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Strawberry Field : une nouvelle page s’écrit à Liverpool

Publié le 13 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Strawberry Field, lieu emblématique lié à John Lennon, entame une nouvelle ère avec l’arrivée de la Major Michelle Lovegrove-Huggins à la direction. Elle succède à Kathy Versfeld, qui a transformé le site en un centre d’inclusion sociale et culturelle.


À Liverpool, les légendes ne se contentent pas d’habiter les disques vinyles ou les vieux studios d’Abbey Road. Elles vivent aussi dans les briques rouges et les jardins paisibles d’un lieu mythique : Strawberry Field. Immortalisé en 1967 par John Lennon dans le morceau Strawberry Fields Forever, ce site cher au cœur du Beatle connaît aujourd’hui un tournant : la Salvation Army, propriétaire du site, vient d’annoncer la nomination d’une nouvelle directrice de mission.

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Un changement dans la continuité

Après sept années de service, la Major Kathy Versfeld quitte son poste pour une nouvelle mission au sein de l’organisation chrétienne. Elle cède la place à la Major Michelle Lovegrove-Huggins, forte de 33 années d’expérience dans les rangs de la Salvation Army et déjà présente à Strawberry Field depuis août 2024.

C’est une passation de flambeau en douceur, marquée par la gratitude et le respect. Car durant son mandat, Kathy Versfeld n’a pas seulement dirigé une institution ; elle a façonné une renaissance. Arrivée à Liverpool en 2018, elle a vu s’ériger le nouveau centre « des fondations au sommet ». Ce lieu, autrefois fermé au public, s’est mué sous son impulsion en un centre d’accueil ouvert sur la communauté, mêlant mémoire, culture et inclusion sociale.

Le rêve de John Lennon devenu réalité

Le lieu de Strawberry Field n’était au départ qu’un foyer pour enfants géré par la Salvation Army. Cette maison victorienne située à Woolton, au sud de Liverpool, avait été acquise dans les années 1930. C’est là que le jeune John Lennon, enfant solitaire de Mendips, allait jouer, rêver, observer. Cette oasis de verdure est devenue pour lui un refuge, une échappatoire à un quotidien souvent trouble. Des années plus tard, elle renaîtra sous sa plume et sa voix dans une chanson devenue l’un des plus puissants manifestes psychédéliques du XXe siècle.

Avec l’ouverture du centre au public en 2019, Kathy Versfeld a permis aux fans du monde entier de franchir ces célèbres grilles rouges et de marcher sur les traces du jeune Lennon, dans des jardins soigneusement entretenus et baignés d’une paix qui semble éternelle. C’est une autre forme de pèlerinage que propose Strawberry Field : non pas vers la gloire tapageuse, mais vers la méditation et l’espérance.

Un engagement social au cœur du projet

Mais l’héritage laissé par Kathy Versfeld dépasse largement le souvenir des Beatles. Ce que la Major a construit avec son équipe, c’est aussi une mission sociale d’envergure, à travers le programme « Steps at Strawberry Field », un dispositif d’insertion professionnelle destiné aux jeunes adultes en difficulté.

Cette initiative, en lien avec les valeurs fondatrices de la Salvation Army, conjugue formation, développement personnel et travail communautaire. Elle incarne une vision profondément moderne de ce que peut être un lieu de mémoire : non pas un mausolée figé, mais un tremplin vers l’avenir.

Une directrice visionnaire, un passage de témoin en confiance

L’un des temps forts de la direction de Kathy Versfeld fut sans nul doute l’accueil en 2020 du mythique piano blanc de John Lennon, celui sur lequel il composa Imagine. L’instrument trône aujourd’hui dans l’exposition permanente, comme un symbole universel de paix et de création. Le fait qu’il soit installé dans l’enceinte même de Strawberry Field, lieu si intimement lié à Lennon, confère à ce retour aux sources une charge émotionnelle saisissante.

À l’heure du départ, Kathy Versfeld laisse un lieu vivant, vibrant, solidement ancré dans le tissu local mais tourné vers le monde. Sa remplaçante, Michelle Lovegrove-Huggins, arrive dans un contexte serein, portée par la continuité de l’œuvre amorcée. Elle aura pour mission non seulement de préserver l’esprit du lieu, mais aussi de l’inscrire dans les défis d’aujourd’hui : inclusion, écologie, mémoire partagée.

Une adresse mythique au-delà du mythe

Strawberry Field n’est pas un simple lieu de nostalgie pour baby-boomers mélomanes. Il est devenu un centre vivant, à la croisée du patrimoine, de la culture populaire et du service à la personne. Loin des paillettes, on y cultive la douceur, l’écoute, et l’attention aux plus fragiles. Lennon lui-même, on peut le croire, aurait été fier d’un tel usage de son paradis d’enfance.

Et c’est précisément cela qui rend ce site si singulier : il ne repose pas sur une glorification muséale du passé, mais sur une fidélité active aux valeurs humanistes que portaient, parfois maladroitement mais sincèrement, les Beatles et leur époque.

Strawberry Field est plus que jamais un lieu où l’on peut entendre, en filigrane, cette voix familière nous murmurer :

« Living is easy with eyes closed, misunderstanding all you see… »

Mais ici, on garde les yeux grands ouverts. Et l’avenir s’écrit dans chaque pas que font ceux qui franchissent ces grilles rouges, à la recherche d’un peu de paix, d’un peu de sens, et peut-être, d’un peu de Lennon.


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