En juin 1967, Paul McCartney assiste à un concert de Jimi Hendrix où ce dernier, trois jours après sa sortie, ouvre avec Sgt. Pepper’s. Ce moment éblouissant marque McCartney à jamais : il voit en Hendrix un génie brut, libre, réinventant la guitare comme personne. Plus qu’un hommage, ce fut pour lui une révélation.
Si Paul McCartney est encore aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands musiciens vivants, c’est sans doute autant pour l’ampleur de sa carrière que pour la manière dont il a su toujours rester, fondamentalement, un amoureux de la musique. Derrière la légende du Beatle, du compositeur de Yesterday, de Maybe I’m Amazed ou de Live and Let Die, se cache un mélomane passionné, curieux, capable de reconnaître le génie chez l’autre sans le filtre de l’ego. Et parmi tous ceux qu’il a croisés dans son parcours, un nom revient toujours lorsqu’il évoque le plus grand guitariste de tous les temps : Jimi Hendrix.
Ce choix, loin d’être anodin, est d’autant plus poignant qu’il prend sa source dans un moment aussi intime que spectaculaire : un concert londonien où Hendrix, trois jours après la sortie de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, ose ouvrir son set par une reprise du morceau-titre. Ce geste, audacieux, libre, flamboyant, bouleversera McCartney. Pour lui, ce fut un miracle instantané, la preuve vivante du génie de Hendrix.
Sommaire
- La passion intacte d’un mélomane exigeant
- Un respect mutuel entre géants
- Quand Hendrix redéfinit la guitare
- Une admiration persistante, sans frontières
La passion intacte d’un mélomane exigeant
Qu’on ne s’y trompe pas : si McCartney admire Hendrix, ce n’est pas par effet de mode ou de reconnaissance posthume. Sa révérence est fondée sur l’expérience directe, immédiate, sans filtre. Ce soir-là, en juin 1967, Paul se trouve dans le public d’un concert donné au Saville Theatre de Londres. Trois jours à peine après la sortie officielle de Sgt. Pepper, le guitariste américain ouvre son spectacle avec une reprise du morceau-titre. Devant un public composé de musiciens de renom — Eric Clapton, Brian Jones, George Harrison, entre autres — Hendrix électrifie littéralement la salle.
Paul se souvient :
« C’est encore aujourd’hui un souvenir éclatant pour moi, parce que je l’admirais déjà tellement. Il était tellement accompli. Le fait que cet album ait compté autant pour lui au point qu’il le reprenne dès le dimanche soir, seulement trois jours après sa sortie… »
Ce qui touche McCartney, ce n’est pas seulement la performance, mais l’acte d’amour musical que représente cette reprise. Hendrix ne cherche pas à séduire, il honore. Il ne copie pas, il réinvente. Et surtout, il fait passer un message clair : il n’existe pas de barrière entre les genres, entre le rock psychédélique londonien et le blues cosmique d’un guitariste noir venu des États-Unis.
Un respect mutuel entre géants
Ce qui rend cette admiration si remarquable, c’est qu’elle vient d’un homme qui a lui-même côtoyé l’un des plus grands guitaristes de l’histoire : George Harrison. McCartney n’a jamais minimisé le talent de son compagnon des Beatles. Il reconnaît sa finesse, sa musicalité, sa capacité à sublimer une chanson par une seule ligne de guitare — que ce soit sur Something, And I Love Her ou While My Guitar Gently Weeps. Mais pour lui, Harrison est un instrumentiste au service d’un groupe, d’une vision collective.
Hendrix, en revanche, incarne l’essence du guitariste total, de l’homme-orchestre, du créateur en feu permanent. Il est à la guitare ce que Charlie Parker fut au saxophone : une tornade d’invention, une liberté brute, un vocabulaire qui échappe aux carcans.
McCartney l’a compris dès les premières secondes. Il n’a pas eu besoin d’analyser, de comparer, de peser. Il a ressenti, tout simplement. Et c’est ce qui rend sa déclaration d’admiration si forte : elle est viscérale.
Quand Hendrix redéfinit la guitare
Il faut se souvenir du contexte. En 1967, la guitare électrique a déjà ses maîtres : Clapton, Beck, Page. Mais Jimi Hendrix arrive avec une approche complètement différente. Il ne se contente pas de jouer : il sculpte le son, le déforme, le fait gémir, rugir, pleurer. Il utilise le feedback, la distorsion, la wah-wah non comme effets, mais comme langages. Il ne joue pas « de la guitare » — il parle à travers elle.
C’est ce que McCartney perçoit, ce soir-là. Il assiste à un moment de grâce, un instant où un artiste reprend l’œuvre d’un autre et en fait quelque chose de plus grand encore. Il dira plus tard :
« Normalement, on aurait besoin d’un jour pour répéter. Ensuite on hésite à savoir si on l’inclut dans le set. Mais lui, il l’a jouée en ouverture. »
C’est cette audace, cette impatience géniale, cette spontanéité incandescente qui scelle le jugement de McCartney : Hendrix est hors catégorie.
Une admiration persistante, sans frontières
Ce respect n’a jamais faibli. Au fil des années, McCartney a souvent été interrogé sur ses guitaristes préférés. Il cite George Harrison, évidemment, Clapton, Jeff Beck, mais toujours, Hendrix plane au-dessus de tous. Même si leur univers musical semblait éloigné — l’un ancré dans la pop savamment orchestrée, l’autre dans un blues hallucinogène et volcanique — McCartney a toujours affirmé qu’il ne jugeait pas selon les styles, mais selon l’intensité de la musique.
Cette ouverture d’esprit est une des clefs de la longévité artistique de McCartney. Il ne s’est jamais enfermé dans un canon, une nostalgie, une école. Il a écouté avec des oreilles vierges, des oreilles d’amateur passionné, pas de gardien du temple.
Et c’est précisément pourquoi il reste un créateur si vivant aujourd’hui : parce qu’il a toujours su s’émerveiller.
Quand Paul McCartney repense à ce soir de 1967, il ne se souvient pas seulement d’un concert. Il se souvient d’un choc esthétique, d’un moment où tout bascule. Où la guitare cesse d’être un instrument pour devenir une voix, une arme, une étoile filante. Ce soir-là, Jimi Hendrix n’a pas seulement repris Sgt. Pepper’s — il l’a transfiguré.
Et McCartney, pourtant auteur de cette chanson, n’a pas cherché à en revendiquer la paternité. Il a juste regardé, écouté, admiré.
Avec humilité. Avec gratitude. Avec l’évidence de celui qui sait reconnaître le miracle quand il en voit un.
