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Du Super Bowl à la scène mondiale : comment Brian Ray a rejoint le groupe de Paul McCartney lors de l’audition la plus publique de l’histoire du rock

Publié le 14 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

En 2002, Brian Ray est propulsé sur scène avec Paul McCartney lors du Super Bowl XXXVI, une audition à haute tension retransmise en direct. Ce moment décisif marque le début de plus de vingt ans de collaboration fidèle avec le Beatle, où Ray alterne guitare et basse avec humilité et professionnalisme. Une trajectoire guidée par le talent, le timing… et une dose de chance.


Sommaire

Une audition sous les projecteurs du monde entier

On a souvent dit que dans la carrière d’un musicien, certaines portes s’ouvrent en silence. Pour Brian Ray, ce fut tout le contraire. L’appel décisif qu’il reçut en 2002 ne lui proposait pas une simple audition, mais une épreuve à ciel ouvert : jouer sur scène avec Paul McCartney, en direct, devant des dizaines de milliers de spectateurs et des millions de téléspectateurs du Super Bowl XXXVI.

« Peux-tu être dans un avion demain pour la Nouvelle-Orléans afin de jouer une chanson avec Paul McCartney ? » Voilà comment l’histoire commence. Une audition unique en son genre, qui n’offrait ni filet, ni répétition prolongée, ni deuxième chance. Une seule chanson, Freedom, un seul instant – et toute une carrière à la clé.

Des studios de Shakira au radar de McCartney

Avant ce coup de fil venu de nulle part, Brian Ray n’était pas un inconnu, mais il n’était pas non plus une figure du devant de scène. Multi-instrumentiste, il avait notamment travaillé avec Shakira sur l’album Laundry Service (2001) et s’apprêtait à partir en tournée avec elle. S’il décline finalement l’offre, c’est en partie à cause d’un désaccord sur les conditions de voyage — il demande une classe affaires, ce qui fait capoter le contrat. Ironie du sort, ce refus lui permettra de dire oui au destin.

C’est lors de son propre anniversaire que le tournant s’amorce. Son ami et batteur Abe Laboriel Jr., qu’il a côtoyé sur scène en France avec Johnny Hallyday et Mylène Farmer, lui apprend qu’il travaille désormais avec Paul McCartney. En discutant, Ray pose la question qui changera tout : « Qui joue de la guitare quand Paul est à la basse, et inversement ? » La réponse d’Abe est limpide : « On cherche justement un guitariste qui joue aussi un peu de basse. »

Un nom soufflé, une opportunité immédiate

Abe transmet le nom de Ray à David Kahne, producteur attitré de plusieurs albums de McCartney. Ce dernier reçoit Brian dans son studio. Ils jouent ensemble, discutent, partagent des impressions musicales. Kahne est séduit : « J’ai un bon pressentiment. Je vais soumettre ton nom à Paul. » Mais rien n’est acquis : plusieurs autres musiciens sont en lice.

Et puis, comme dans un film, l’appel arrive. Ray est convoqué à la Nouvelle-Orléans. L’audition n’aura pas lieu dans un local obscur ou un studio londonien, mais devant le monde entier. Un seul morceau. Freedom. Pas le droit à l’erreur.

Un test à haute tension : Freedom en direct du Super Bowl

Dans l’histoire du rock, on a vu des auditions épiques, mais rares sont celles qui se jouent dans l’arène du Super Bowl. Ce soir-là, U2 est prévu pour la mi-temps, mais c’est McCartney qui ouvre les festivités. Brian Ray monte sur scène avec lui pour la toute première fois.

Ce moment de tension ultime se transforme en triomphe discret. Brian assure. L’audition est réussie. Il ne le sait pas encore, mais il vient d’intégrer l’un des groupes les plus prestigieux de la planète. Ce n’est que plus tard dans la soirée que Paul McCartney officialise les choses, à sa manière, dans le bar de l’hôtel.

Ray raconte : « Paul racontait des histoires à tout le monde, puis il s’est levé et a dit “Bonne nuit, les gars.” Avant de partir, il est venu vers moi et m’a dit : ‘Bonne nuit, Brian. Bienvenue à bord. Reste avec Rusty, il t’apprendra les ficelles.’ »

De la guitare à la basse : un défi intérieur

Brian Ray, jusqu’alors guitariste chevronné, va devoir élargir son champ d’action. Dans le groupe de McCartney, il faut être caméléon : tantôt guitariste lead lorsque Paul est à la basse, tantôt bassiste lorsque l’ancien Beatle repasse à la guitare ou au piano.

« J’avais seulement joué de la basse sur des démos », confesse Ray. « Je n’avais jamais eu à être le bassiste. » Il rentre chez lui et s’entraîne pendant cinq semaines non-stop. Ce n’est pas la technique pure qui l’inquiète, mais le poids symbolique de la mission.

Car les lignes de basse de McCartney sont plus que des motifs : ce sont des icônes mélodiques. « Elles ne sont pas techniquement complexes, mais elles sont tellement musicales, tellement ancrées dans notre inconscient collectif. Même si vous n’êtes pas bassiste, vous les connaissez. Elles sont dans votre sang. »

Deux décennies aux côtés de Sir Paul

Aujourd’hui, plus de vingt ans plus tard, Brian Ray est devenu un pilier du groupe de tournée de McCartney, aux côtés de Rusty Anderson, Wix Wickens et Abe Laboriel Jr. Ce quatuor accompagne Sir Paul sur toutes les scènes du monde, du Cavern Club aux stades géants, des festivals aux émissions télévisées les plus prestigieuses.

Ray, discret mais indispensable, incarne la rigueur professionnelle doublée d’une grande humilité. Il est l’homme de l’ombre d’un homme déjà mythique. Et à chaque concert, chaque solo, chaque ligne de basse, il continue de faire vivre un répertoire qui appartient à l’histoire — tout en lui insufflant une énergie actuelle, précise et généreuse.

Une leçon de professionnalisme, de timing… et de chance

L’histoire de Brian Ray est celle de nombreux musiciens : du talent, du travail acharné, des sacrifices. Mais elle est aussi le fruit d’une coïncidence, d’un bon mot au bon moment, d’un ami bien placé. Ce qui aurait pu n’être qu’un moment passager est devenu un engagement durable, presque une vocation.

Et au fond, c’est aussi cela, la magie de McCartney : savoir déceler chez l’autre non pas la perfection technique, mais l’âme musicale. Brian Ray ne cherchait pas à entrer dans la légende. Mais il s’y est inscrit, sans bruit, simplement en étant là. Et en jouant juste.

Épilogue : à l’école du Beatle

Dans les concerts actuels de Paul McCartney, on peut voir Brian Ray se glisser avec élégance entre les harmonies, rattraper une transition rythmique, doubler une voix ou reprendre une ligne de basse sur Silly Love Songs, Band on the Run ou Get Back. Il ne prend jamais le devant de la scène, mais il est partout, fluide et essentiel.

Et chaque fois que Paul le présente au public, un sourire complice traverse leurs visages. L’histoire de Ray n’est pas seulement celle d’un homme qui a joué au Super Bowl. C’est celle d’un musicien qui, en un instant, a su répondre à l’appel du destin — et qui n’a jamais cessé d’en être digne.


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