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John Lennon vs Elvis Presley : Une rencontre sous haute tension

Publié le 18 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Lorsque John Lennon rencontre Elvis Presley en 1965, l’admiration attendue laisse place à une tension croissante. Presley, patriote et apolitique, se heurte aux prises de position contestataires de Lennon, notamment sur la guerre du Vietnam. Dès lors, le « King » nourrit une aversion pour le Beatle, allant jusqu’à exprimer sa colère par des crises de rage. Cette opposition symbolise le choc entre deux visions du rock : Presley, figure du divertissement, et Lennon, artiste engagé en quête de changement social.


La rencontre entre John Lennon et Elvis Presley aurait pu être l’un des grands moments de l’histoire du rock. Deux génies musicaux, deux icônes incontestables, deux artistes qui ont redéfini les contours de la musique populaire. Pourtant, cet échange n’a pas donné lieu à l’admiration mutuelle que l’on aurait pu attendre. Au contraire, il a marqué le début d’une tension qui s’est traduite par une aversion croissante de Presley à l’égard de Lennon, jusqu’à provoquer chez lui des crises de colère chaque fois que le nom du Beatle était mentionné. Comment en est-on arrivé là ?

Sommaire

Elvis Presley : Un roi contesté

Dans les années 1950, Elvis Presley règne sans partage sur la musique populaire. Avec son style unique, mélange de rock, de blues et de country, il incarne une révolution musicale qui va bien au-delà de la simple industrie du disque. Son charisme, son physique avantageux et son audace scénique lui permettent de déclencher une véritable hystérie collective. Pourtant, malgré son succès inégalé, Presley n’est pas un artiste engagé politiquement.

Si son influence sur la musique est immense, une partie de son répertoire est le fruit d’appropriations culturelles, empruntant largement au rythm and blues afro-américain. Ce détail n’échappe pas aux artistes qui suivront, notamment ceux de la nouvelle vague britannique des années 1960.

L’arrivée des Beatles et le choc des générations

Dans les années 1960, une nouvelle vague d’artistes déferle sur l’Amérique, et au sommet de cette vague se trouvent les Beatles. Venus de Liverpool, John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr apportent un vent de fraîcheur qui bouleverse la scène musicale. Ils ne se contentent pas de répéter des formules éprouvées ; ils innovent, composent et expriment une vision du monde bien différente de celle des générations précédentes.

Lennon, en particulier, s’affirme rapidement comme la voix la plus contestataire du groupe. Anticonformiste, provocateur et politiquement engagé, il incarne une jeunesse qui refuse de suivre aveuglément les traditions. Ce positionnement tranche avec celui d’Elvis Presley, qui, bien que toujours adulé, commence à voir son influence érodée par cette nouvelle vague musicale.

Une rencontre glaciale

En 1965, les Beatles rencontrent enfin leur idole. L’entrevue aurait pu être historique, mais elle tourne rapidement au désastre. Selon Chris Hutchins, journaliste présent ce soir-là, Lennon ne cache pas ses opinions sur la guerre du Vietnam. Opposé à la politique de Lyndon B. Johnson, le Beatle se permet de critiquer ouvertement l’engagement militaire américain, une prise de position qui déplaît fortement à Presley.

Si Elvis avait toujours évité les déclarations politiques, il n’en restait pas moins patriote. Lors de cette rencontre, la confrontation idéologique semble inévitable. Le malaise est palpable, et lorsque Lennon quitte la pièce, il déclare sans détour : « Tell them it was crap » (« Dis-leur que c’était nul »). Ce moment marque définitivement le fossé entre les deux artistes.

De l’admiration à la colère

Dans les années qui suivent, Presley, autrefois admiré par les Beatles, change radicalement de regard sur Lennon. Non seulement il voit en lui un rival musical, mais il le perçoit également comme une menace pour les valeurs qu’il défend. Selon plusieurs témoignages, Elvis se met à exécrer Lennon au point de piquer des crises de rage à chaque apparition du Beatle à la télévision.

Dans un excès de colère, il aurait même été vu tirant avec une arme à feu sur son écran de télévision lorsqu’une interview de Lennon y était diffusée. Un geste extrême, qui illustre l’écœurement qu’il ressentait envers le chanteur britannique. Cette animosité était peut-être amplifiée par le fait que Presley voyait son propre règne mis en péril par cette nouvelle vague de musiciens qui lui volaient la vedette.

Deux visions opposées de la musique et du monde

Si Lennon et Presley étaient tous deux des figures emblématiques de la musique populaire, leurs visions de leur art et du monde étaient radicalement différentes. Presley incarne un rock’n’roll insouciant, ancré dans le divertissement pur et la nostalgie d’une Amérique fantasmée. Lennon, au contraire, utilise sa musique comme un véritable vecteur de changement social. Son engagement dans la paix, ses prises de position politiques et sa volonté de bousculer les conventions en font une figure polarisante mais résolument moderne.

Alors que Presley s’enfonce progressivement dans une routine de concerts à Las Vegas, Lennon continue d’évoluer, multipliant les projets artistiques et engagés jusqu’à son assassinat en 1980.

Un héritage contrasté

Aujourd’hui, les deux hommes restent des figures mythiques du rock. Presley demeure « The King », une icône inébranlable pour des générations de musiciens et de fans. Lennon, lui, est perçu comme un visionnaire, un artiste dont l’influence ne cesse de grandir. Leur opposition, loin d’être une simple rivalité artistique, symbolise avant tout le choc de deux époques, de deux manières de voir le monde.

Peut-être que la plus grande différence entre les deux artistes réside dans leur rapport à la postérité : Presley, figé dans son rôle de « King », et Lennon, éternellement en quête d’une vérité plus grande que la musique elle-même.


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