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Quand Capitol Records a voulu censurer John Lennon : l’histoire de Live Peace in Toronto

Publié le 17 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Après la séparation des Beatles, John Lennon s’affranchit des conventions et explore une musique plus brute et expérimentale. Son concert avec le Plastic Ono Band au Toronto Rock and Roll Revival 1969 devient une déclaration d’indépendance. Pourtant, sa maison de disques rejette initialement l’album live, jugeant la performance de Yoko Ono trop radicale. Lennon insiste et Live Peace in Toronto 1969 sort finalement, devenant disque d’or dès le lendemain. Cet album marque une étape cruciale vers sa carrière solo, symbolisant sa quête d’authenticité et son rejet des compromis.


Lorsque les Beatles se sont séparés, leurs membres avaient tous la liberté de suivre la voie qui leur convenait. Alors que certains auraient pu disparaître des radars et mener une existence paisible loin des projecteurs, John Lennon, lui, ne pouvait se contenter d’une retraite discrète. Artiste engagé, radical, et toujours à la recherche de nouvelles formes d’expression, il n’était pas du genre à céder aux conventions. Toutefois, si sa maison de disques lui a laissé une grande latitude, notamment avec ses albums expérimentaux réalisés aux côtés de Yoko Ono, il existait malgré tout des limites à ce que l’industrie musicale était prête à accepter de sa part.

Sommaire

John Lennon et l’expérimentation sonore

Après la séparation des Beatles, Lennon n’avait plus aucune contrainte artistique. Il pouvait explorer les sons les plus bruts, les émotions les plus viscérales, comme il l’a prouvé avec Plastic Ono Band en 1970, un album d’une honnêteté désarmante. Pourtant, son goût pour l’expérimentation ne date pas de cette période. Dès la fin des années 1960, il avait déjà donné plusieurs signes de son attrait pour la musique bruitiste, notamment à travers des projets comme Unfinished Music No. 1: Two Virgins et Unfinished Music No. 2: Life with the Lions, des disques aux accents avant-gardistes, où la voix hurlante de Yoko Ono côtoie des sons distordus et des ambiances oppressantes.

Cependant, lorsque Lennon décide d’enregistrer un album live avec son groupe éphémère, le Plastic Ono Band, il ne s’attendait pas à un rejet aussi catégorique de la part de sa maison de disques. Et pourtant, c’est exactement ce qui s’est passé avec Live Peace in Toronto 1969.

Une performance historique à Toronto

Le Toronto Rock and Roll Revival de 1969 offrait à Lennon une opportunité rare : celle de se produire en solo, sans les Beatles, et d’affirmer son indépendance musicale. Pour l’occasion, il s’entoure de musiciens d’exception : Eric Clapton à la guitare, Klaus Voormann à la basse et Alan White à la batterie. Ce supergroupe improvisé, formé en un temps record, monte sur scène sans véritable répétition. Le résultat est brut, sincère et terriblement vivant.

Si certaines interprétations sont approximatives, notamment à cause du trac de Lennon qui n’avait pas joué en live depuis plusieurs années, certaines performances sont mémorables. La version de Cold Turkey, notamment, rivalise avec l’enregistrement studio, et on sent toute l’urgence et la douleur de Lennon à travers sa voix éraillée.

Mais ce n’est pas uniquement la prestation de Lennon qui allait faire débat. La deuxième moitié de l’album, qui comprend une performance expérimentale de Yoko Ono, allait provoquer une réaction violente de la part de Capitol Records.

« C’est de la merde » : la réaction brutale de Capitol Records

Lorsque Lennon propose Live Peace in Toronto 1969 à sa maison de disques, la réaction est sans appel. Selon lui, Capitol refuse tout net de publier le disque, déclarant : « C’est de la merde, on ne va pas sortir un album avec elle qui hurle sur une face et toi qui fais du live de l’autre. » La présence de Yoko Ono et son approche avant-gardiste étaient visiblement un frein pour le label, qui craignait que l’album ne trouve pas son public.

Pourtant, Lennon ne se laisse pas démonter. Il insiste, persuade sa maison de disques de prendre le risque, convaincu que certains fans comprendront la démarche. Et il avait raison : l’album sort finalement en décembre 1969 et devient disque d’or dès le lendemain de sa sortie. Un succès commercial qui prouve que, malgré l’audace du projet, Lennon pouvait encore compter sur un public fidèle.

Un album comme déclaration d’indépendance

Si Live Peace in Toronto 1969 est aujourd’hui considéré comme un témoignage fascinant de la transition de Lennon vers une carrière solo, il est surtout une déclaration d’indépendance. Loin des harmonies léchées des Beatles, cet album capture un Lennon brut, parfois maladroit, mais sincère. Il incarne son rejet des conventions de l’industrie musicale et son engagement envers une musique libre et authentique.

L’ajout d’un calendrier dans le packaging de l’album, une idée originale de Lennon et Ono, témoigne aussi de leur volonté de faire de ce disque un objet unique. Ce détail, bien que simple, démontre que l’album n’était pas qu’une expérimentation lancée à la va-vite, mais bel et bien une œuvre pensée et voulue par Lennon.

L’héritage de

Live Peace in Toronto 1969

Avec le recul, il est évident que Live Peace in Toronto 1969 a joué un rôle clé dans la transition de Lennon vers une carrière solo. Ce n’était pas encore l’album abouti que serait John Lennon/Plastic Ono Band, mais c’était une étape cruciale, une prise de parole nécessaire pour un artiste en quête d’un nouveau souffle.

Si l’album a divisé à sa sortie, il reste aujourd’hui un document essentiel pour comprendre la psychologie de Lennon à cette période. C’est un disque où se mêlent l’excitation de la liberté, l’angoisse du renouveau, et la volonté d’expérimenter à tout prix, quitte à froisser l’industrie musicale. Et c’est précisément pour cette raison qu’il demeure un chapitre fascinant de l’histoire post-Beatles.

John Lennon ne s’est jamais contenté de ce que l’on attendait de lui. Et c’est en cela qu’il est resté, jusqu’à la fin, un artiste incontournable et imprévisible.


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