En 1970, George Harrison s’émancipe des Beatles avec All Things Must Pass, un triple album acclamé qui prouve son immense talent. Longtemps éclipsé par Lennon et McCartney, il dévoile ici des compositions puissantes et s’entoure de musiciens d’exception comme Eric Clapton et Ginger Baker. Le morceau I Remember Jeep, improvisation instrumentale audacieuse, incarne cette liberté retrouvée. Avec cet album, Harrison s’impose comme une figure majeure du rock, reconnu par ses pairs et adoré du public.
Lorsque George Harrison publie son premier album solo, All Things Must Pass, en 1970, il le fait avec une énergie renouvelée et une volonté farouche de prouver qu’il était bien plus que « le troisième homme » des Beatles. Jusqu’alors souvent éclipsé par le tandem Lennon-McCartney, Harrison n’a pourtant jamais cessé d’écrire et d’accumuler des compositions que le groupe ne retenait pas. L’implosion des Fab Four lui donne enfin l’espace nécessaire pour donner libre cours à sa créativité. Le résultat : un triple album magistral qui non seulement rencontre un succès critique et public fulgurant, mais redéfinit également l’image du musicien.
Si le grand public découvre alors l’étendue de son talent, certains artistes et musiciens en étaient déjà convaincus, à commencer par Bob Dylan. Ce dernier avait déjà compris que Harrison était un auteur-compositeur à part entière, limité uniquement par le fonctionnement interne du groupe : « George a dû se battre pour faire accepter ses chansons à cause de Lennon et McCartney. Mais qui ne se serait pas retrouvé dans cette situation ? » déclarera Dylan.
L’album All Things Must Pass est l’illustration parfaite de cette émancipation. Non seulement il prouve que Harrison pouvait rivaliser avec ses anciens compagnons de route, mais il s’impose aussi comme le plus grand disque solo jamais produit par un ex-Beatle. Toutefois, Harrison n’est pas un multi-instrumentiste accompli comme Paul McCartney. Pour donner corps à son projet, il s’entoure de musiciens talentueux, parmi lesquels Eric Clapton et Ginger Baker, deux figures majeures de la scène rock britannique.
Un jam improvisé qui devient une pièce maîtresse
Parmi les morceaux les plus surprenants de All Things Must Pass figure « I Remember Jeep », une longue improvisation instrumentale où la guitare de Harrison côtoie la frappe puissante de Ginger Baker et le jeu expressif d’Eric Clapton. Ce titre particulier illustre l’ambiance décontractée qui régnait lors des sessions d’enregistrement, une atmosphère bien loin des tensions qui avaient caractérisé les derniers jours des Beatles.
Le titre du morceau est une référence au chien de Clapton, Jeep. Ce détail anecdotique traduit bien l’esprit du morceau : une jam session libre, où l’enthousiasme prime sur la structure rigide d’une chanson pop classique. Aux côtés de Harrison, Clapton et Baker, on retrouve également Klaus Voormann à la basse et Billy Preston aux claviers, deux musiciens proches du cercle des Beatles.
L’intérêt de « I Remember Jeep » ne réside pas seulement dans l’exécution musicale ou le choix des musiciens, mais aussi dans ce qu’il représente symboliquement. Avec ce titre, Harrison ne se contente pas de démontrer son talent de musicien et d’arrangeur, il réunit aussi deux figures emblématiques du supergroupe Cream, pourtant dissous depuis 1968. C’est une manière pour lui d’affirmer son importance au sein du paysage musical de l’époque et de revendiquer un statut d’égal parmi les géants du rock.
George Harrison, le musicien reconnu par ses pairs
Si All Things Must Pass constitue une telle réussite, c’est aussi parce qu’il traduit une transformation profonde chez Harrison. Pendant des années, il avait été contraint de lutter pour imposer ses chansons au sein des Beatles, mais en tant qu’artiste solo, il se révèle pleinement. Il ne s’agit plus du jeune guitariste qui devait se frayer une place entre les egos de Lennon et McCartney, mais d’un créateur accompli, libre de ses choix artistiques.
Les sessions d’enregistrement de « I Remember Jeep » et des autres morceaux de l’album démontrent que Harrison savait s’entourer des meilleurs et qu’il était capable d’orchestrer un projet d’une ampleur inédite. Il aurait pu se contenter d’engager des musiciens de studio, mais il choisit de travailler avec des amis, des collaborateurs qui partagent sa vision musicale et qui lui permettent d’exprimer son plein potentiel.
Finalement, « I Remember Jeep » est bien plus qu’une simple improvisation instrumentale insérée sur un triple album. C’est le symbole d’un Harrison affranchi, capable d’attirer à lui les plus grands noms du rock et de les fédérer autour de son univers musical. C’est aussi une preuve que, loin de rester dans l’ombre de Lennon et McCartney, il était destiné à briller de son propre éclat. Avec All Things Must Pass, George Harrison ne se contente pas de confirmer son talent : il s’impose définitivement comme l’un des plus grands artistes de sa génération.
