de l’album où les influences indiennes sont omniprésentes, ce titre repose essentiellement sur des instruments occidentaux. C’est un morceau instrumental construit autour du piano et des guitares électriques, qui évoque autant le jazz que le rock progressif.
Une exécution libre et spontanée
L’enregistrement de Red Lady Too se fait dans un climat de liberté totale. George Harrison ne cherche pas à composer des morceaux figés sur partition, mais plutôt à capturer des ambiances et des émotions en temps réel. Roy Dyke, le batteur du groupe Remo Four, groupe de Liverpool ayant participé à l’album, raconte :
« Nous avons enregistré les pistes d’accompagnement à Abbey Road pour correspondre à certains passages du film. George avait tout minuté avec un chronomètre : “Nous avons besoin d’une minute et 35 secondes avec une ambiance country & western.” Ou encore : “Nous avons besoin d’un morceau rock de deux minutes exactement.” Rien n’était vraiment écrit. Nous échangions des idées, nous jouions quelque chose et il disait : “C’est bien, gardons ça.” C’était très expérimental. »
Ce processus créatif spontané permet à chaque musicien d’apporter sa touche personnelle. Red Lady Too en est un parfait exemple : on y retrouve un jeu de piano entêtant et répétitif, appuyé par des accords de guitare et une section rythmique minimaliste mais efficace.
Des musiciens talentueux au service de la vision de Harrison
Sur ce titre, Harrison ne joue pas lui-même, laissant l’exécution aux membres du Remo Four. Le pianiste Tony Ashton y impose sa patte avec un jeu à la fois fluide et hypnotique, marqué par l’utilisation d’un tack piano, un instrument modifié pour produire un son métallique et percussif. La guitare de Colin Manley et la basse de Philip Rogers apportent une structure harmonique solide, tandis que Roy Dyke assure une batterie sobre mais efficace.
Cette collaboration avec le Remo Four s’inscrit dans la logique du projet Wonderwall Music, où Harrison a fait appel à de nombreux musiciens pour varier les textures sonores. D’autres figures notables sont également présentes sur l’album, comme Eric Clapton, qui joue un riff mémorable sur Ski-ing, ou encore des musiciens indiens enregistrés à Bombay.
Une production singulière et des variations sonores
L’une des particularités de Red Lady Too réside dans ses différences entre les versions mono et stéréo. La version mono, plus longue, présente un effet de flanging marqué sur le tack piano, donnant au morceau une dimension encore plus psychédélique. Cette variation de mixage reflète l’attention portée par Harrison aux détails sonores et à l’ambiance globale de l’album.
Une pièce d’un puzzle musical plus vaste
Bien que Red Lady Too ne soit pas le titre le plus célèbre de Wonderwall Music, il illustre parfaitement l’esprit de l’album : une recherche constante de nouvelles textures sonores et une approche décomplexée de la composition. Ce morceau, en apparence simple, témoigne de l’ingéniosité musicale de George Harrison et de sa capacité à s’entourer de musiciens capables d’explorer des territoires inédits.
Avec Wonderwall Music, Harrison inaugure une carrière solo riche en expériences et en audaces. Red Lady Too, par sa construction originale et son atmosphère envoûtante, en est une belle démonstration, rappelant que le « Quiet Beatle » était bien plus qu’un simple guitariste de talent : il était un explorateur musical en quête de nouvelles dimensions sonores.
