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Liz Moore – Le Dieu des Bois

Par Yvantilleuil

Moore Dieu BoisComme j’aime de temps en temps m’inspirer de la Summer Reading List de Barack Obama, qui m’avait d’ailleurs permis de découvrir les romans de S.A. Cosby (« Le sang des innocents », « La colère »), je me suis donc laissé tenter par ce roman de Liz Moore qui faisait partie de sa sélection de 2024… surtout que Stephen King le recommandait également.

« Le Dieu des Bois » est un polar qui invite le lecteur à découvrir ce qu’il est advenu de Barbara van Laar, disparue lors d’un camp de vacances pour adolescents en 1975. La fille du riche propriétaire des lieux n’est d’ailleurs pas la première de la famille à disparaître car, quinze ans plus tôt c’était son frère Bear, âgé de 8 ans, qui s’était volatilisé dans la nature…et qui n’avait jamais été retrouvé !

Deux disparitions qui se font inévitablement écho et qui incitent l’autrice à dérouler un polar mêlant les époques, mais toujours niché au cœur des Adirondacks, au sein de ce camp en bord de forêt qui voit défiler les générations mais dont la règle d’or demeure toujours : « Si vous vous perdez, asseyez-vous et criez ! ». Les nombreux sauts temporels au sein de cette famille dont les patriarches se nomment invariablement « Peter », du grand-père au petit-fils, pourraient d’ailleurs inciter certains lecteurs à s’asseoir tout en suivant la consigne.

Ceux qui ne se perdront pas en forêt ou en cours de route apprécieront par contre sans aucun doute ce polar aux allures de roman d’atmosphère qui transforme la nature environnante en personnage à part entière et qui ravira du coup les amateurs de Nature Writing. Les fans de thrillers à rebondissements devront par contre s’armer d’un brin de patience avant de pouvoir enfin découvrir ce qu’il est advenu de Barbara.   

Si l’autrice prend son temps pour dévoiler le regard de plusieurs personnages sur ces deux disparitions, distillant au fil des pages les failles de chacun, ainsi que les secrets de famille profondément enfouis, elle dresse également le portrait d’une époque révolue où émancipation et féminisme étaient encore au berceau, mais où la justice appartenait déjà aux riches. En donnant principalement la parole à des personnages féminins, dont cette jeune enquêtrice qui a bien du mal à s’imposer parmi ses collègues masculins, Liz Moore parvient à habilement pointer du doigts les inégalités et les injustices de l’époque. C’est cette analyse sociologique qui m’aura finalement le plus plu au sein de cette enquête criminelle entourée de bois… et de son dieu Pan, qui s’amusait à désorienter les mortels… et dont le mot « panique » est visiblement issu.   

Le Dieu des Bois, Liz Moore, Buchet Chastel, 512 p. , 24€

Elles/ils étaient également perdus dans les bois : Aude, Rose, Mes p’tis lus


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