Keith Moon, le batteur excentrique des Who, a un jour envisagé de remplacer Ringo Starr chez les Beatles. Derrière cette idée folle se cache une amitié sincère entre deux batteurs que tout opposait en style, mais que tout liait en humanité. Une histoire méconnue, rythmée par les tambours du destin.
Si l’on devait graver dans la pierre la formation la plus emblématique du rock britannique, ce serait sans conteste celle des Beatles : Lennon, McCartney, Harrison… et Ringo Starr. Et pourtant, dans le grand livre des anecdotes oubliées et des coulisses rocambolesques de l’histoire du rock, une vérité plus étrange que la fiction refait surface : Keith Moon, le légendaire batteur des Who, a un jour sérieusement envisagé de prendre la place de Ringo Starr.
Ce fantasme, qui aurait pu bouleverser le cours de la pop moderne, n’était pas qu’une provocation passagère d’un Moon en quête de chaos – mais l’expression sincère d’un lien artistique fort et d’une profonde admiration entre deux batteurs que tout opposait techniquement, mais que tout rapprochait humainement.
Sommaire
- 1966 : le chaos dans The Who et l’envie d’ailleurs
- Une amitié peu commune entre deux batteurs très différents
- Un héritage transmis à la génération suivante
- Deux styles, une même passion
- Et si…
1966 : le chaos dans The Who et l’envie d’ailleurs
En 1966, The Who traverse une zone de turbulences. Keith Moon, génie incontrôlable de la batterie, claque la porte du groupe à plusieurs reprises, las de ses tensions avec Pete Townshend. C’est dans ce climat d’instabilité que l’idée germe dans son esprit hyperactif : et si, au lieu de retourner dans la cage aux lions, il tentait sa chance chez les rois du rock, les Beatles ?
L’histoire veut que Moon ait même approché Paul McCartney pour soumettre sa candidature. Mais l’homme aux mille mélodies, qui veille alors à la fragile stabilité du groupe de Liverpool, refuse poliment mais fermement. L’idée d’un autre batteur que Ringo, même un génie flamboyant comme Keith Moon, n’était tout simplement pas envisageable.
On ne saura jamais ce qu’un tel coup de théâtre aurait pu donner musicalement – sans doute une collision d’univers entre l’élégance sobre de Ringo et le volcanisme de Moon – mais ce refus ne sonna ni comme un rejet, ni comme la fin d’une histoire.
Une amitié peu commune entre deux batteurs très différents
Car si Moon ne rejoignit jamais officiellement les Beatles, il trouva chez Ringo Starr un complice, un alter ego, un frère de batterie. Leur relation, racontée par les proches comme « incroyablement intime », n’était pas de celles qui nécessitaient des mots. Comme l’explique Nancy Andrews, alors compagne de Ringo :
« J’ai remarqué au fil des années que les batteurs ont un langage codé. Ils n’ont pas besoin de phrases complètes pour se comprendre. Ringo et Keith pouvaient échanger deux ou trois mots et ils savaient instantanément ce que l’autre voulait dire. »
Deux manières de jouer la batterie, deux philosophies du rythme : Ringo, tout en économie de geste, au service de la chanson. Keith, tout en exubérance et en éclats, au service de la folie du rock. Et pourtant, une osmose instinctive entre deux artisans du tempo, deux enfants du swing, deux hommes discrets derrière leur kit mais essentiels à la grandeur de leurs groupes respectifs.
Un héritage transmis à la génération suivante
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Keith Moon meurt prématurément en 1978, emporté par ses excès. Ringo, profondément marqué, conserve la mémoire de cette amitié hors norme. Et c’est son propre fils, Zak Starkey, qui offrira au destin une réparation poétique : à la fin des années 1990, il devient le batteur attitré de The Who, marchant dans les pas de celui qui fut le mentor de son père.
C’est Moon lui-même qui, avant sa mort, avait offert à Zak sa première batterie. Une forme de passage de témoin prophétique, comme si l’univers rock’n’roll avait voulu que quelque chose de cette amitié survive, que le lien entre les Beatles et The Who ne soit pas qu’un rêve avorté.
Deux styles, une même passion
Dans l’histoire de la batterie rock, peu de duos sont aussi contrastés que Ringo et Moon. Là où le premier privilégiait la régularité, la discrétion, l’intuition au service de la mélodie, le second incarnait la déflagration permanente, le solo à chaque mesure, la mise en scène sonore de la démesure. Pourtant, leur proximité n’était pas une simple camaraderie mondaine.
Elle était faite de cette connexion primitive que seuls les batteurs connaissent, faite de regards, de respirations, d’instincts partagés. Le fait que deux hommes aussi différents aient pu tisser une relation aussi forte témoigne de la richesse humaine et artistique qui sous-tend les coulisses du rock britannique.
Et si…
Alors, osons rêver. Et si Keith Moon avait remplacé Ringo Starr, ne serait-ce que pour un album, un concert, une session ? Que serait devenue la mécanique millimétrée des Beatles ? Aurait-elle explosé en vol sous la fureur de Moon ? Ou aurait-elle accouché d’un OVNI musical encore plus grandiose ? Heureusement – ou malheureusement – nous ne le saurons jamais.
Mais ce que l’on sait, c’est que les étoiles et les lunes, dans le cosmos du rock, se sont frôlées de très près. Et que leur amitié, leur respect mutuel et l’héritage qu’ils ont transmis continuent de résonner dans chaque frappe de Zak Starkey, dans chaque mesure gravée sur vinyle, dans chaque souvenir partagé entre deux batteurs d’exception.
Car dans la grande galaxie du rock, parfois, les rencontres manquées sont les plus belles légendes.
