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« Hello Little Girl » : le premier pas balbutiant de John Lennon dans l’univers de la chanson

Publié le 13 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

« Hello Little Girl », première chanson de John Lennon, témoigne de ses débuts hésitants mais prometteurs en tant qu’auteur. Composée en 1957, elle révèle les influences fondatrices de son style et marque le premier jalon de la légende Lennon-McCartney.


Avant d’être l’architecte de Strawberry Fields Forever ou le provocateur de Revolution, John Lennon fut un adolescent hésitant, un jeune Liverpuldien armé d’une guitare et d’une admiration sans bornes pour les refrains américains des années 1950. Il n’a pas jailli dans l’histoire avec un talent immaculé : il l’a construit. Et cette construction commence avec une chanson simple, naïve, légèrement bancale, mais fondatrice : Hello Little Girl.

À ceux qui voudraient croire que le génie vient tout armé au monde, Lennon répond par ce premier effort, qu’il reconnaîtra des années plus tard comme son point de départ. Dans son imperfection même, Hello Little Girl est la pierre angulaire d’un édifice qui allait changer la face de la musique populaire.

Sommaire

Un contexte adolescent et une impulsion maternelle

Nous sommes en 1957. John Lennon a 16 ans. Sa mère Julia vient de lui offrir sa première guitare. Elle n’aura pas le temps d’en voir pleinement les fruits, mais cet instrument deviendra la clef de voûte de sa vie. Lennon forme alors The Quarrymen, groupe de skiffle — ce genre hybride à mi-chemin entre le folk américain et la musique populaire anglaise — avec quelques copains de lycée. Les chansons qu’ils interprètent ne sont pas les leurs. Comme tous les groupes d’adolescents de l’époque, ils piochent dans le répertoire de Lonnie Donegan, Elvis Presley, Carl Perkins.

Mais une idée germe. Paul McCartney, fraîchement intégré au groupe, est lui aussi tenté par l’écriture. Peu à peu, entre deux reprises, l’envie d’écrire se précise. C’est dans ce contexte que Lennon conçoit Hello Little Girl, inspiré à la fois par ses goûts musicaux et ses souvenirs personnels — notamment ceux liés à sa mère.

Dans une interview accordée à David Sheff en 1980, Lennon expliquera : « C’était vraiment ma première chanson. […] Elle m’était venue en pensant à un vieux morceau des années trente ou quarante, You’re delightful, you’re delicious… Ce genre de choses. Ma mère chantait ça. C’est très freudien, tout ça. » L’inspiration, donc, n’est pas tant amoureuse que nostalgique : une sorte de résurgence douce-amère de sa relation avec Julia, qui représentait pour lui à la fois la fantaisie, la liberté, et une part de mystère inassouvi.

Une chanson naïve, mais fondamentalement pop

Évidemment, Hello Little Girl ne brille pas par son lyrisme. Paul McCartney lui-même ne s’en cache pas : « Malheureusement, les paroles ne sont pas extraordinaires. Elles sont un peu moyennes. » De fait, certains passages frôlent l’absurde ou l’incohérence poétique : « Mother said not to stray, Still, I suppose, a small delay, Granny might like a fresh bouquet, Goodbye, Mr. Wolf, Goodbye, little girl. » Le surréalisme y côtoie l’anecdote domestique dans une forme de maladresse attendrissante.

Mais derrière ces mots hésitants, on devine déjà l’intuition mélodique. La structure du morceau est nette, accessible, pensée pour capter l’attention. Le refrain est immédiat, les modulations simples mais efficaces. C’est une chanson qui, sans être inoubliable, fonctionne. Et c’est peut-être là l’essentiel : Lennon a compris, dès ses premiers tâtonnements, ce qu’était un hook, ce ressort mélodique qui capte l’auditeur.

Un rejet par Decca, un succès inattendu

En janvier 1962, les Beatles enregistrent Hello Little Girl lors de leur fameuse audition pour Decca Records — une séance qui restera tristement célèbre pour avoir été rejetée par le label, au profit de Brian Poole & The Tremeloes. Cette version, longtemps inédite, ne sera rendue publique qu’en 1995 dans la compilation Anthology 1.

Mais la chanson n’est pas pour autant oubliée. Lorsqu’ils signent avec EMI et George Martin, Lennon et McCartney commencent à écrire pour d’autres artistes. Hello Little Girl est ainsi confiée aux Fourmost, groupe ami de Liverpool. Leur version, produite par Martin, sort en 1963 et rencontre un succès honorable, atteignant la 9e place des charts britanniques. Ironie du sort, la première chanson de Lennon devient le plus grand succès d’un groupe… qui ne l’a pas écrite.

Une trace précieuse du Lennon naissant

À posteriori, Hello Little Girl est bien plus qu’un simple exercice de style juvénile. Elle témoigne de la volonté d’un jeune homme de créer son propre langage musical. Elle porte les marques de l’imitation — Buddy Holly, Cole Porter, Elvis — mais aussi les premiers signes d’une voix singulière.

Elle révèle également une facette de Lennon qu’on oublie parfois : sa capacité à l’autodérision. Dans cette chanson légère et volontairement simpliste, il ne cherche pas à réinventer la musique. Il veut plaire, séduire, imiter. C’est un point de départ humble, mais sincère. Loin des élans psychédéliques ou politiques de sa période mature, on découvre ici un adolescent vulnérable, influençable, touchant.

Une œuvre mineure au destin majeur

Hello Little Girl n’entrera jamais dans le canon des grandes chansons des Beatles. Et pourtant, elle mérite d’être considérée comme un jalon essentiel. Car elle prouve que même les plus grands ont commencé avec des doutes, des maladresses, des influences mal digérées. Lennon, comme tous les artistes, a dû apprendre à écrire. Cette chanson, dans son innocence même, est un acte de naissance artistique.

Elle marque aussi le début du partenariat Lennon-McCartney, non pas encore en tant que binôme d’écriture, mais comme tandem de soutien créatif. Paul, même critique à l’égard du texte, a encouragé son ami à la finaliser, à la jouer, à la proposer. C’est dans cette émulation que naîtra la plus fructueuse collaboration musicale du XXe siècle.

Lennon, l’apprenti devenu maître

On connaît la suite : en l’espace de cinq ans, Lennon passera de Hello Little Girl à Norwegian Wood, In My Life, A Day in the Life. Le même jeune homme qui écrivait des vers maladroits deviendra l’un des lyricistes les plus acérés, introspectifs, brillants de son époque. Mais pour cela, il fallait commencer quelque part.

Hello Little Girl est ce quelque part. Une chanson qui, dans sa modestie, contient déjà une promesse. Celle d’un garçon de Liverpool qui regarde le monde, sa guitare à la main, et qui commence à lui répondre.


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