Lorsqu’en 1975, John Lennon publie son album « Rock ‘N’ Roll », il ouvre l’opus avec une reprise d’un classique intemporel du genre : « Be-Bop-A-Lula ». Ce choix n’est pas anodin. Au-delà d’être une simple réinterprétation d’un titre phare des années 1950, ce morceau résume à lui seul la jeunesse musicale de Lennon et les racines profondes du rock qui ont bâti les Beatles.
Sommaire
- Un classique du rock originel
- Le jour où Lennon rencontra McCartney
- Un titre récurrent dans la carrière des Beatles
- Un hommage personnel dans « Rock ‘N’ Roll »
- Les autres versions et l’héritage du titre
- Un retour aux sources empreint de nostalgie
Un classique du rock originel
« Be-Bop-A-Lula » fut enregistré en 1956 par Gene Vincent et son groupe, les Blue Caps. Immédiatement, la chanson s’imposa comme un hymne du rock naissant, atteignant la septième place des charts aux États-Unis et la dix-septième au Royaume-Uni.
Lennon, adolescent dans le Liverpool de l’après-guerre, fut bouleversé par ce titre, comme de nombreux jeunes de sa génération. Il en fit très vite un morceau phare de son répertoire, le chantant dès les premiers concerts de son groupe de lycéens, les Quarrymen.
Le jour où Lennon rencontra McCartney
Le 6 juillet 1957, un événement allait bouleverser l’histoire de la musique. Lors d’une fête paroissiale à Liverpool, les Quarrymen de Lennon se produisent sur scène. Parmi les spectateurs se trouve un certain Paul McCartney, alors âgé de 15 ans. Après la prestation, les deux adolescents sont présentés par un ami commun, Ivan Vaughan. Pour impressionner Lennon, McCartney se met à jouer plusieurs morceaux, dont « Be-Bop-A-Lula ». L’osmose entre les deux est immédiate et scelle le début de l’une des collaborations musicales les plus légendaires de tous les temps.
Un titre récurrent dans la carrière des Beatles
« Be-Bop-A-Lula » ne quittera jamais complètement l’univers des Beatles. Bien que le groupe ne l’ait jamais enregistré en studio de façon officielle, il fait partie de leurs prestations scéniques dans les clubs de Hambourg en 1960. Une version live de 1962, chantée par Fred Fascher, figurera plus tard sur l’album « Live! at the Star-Club in Hamburg, Germany; 1962 », publié en 1977.
Même en pleine période d’apogée, Lennon n’oublie pas ce morceau emblématique. Lors d’une session d’enregistrement pour « Abbey Road », le 24 juillet 1969, il mène les Beatles à improviser sur « Be-Bop-A-Lula », aux côtés de « Ain’t She Sweet » et « Who Slapped John? ». Ce clin d’œil à leurs débuts est une preuve supplémentaire du lien indéfectible entre le groupe et cette période formatrice.
Un hommage personnel dans « Rock ‘N’ Roll »
En octobre 1974, en plein enregistrement de l’album « Rock ‘N’ Roll », Lennon décide d’inclure « Be-Bop-A-Lula » en ouverture de l’opus. Produit par lui-même, ce titre est porté par une ambiance à la fois brute et rétrospective. L’accompagnement musical est assuré par des musiciens chevronnés : Jesse Ed Davis à la guitare électrique, Ken Ascher au piano, Klaus Voormann à la basse, Jim Keltner à la batterie et Arthur Jenkins aux percussions.
Cette version illustre la volonté de Lennon de revenir aux sources du rock. Lui-même expliquera plus tard avoir eu une révélation en retrouvant une vieille photo de lui, prise en 1962 à Hambourg, vêtu de son célèbre blouson de cuir. Il y vit un écho frappant avec le passé et une façon de boucler la boucle musicale.
Les autres versions et l’héritage du titre
Deux versions alternatives de « Be-Bop-A-Lula » issues des sessions de 1974 verront le jour bien plus tard. La première apparaît en 1998 dans le coffret « John Lennon Anthology », dévoilant une interprétation brute sans les ajouts studio. Une version légèrement raccourcie sera ensuite incluse dans la compilation « Wonsaponatime ».
Par ailleurs, Paul McCartney rendra lui aussi hommage à ce classique en l’interprétant sur son album « Unplugged: The Official Bootleg » en 1991, confirmant ainsi l’empreinte indélébile laissée par ce morceau sur les Beatles.
Même George Harrison a laissé sa marque sur cette chanson d’une manière unique : son célèbre Fender Stratocaster psychédélique, surnommé « Rocky », portait l’inscription « Bebopalula », symbole de son admiration pour ce titre fondateur.
Un retour aux sources empreint de nostalgie
Lennon n’a jamais caché son amour pour le rock originel, et « Be-Bop-A-Lula » représente parfaitement ce lien viscéral avec ses racines musicales. Son inclusion dans « Rock ‘N’ Roll » ne répond pas à une simple volonté de revivalisme, mais plutôt à une quête de vérité artistique et personnelle.
Ce morceau, qu’il chantait le jour de sa rencontre avec McCartney, devint le prélude d’une aventure qui allait changer le cours de la musique. Plus qu’une reprise, « Be-Bop-A-Lula » est, pour Lennon, un retour aux origines, un clin d’œil au destin et un hommage à l’énergie brute du rock’n’roll qui l’avait tant inspiré.
