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Il y a 34 ans : publication du disque de Paul McCartney « Unplugged (The Official Bootleg) »

Publié le 20 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

En 1991, Paul McCartney offre un moment de pureté musicale avec Unplugged (The Official Bootleg), enregistré lors de l’émission MTV Unplugged. Refusant toute amplification, il propose un concert acoustique authentique, revisitant des classiques des Beatles, des titres rares et des reprises, dans une atmosphère intimiste. Cet album marque une étape fondatrice pour la série MTV Unplugged et témoigne de la capacité de McCartney à se réinventer tout en restant fidèle à l’essence de sa musique.


Au début des années 1990, alors que le monde s’apprêtait à enterrer les années folles de la pop synthétique des eighties, Paul McCartney offrait un virage salutaire, un souffle d’authenticité dans une industrie musicale saturée de sons numériques : Unplugged (The Official Bootleg). Ce disque live, enregistré le 25 janvier 1991 dans les studios Limehouse de Wembley, est plus qu’un simple album acoustique. C’est un manifeste intime, un moment de grâce désarmante, et l’un des actes fondateurs d’une série qui allait entrer dans la légende : MTV Unplugged.

Sommaire

Un contexte singulier : après l’ivresse des stades, la chaleur du bois

Lorsqu’il foule la scène de l’émission MTV Unplugged, McCartney sort tout juste de l’épuisant World Tour 1989–1990, documenté par Tripping the Live Fantastic. Pendant deux ans, l’ancien Beatle a sillonné la planète, remplissant des stades gigantesques, acclamé par des générations entières, de Tokyo à New York.

Mais McCartney, fidèle à cette lucidité tranquille qui le caractérise, ressent le besoin d’un retour à l’essentiel. Il veut retrouver le plaisir du jeu nu, sans artifices. Un concert comme on en donnerait dans un pub, dit-il lui-même avec un sourire dans Club Sandwich, le magazine officiel de son fan club : « To me, the Unplugged set was the nearest thing I’ve done to a pub gig for a long time ». Il n’est pas question ici d’épate, mais de plaisir simple, presque artisanal.

Une révolution dans la révolution : les vrais instruments « unplugged »

À cette époque, MTV Unplugged n’en est qu’à ses balbutiements. L’émission, diffusée pour la première fois en 1989, peine encore à attirer les grands noms. Et lorsque McCartney accepte d’y participer, il pose une exigence rare : tout doit être réellement acoustique. Aucun instrument amplifié ne sera toléré. Chaque son doit être capté par des micros soigneusement positionnés autour des guitares, des pianos et de l’harmonium de Linda.

Ce choix technique, qui peut sembler anecdotique, est en réalité une prise de position artistique. Là où d’autres se contentent de « faire semblant » d’être acoustiques, McCartney va au bout de la logique. Il en résulte une atmosphère unique, où le moindre frémissement de corde, la moindre frappe sur une caisse claire devient audible. La musique respire. Elle vit.

Une setlist subtile entre raretés, classiques et hommages

Le répertoire choisi pour ce concert oscille entre clins d’œil nostalgiques, perles oubliées et reprises audacieuses. Dès les premières notes de Be-Bop-A-Lula, hommage au rockabilly de Gene Vincent, McCartney affirme sa volonté de puiser dans les racines de son amour pour la musique.

Parmi les titres marquants, on retrouve I Lost My Little Girl, la toute première chanson qu’il ait jamais écrite, alors qu’il était encore adolescent. Ce choix n’est pas anodin. Il symbolise une boucle qui se referme, celle d’un artiste revenu à ses premiers émois.

S’ensuivent quelques grands classiques Beatles, revisités avec une tendresse palpable : Here, There and Everywhere, We Can Work It Out, And I Love Her, Blackbird. Chaque titre est déshabillé de son vernis pop pour révéler une structure mélodique et harmonique d’une grande finesse.

Mais le concert s’aventure aussi sur des terrains plus inattendus. San Francisco Bay Blues de Jesse Fuller, Hi-Heel Sneakers de Robert Higginbotham ou encore Ain’t No Sunshine de Bill Withers, interprétée ici avec Hamish Stuart au chant et McCartney à la batterie, révèlent le plaisir sincère de jouer ensemble, sans pression ni démonstration.

Le disque s’achève sur Junk, ballade mélancolique issue de son premier album solo de 1970, clôturant l’album comme un murmure.

Une alchimie de groupe : l’ombre bienveillante de Linda

Autour de McCartney, on retrouve une formation soudée, issue de sa tournée précédente. Linda McCartney, sa compagne de toujours, y joue un rôle aussi discret qu’essentiel : harmonium, percussions, chœurs. Son timbre, parfois décrié par le passé, trouve ici toute sa place dans l’esthétique acoustique du projet. Elle n’est pas une performeuse, mais une présence, une respiration.

Hamish Stuart, Robbie McIntosh, Paul “Wix” Wickens et Blair Cunningham complètent l’équipe. Tous brillent par leur retenue, leur sens du groove et une complicité palpable. Loin d’écraser les titres par leur virtuosité, ils les portent avec une élégance presque invisible.

Un succès critique et public discret mais profond

À sa sortie, Unplugged (The Official Bootleg) ne bénéficie pas d’une promotion massive. Il est publié en édition limitée, numérotée, avec un visuel épuré rappelant Снова в СССР, un autre album confidentiel de McCartney. Pourtant, malgré cette discrétion, l’album atteint la 7e place des charts britanniques et grimpe jusqu’à la 14e position aux États-Unis – sa meilleure performance depuis près d’une décennie.

Le disque conquiert un public plus mature, en quête de sincérité musicale. Il devient rapidement un objet de culte pour les fans, et ouvre la voie à d’autres géants : Clapton, Nirvana, REM, Rod Stewart… Tous suivront l’exemple donné par McCartney.

Le producteur de MTV Unplugged, Alex Coletti, reconnaîtra plus tard que sans cet épisode, la série n’aurait sans doute jamais acquis le prestige qu’on lui connaît aujourd’hui.

Une tournée européenne discrète et chaleureuse

Séduit par l’expérience, McCartney organise une mini-tournée acoustique en Europe entre mai et juillet 1991. Six dates seulement, en Espagne, en Italie, en Angleterre et au Danemark. Une date prévue à Paris sera malheureusement annulée.

Ces concerts, à taille humaine, permettent à McCartney de renouer avec un public de proximité, loin des arènes géantes. L’ambiance y est presque familiale. Le musicien y prend goût, et cette configuration influencera durablement ses prestations futures.

Une trace rare et précieuse

Unplugged (The Official Bootleg) reste, encore aujourd’hui, une pièce à part dans la discographie de McCartney. Ni grandiloquent, ni expérimental, il témoigne au contraire d’un retour aux fondamentaux : la voix, l’instrument, l’émotion brute.

C’est aussi un rappel : avant les orchestrations luxuriantes, avant les arrangements complexes, il y a l’instant magique où une chanson peut se suffire à elle-même. Et peu d’artistes savent aussi bien incarner cette vérité que Paul McCartney.

À l’heure où les productions s’alourdissent de couches électroniques et d’effets spectaculaires, cet album acoustique résonne comme une bouffée d’air pur. Un moment suspendu. Un souffle de bois et de cordes.

Et au cœur de ce souffle, la voix d’un homme qui n’a jamais cessé de croire que la simplicité est la plus grande des élégances.

Un bootleg officiel. Une leçon d’humilité. Un trésor acoustique.


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