L’album All Things Must Pass, sorti en novembre 1970, marquait la naissance du premier véritable album solo de George Harrison après la séparation des Beatles. Parmi ses titres les plus marquants, Art of Dying se distingue non seulement par sa sonorité envoûtante, mais aussi par sa profondeur spirituelle, reflet des réflexions personnelles et des recherches philosophiques de Harrison. Écrit en 1966, ce morceau trouve sa place dans un contexte où l’artiste, tout juste libéré des contraintes des Beatles, cherche à explorer des questions métaphysiques et existentielles liées à la mort, à la réincarnation et à la quête spirituelle. Art of Dying n’est pas simplement une chanson ; c’est une méditation musicale et une déclaration de foi en la réincarnation et la recherche de la perfection de l’âme.
Sommaire
- Un Voyage Spirituel Né en 1966
- Le Choix de la Réincarnation et le Karma
- La Production d’un Chef-d’œuvre Sonore
- Un Message de Liberté et de Réflexion
Un Voyage Spirituel Né en 1966
Les origines de Art of Dying remontent à 1966, à une époque charnière de la carrière de Harrison. Alors que les Beatles abandonnent progressivement les tournées au profit d’une approche plus introspective de la musique, Harrison commence à s’intéresser profondément à la philosophie indienne. La chanson est écrite à une période où Harrison s’interroge sur le sens de la vie, la nature de l’âme et les mystères de l’au-delà. Il semble pressenti qu’il existe un chemin spirituel qui va au-delà de la célébrité et du succès matériel, une quête intérieure qu’il va poursuivre tout au long de sa vie.
Les premières versions des paroles, retrouvées dans l’autobiographie de Harrison, I Me Mine, révèlent que les lignes d’ouverture étaient : « There’ll come a time when all of us must leave here / Then nothing Mr Epstein can do will keep me here with you ». Ces mots, adressés à Brian Epstein, le manager des Beatles, marquaient déjà une forme de rupture avec le monde matériel et la célébrité. Dans la version finale, cependant, ces lignes ont évolué en une référence plus symbolique à « Sister Mary », qui pourrait bien être un hommage à la fois à l’éducation catholique de Harrison et à l’archétype de la « Mère Marie », un thème que l’on retrouve fréquemment dans la musique des Beatles.
Le Choix de la Réincarnation et le Karma
Le thème central de Art of Dying est sans aucun doute la réincarnation, un concept clé dans les enseignements hindous qui fascine Harrison depuis ses premiers voyages en Inde. Le texte de la chanson fait référence à l’idée que l’âme se réincarne encore et encore, jusqu’à ce qu’elle atteigne la perfection et soit libérée du cycle des renaissances. Harrison y évoque la souffrance et les désirs humains comme causes de la réincarnation, chaque action (ou Karma) créant de nouvelles chaînes, des « nœuds » dans la vie de l’âme.
Dans Art of Dying, Harrison nous invite à prendre conscience de notre propre Karma, ces actions et pensées qui influencent notre destin. Selon lui, chaque pensée, parole et action crée une onde dans l’univers, une réaction qui reviendra inéluctablement sur soi-même. C’est ce concept de Karma que l’on retrouve dans ses paroles : « So, symbolically, the fire burns out the ‘seed’. » Pour Harrison, la maîtrise de soi et l’évitement de nouvelles actions karmiques sont les clés pour éviter de se réincarner encore et encore, dans une vie marquée par la souffrance. Ce message spirituel est aussi une invitation à comprendre que l’on doit vivre chaque jour dans la pleine conscience, sans se laisser envahir par des désirs matériels inutiles.
Le chemin vers la liberté ultime, selon Harrison, passe par l’acceptation de la mort comme une transition, et non comme une fin. Ce thème de l’art de mourir, bien qu’étrange dans le contexte d’une chanson populaire, est un appel à une forme de « mysticisme pratique » qui consiste à se libérer de l’attachement aux choses terrestres pour embrasser une vie pleine de sens, débarrassée des attaches matérielles.
