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Entre le Diable et l’Océan Bleu : Un Hommage à la Joie et à la Simplicité de George Harrison

Publié le 15 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Le 18 novembre 2002, un album inattendu et profondément émouvant est venu bouleverser l’héritage musical de George Harrison. Brainwashed, un album posthume sorti après sa mort en 2001, a permis aux fans du monde entier de découvrir l’ultime testament artistique de l’ex-Beatle. Si ce disque est un véritable témoignage de sa quête spirituelle, de ses réflexions profondes et de sa passion pour la musique, il nous offre également quelques moments de légèreté et de nostalgie, comme en témoigne la reprise surprenante de Between The Devil And The Deep Blue Sea.

Cette chanson, originellement composée par Harold Arlen avec des paroles de Ted Koehler en 1931, est le seul morceau non-original de l’album. La version de Harrison n’est pas seulement un clin d’œil à ses influences musicales, mais également une fenêtre ouverte sur son quotidien, un hommage à la simplicité et à l’authenticité d’un homme qui n’a cessé de jouer de la musique, tout simplement pour le plaisir.

Sommaire

Une chanson de l’âge d’or du jazz

Le morceau Between The Devil And The Deep Blue Sea fait partie de ces standards qui ont traversé les âges. Bien qu’écrite en 1931, à l’apogée de l’ère du jazz et du swing, elle a été popularisée par plusieurs artistes légendaires, dont Cab Calloway. La chanson joue avec les contrastes et les paradoxes, exprimant une forme d’impuissance face à des choix impossibles et des situations sans issue. À l’époque de sa création, elle résonnait comme un parfait reflet des turbulences économiques et sociales du moment.

Le titre lui-même évoque un dilemme cruel : entre le diable et l’océan, il n’y a pas de voie de sortie, seulement un choix impossible. Cette dualité, cette lutte entre deux forces antagonistes, n’est pas sans rappeler les propres tensions intérieures de George Harrison tout au long de sa carrière. Mais dans cette reprise de 1991, réalisée lors d’une convention George Formby à Blackpool, Harrison ne se contente pas de reproduire le passé. Il y injecte une part de sa personnalité unique, de son amour pour la musique, et de cette capacité à transcender les genres.

Une performance intime et pleine de charme

La version de Between The Devil And The Deep Blue Sea sur Brainwashed a été enregistrée le 3 mars 1991, lors d’une convention George Formby à Blackpool, en Angleterre. Cet événement marquait la rencontre de l’esprit de George Harrison avec l’univers de l’un de ses idoles, George Formby, un musicien britannique iconique connu pour son jeu de ukulélé et ses performances comiques. Formby, dont l’humour et le style décontracté avaient influencé Harrison dans ses premières années, semblait incarner l’esprit même de la chanson.

L’enregistrement de cette reprise a été filmé pour l’émission de télévision britannique Mister Roadrunner, animée par Jools Holland, qui joue d’ailleurs du piano sur la piste. L’intimité de la performance, ainsi que la simplicité de la composition, créent une atmosphère chaleureuse, presque domestique. Selon Dhani Harrison, le fils de George, la présence du ukulélé n’est pas seulement un hommage à Formby, mais aussi un rappel de la manière dont son père abordait la musique dans sa vie quotidienne : « C’est vraiment ce qu’il était à la maison, toute la journée, à jouer du ukulélé et à sourire. Nous avions entendu toutes les chansons de Hoagy Carmichael, de Barnacle Bill The Sailor à… il chantait tout sur le uke. Il chantait tout et n’importe quoi. »

Cette description de Dhani reflète parfaitement l’esprit de cette chanson. C’est un morceau léger, qui ne cherche pas à impressionner par sa complexité, mais qui touche profondément par sa sincérité et sa simplicité. Le ukulélé, instrument emblématique de la culture musicale hawaïenne et de la tradition pop des années 60, devient ici le médium parfait pour transmettre une émotion brute et joyeuse. Loin de la lourdeur de certains des autres morceaux de l’album Brainwashed, cette chanson est un retour à la pureté et à la joie enfantine de la musique.

Une équipe de rêve pour un enregistrement intime

L’enregistrement de Between The Devil And The Deep Blue Sea sur Brainwashed ne se contente pas d’être une performance isolée. Il réunit une équipe de musiciens de talent qui ajoutent chacun leur touche unique à la chanson. Outre George Harrison au ukulélé et aux voix, on retrouve Mark Flanagan et Joe Brown à la guitare acoustique, Herbie Flowers à la basse et au tuba, et Ray Cooper à la batterie. Mais c’est surtout la présence de Jools Holland, à la fois comme musicien et animateur de l’émission, qui crée une alchimie particulière. Son piano, délicat et rythmé, épouse parfaitement le ton léger et insouciant de la chanson.

Le fait que cette chanson ait été enregistrée et filmée dans un cadre aussi informel et authentique confère à l’ensemble une dimension personnelle et presque intime. On peut imaginer George Harrison, dans une atmosphère détendue, jouant non pas pour impressionner, mais pour le pur plaisir de la musique et du moment partagé avec des amis et des musiciens proches. Cet esprit de camaraderie, qui traverse toute la session, se ressent à chaque note.

Un hommage à la fois léger et profond

L’inclusion de Between The Devil And The Deep Blue Sea sur Brainwashed pourrait au premier abord sembler incongrue. L’album est en grande partie une réflexion sur la vie, la mort et l’au-delà, une œuvre marquée par la méditation spirituelle et les questions existentielles. Pourtant, cette chanson de 1931 s’intègre parfaitement à l’album, apportant une touche de légèreté et d’humilité dans un univers sonore qui, autrement, pourrait sembler austère ou solennel.

Elle rappelle que la musique, pour Harrison, n’était pas seulement un moyen de réflexion ou de méditation. C’était aussi un exutoire de joie, un moyen de se connecter avec les autres à travers des instants simples et authentiques. L’influence de George Formby, qui incarnait à la fois la simplicité et l’humour dans ses performances, est omniprésente dans cette reprise. Elle rappelle que, même dans les moments les plus difficiles, la musique peut être un refuge, une source de plaisir et d’évasion.

Dans un contexte où Harrison était en pleine bataille contre la maladie, cette chanson prend une résonance particulière. C’est peut-être le reflet d’un homme qui, tout en étant conscient des défis et des épreuves, choisit de se concentrer sur ce qui est positif, sur la beauté de la musique et la joie qu’elle peut apporter à la fois à soi-même et aux autres. En cela, Between The Devil And The Deep Blue Sea devient une sorte de manifeste de son état d’esprit à la fin de sa vie.

La fin d’un cycle, mais pas d’une légende

Si Brainwashed est le dernier album de George Harrison, Between The Devil And The Deep Blue Sea en est l’un des morceaux les plus émouvants et symboliques. Il nous rappelle que, malgré les années passées à chercher la vérité spirituelle et à s’interroger sur les mystères de la vie, Harrison n’a jamais cessé de jouer pour le plaisir. Et ce plaisir, qui se manifeste dans cette chanson, est aussi ce qui reste de lui à travers les âges : une musique libre, joyeuse, pleine de vie et de simplicité.

Cet enregistrement, capturé lors d’un événement léger et festif, est plus qu’une simple reprise. Il est le témoignage d’une époque, d’un artiste, et d’un homme qui, même face aux ténèbres de la maladie, choisit de chanter pour le plaisir, avec un sourire. C’est cet aspect de George Harrison, à la fois sérieux et joyeux, spirituel et ludique, qui rend sa musique intemporelle et universelle.


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