Hey Bulldog, enregistré en 1968 pour la bande originale de Yellow Submarine, est longtemps resté dans l’ombre des albums majeurs des Beatles. Pourtant, ce morceau énergique, porté par un riff de piano percutant et une alchimie unique en studio, s’est imposé comme un classique pour les fans. Un mystère sonore l’entourait jusqu’au remix de 2023 : un bruit métallique attribué à une cymbale s’est révélé être une percussion accidentelle sur un ampli à réverbération, illustrant l’expérimentation spontanée du groupe en studio.
Parmi les titres les plus curieux de la discographie des Beatles, Hey Bulldog occupe une place à part. Éclipsé par les albums mythiques qui l’entourent – The White Album d’un côté et les tumultueuses sessions de Let It Be de l’autre –, ce morceau, enregistré en février 1968, apparaît sur la bande originale du film Yellow Submarine. Initialement conçu comme une simple exigence contractuelle, Hey Bulldog s’est imposé au fil du temps comme un incontournable pour les amateurs du groupe. Pourtant, un mystère sonore a longtemps entouré ce morceau : d’où provient ce bruit étrange de cymbale qui résonne dans la version remixée de 2023 ?
Sommaire
- Une chanson née dans l’urgence
- Une alchimie électrique en studio
- Le mystère du son de cymbale
- Une signature sonore involontaire
Une chanson née dans l’urgence
Lorsque la production du film Yellow Submarine demande un morceau supplémentaire aux Beatles, John Lennon se tourne vers une composition en gestation, un titre qu’il façonne autour d’un riff de piano percutant et d’une structure résolument rock. A cette époque, Lennon ne manifeste que peu d’intérêt pour le projet, considérant la bande-son du film comme une obligation mineure par rapport aux véritables défis artistiques qui se profilent avec Let It Be.
Pourtant, Hey Bulldog s’impose rapidement comme une démonstration éclatante du savoir-faire du groupe en matière de rock puissant et efficace. Entre les lignes absurdes inspirées de Lewis Carroll et l’énergie brute de l’enregistrement, le titre devient un témoignage du génie spontané des Beatles en studio.
Une alchimie électrique en studio
L’enregistrement de Hey Bulldog coïncide avec la présence d’une équipe de tournage dans les studios d’Abbey Road, capturant des images destinées à la promotion du single Lady Madonna. Cette session unique, où les Beatles se laissent aller à une joyeuse improvisation, montre le groupe à l’apogée de sa cohésion musicale.
Musicalement, le titre repose sur un groove implacable porté par le jeu de basse de Paul McCartney et la frappe incisive de Ringo Starr. George Harrison y insère un solo de guitare mordant, tandis que Lennon et McCartney s’amusent en fin de morceau à imiter des aboiements de chien, renforçant l’aspect délirant de la chanson.
Le mystère du son de cymbale
Ce n’est qu’avec le remix de 2023, intégré à la réédition de la compilation 1967-1970 (surnommée The Blue Album), que les auditeurs les plus attentifs remarquent une sonorité inhabituelle plus distincte qu’auparavant. Ce bruit métallique et réverbéré, longtemps attribué à une cymbale de Ringo Starr, se révèle être en réalité une percussion accidentelle sur un amplificateur équipé d’un ressort de réverbération.
Ce type d’effet est issu d’un dispositif inventé par Laurens Hammond, connu pour ses orgues, où un transducteur et un capteur permettent de simuler un écho artificiel. En frappant ou en donnant un coup de pied à l’ampli, on obtient un bruit métallique singulier, amplifié par la réverbération interne. Ce phénomène, bien connu des musiciens expérimentés, a trouvé une résonance similaire des années plus tard dans l’introduction du morceau Cecilia Ann des Pixies, où Joey Santiago frappe son ampli Peavey Bandit pour créer un effet percussif saisissant.
Une signature sonore involontaire
Ce détail technique, resté inaperçu pendant des décennies, illustre une fois de plus le caractère organique et imprévisible des sessions d’enregistrement des Beatles. Loin d’être un simple bruit parasite, ce son participe à l’identité sonore de Hey Bulldog, renforçant son atmosphère brute et électrisante.
Avec le recul, Hey Bulldog apparaît non seulement comme un des morceaux les plus énergiques de la période post-Sgt. Pepper, mais aussi comme un témoignage de l’expérimentation constante qui animait les Beatles en studio. Ce mystérieux bruit de cymbale, désormais décrypté, ne fait qu’ajouter une nouvelle anecdote à la légende du groupe.