La Production d’un Chef-d’œuvre Sonore
L’album All Things Must Pass représente l’explosion créative de George Harrison, mais aussi l’apogée d’une collaboration musicale qui allait donner lieu à une œuvre monumentale. Avec l’aide de Phil Spector, qui avait déjà contribué au son épique des albums des Beatles, Harrison réussit à transformer sa vision spirituelle en une expérience musicale d’une richesse et d’une profondeur impressionnantes. Art of Dying est l’un des morceaux les plus aboutis de l’album, avec ses arrangements luxuriants et son mur de son typique de la production de Spector.
En mai 1970, Harrison se rend au studio EMI d’Abbey Road pour jouer ses compositions à Spector, qui choisira les morceaux qu’il jugeait les plus prometteurs pour l’album. Ce sont des titres comme Art of Dying, Wah-Wah et Beware of Darkness qui seront finalement retenus. Le morceau commence par une introduction poignante de guitare, soutenue par la rythmique imposante de Jim Gordon à la batterie et de Carl Radle à la basse. Le solo de guitare d’Eric Clapton, impétueux et plein de feeling, transporte le morceau à un autre niveau, soutenu par les touches de piano de Bobby Whitlock et les arrangements orchestraux de Spector.
L’enregistrement de la chanson a été un moment marquant des sessions d’All Things Must Pass. Harrison, accompagné d’un ensemble de musiciens exceptionnels comme Clapton et Ringo Starr, parvient à capturer la complexité émotionnelle de son message spirituel à travers une musique à la fois dense et aérée. L’utilisation de l’effet « Wall of Sound » est particulièrement réussie sur Art of Dying, créant une sensation d’intensité qui contraste avec la légèreté de la mélodie. Le mélange des voix et des instruments, avec des ajouts de cuivre et de cordes, dépeint le voyage de l’âme avec une grande majesté.
L’apparition de Phil Collins, qui joue des congas sur le morceau, est un autre moment mémorable de l’enregistrement. Bien que sa contribution ait été tardivement reconnue par Harrison dans les notes de l’édition 2001 de l’album, elle reste un témoignage de l’énergie créative qui imprégnait les sessions du disque. Les sessions d’enregistrement de All Things Must Pass ont en effet réuni une équipe de musiciens dont la diversité de styles et d’influences a permis de créer une œuvre monumentale qui résonne encore aujourd’hui.
Un Message de Liberté et de Réflexion
La profondeur spirituelle de Art of Dying va bien au-delà de la simple exploration des mystères de la vie après la mort. La chanson offre un aperçu de la pensée de George Harrison, un homme en quête constante de sens et d’élévation spirituelle. Sa compréhension du karma, de la réincarnation et de l’importance de mener une vie spirituellement épanouie est une invitation à réfléchir sur notre propre existence et à chercher la rédemption à travers une vie sans attachement aux choses matérielles.
Art of Dying n’est pas simplement une chanson sur la fin de la vie ; c’est une déclaration sur la manière de vivre pleinement, dans la conscience de la mort et dans la recherche constante d’un idéal spirituel. À travers cette chanson, Harrison nous montre que l’art de mourir ne réside pas uniquement dans le moment de la mort, mais dans la manière dont nous vivons, dans la manière dont nous agissons et dans la manière dont nous nous préparons à ce qui est inévitable. C’est un appel à l’éveil, à la prise de conscience et à la rédemption, des thèmes qui marqueront à jamais l’œuvre de Harrison.
En somme, Art of Dying est bien plus qu’une chanson. C’est un testament musical, spirituel et philosophique d’un homme en quête de vérité et de sens, un homme qui, à travers sa musique, cherchait à transmettre des idées profondes et universelles. Il n’est pas étonnant que cette chanson soit restée l’une des pièces maîtresses de l’album All Things Must Pass, car elle incarne parfaitement l’âme du travail de George Harrison : un mélange de beauté musicale, de quête spirituelle et de réflexion sur le cycle infini de la vie et de la mort.
