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Paul McCartney : « J’ai dû attaquer les Beatles pour les sauver »

Publié le 19 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Paul McCartney a récemment confié que la période la plus sombre de sa carrière avec les Beatles fut l’arrivée d’Allen Klein, un manager controversé qui précipita la fin du groupe. Seul contre John, George et Ringo, McCartney s’opposa à Klein, qu’il jugeait dangereux. Pour protéger les Beatles, il intenta un procès qui, paradoxalement, scella leur séparation. Si l’histoire lui a donné raison, cette décision fut un véritable déchirement personnel, marquant la fin d’une fraternité et d’un rêve collectif.


Si l’on parle des Beatles aujourd’hui, c’est souvent avec une révérence teintée de nostalgie, comme si le groupe relevait d’une entité mythologique plutôt que de quatre jeunes hommes de Liverpool propulsés vers une gloire fulgurante. Pourtant, derrière l’aura légendaire du groupe, il y avait des individus aux émotions profondes, confrontés à des déchirements bien réels. Parmi ces moments de crise, Paul McCartney a récemment déclaré que la période la plus sombre de sa carrière avec les Beatles fut celle marquée par l’entrée en scène d’Allen Klein, un manager controversé qui allait précipiter la fin du groupe.

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Une rupture humaine avant d’être une rupture musicale

Lorsqu’on analyse la dissolution des Beatles, on tend souvent à l’objectiver, à en faire une suite de faits inéluctables. On parle de l’érosion des relations, de la montée en puissance d’un George Harrison frustré par son manque de reconnaissance, de John Lennon s’éloignant sous l’influence de Yoko Ono et des substances, ou encore de la pression immense de la célébrité qui pesait sur leurs épaules. Mais rarement prend-on le temps de s’attarder sur l’impact émotionnel profond que ces bouleversements ont eu sur chacun des membres du groupe.

Paul McCartney, dans une interview accordée à Uncut, a livré un témoignage poignant sur cette époque de turbulence. Plus que de simples différends professionnels, c’est une sensation d’abandon et de trahison qu’il a ressentie lorsque ses compagnons ont choisi d’accorder leur confiance à Allen Klein, un homme dont il se méfiait dès le début.

Allen Klein, le détonateur du chaos

Allen Klein, déjà connu pour sa gestion controversée des Rolling Stones, arriva dans l’univers des Beatles en 1969, présenté comme l’homme capable de remettre de l’ordre dans leurs affaires financières. Mick Jagger lui-même avait prévenu McCartney des méthodes de Klein, mais cette mise en garde ne fut pas prise en compte par les autres membres du groupe. Ainsi, McCartney se retrouva isolé face à ses trois partenaires, qui souhaitaient faire affaire avec ce manager au passé douteux.

« Sans l’ombre d’un doute, cette période fut la plus étrange de ma vie », confia McCartney. « Allen Klein était sur le point de prendre le contrôle des Beatles, exactement comme il l’avait fait avec les Stones. »

Ce fut un moment décisif pour le bassiste, qui vit s’écrouler le mode de fonctionnement démocratique qui avait jusque-là régi le groupe. Depuis leurs débuts, chaque décision était prise en commun, avec une égalité absolue entre les quatre musiciens. Mais soudainement, ce système se retourna contre lui, et McCartney eut l’impression d’être « piégé, mis en minorité ».

Sauver le groupe en le détruisant

Face à l’influence croissante de Klein, Paul McCartney prit une décision radicale : intenter un procès contre les Beatles afin de les protéger. « Le pire, c’est quand j’ai compris que la seule manière de me débarrasser d’Allen Klein était de poursuivre les Beatles en justice », expliqua-t-il.

Cette initiative, qui est souvent réduite à une simple bataille juridique dans les livres d’histoire de la musique, fut en réalité un véritable déchirement personnel pour McCartney. « C’était comme si je devais attaquer ma propre famille, mes meilleurs amis », dit-il avec une amertume encore palpable. « Vous pouvez imaginer ce que ça fait de devoir en arriver là. »

Ce procès, intenté en 1970, visait à dissoudre officiellement les Beatles en tant qu’entité juridique, ce qui permettait à McCartney d’éviter que Klein ne prenne un contrôle total sur le groupe et son catalogue musical. Mais bien sûr, aux yeux du public et de certains de ses anciens compagnons, il apparaissait comme le traître, celui qui mettait fin au rêve. Ce fut une période de profonde solitude pour lui.

Un mal nécessaire

Avec le recul, l’histoire a donné raison à McCartney. Allen Klein, après avoir été brièvement aux commandes des affaires des Beatles, fut finalement reconnu coupable de fraudes et de malversations. Lennon, Harrison et Starr finirent par comprendre ce que McCartney avait vu dès le début, et leur relation avec Klein se termina dans l’amertume.

Mais pour Paul McCartney, le prix à payer fut élevé. Non seulement il perdit son groupe, mais il perdit aussi, temporairement, ses amis. Les années qui suivirent furent marquées par des tensions, des non-dits et des conflits ouverts, notamment avec John Lennon. Il fallut du temps pour que les blessures se referment.

Aujourd’hui encore, en évoquant cette période, McCartney ne peut cacher son émotion. Ce n’était pas qu’une question de business, de contrats ou d’argent. C’était une histoire de fraternité brisée, de confiance trahie, d’un monde qui s’écroule sous les yeux de celui qui essayait simplement de le sauver. Loin des analyses froides et distanciées des historiens de la musique, il reste un homme qui, un jour, a vu son rêve partir en fumée.


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