Ringo Starr, l’ex-batteur des Beatles, a intenté une action en justice en 2019 contre la société américaine Pacific Coast Holdings, qui commercialisait des sex toys sous la marque « Ring O », estimant que ce nom portait atteinte à sa marque déposée « Ringo ». Après deux ans de procédure, un accord a été trouvé en 2021 : la société s’engage à ne pas associer ses produits à l’image de Starr, à maintenir une séparation typographique entre « Ring » et « O », et à éviter toute référence aux Beatles. Cette affaire illustre les défis auxquels sont confrontées les célébrités pour protéger leur nom dans un monde où l’image est devenue une marque commerciale.
Si les carrières post-Beatles ont souvent pris des tournants inattendus, rares sont ceux qui auraient pu prédire l’étrange imbroglio juridique dans lequel se retrouverait, bien des années après la fin de la Beatlemania, le discret et affable Ringo Starr. L’ancien batteur des Fab Four, qui s’était illustré par sa bonhomie légendaire, sa voix rocailleuse et son amour revendiqué pour la paix et l’humour, s’est retrouvé en 2019 au cœur d’une affaire aussi improbable qu’irrésistiblement cocasse : un litige autour de son nom… et d’un sex toy.
Oui, vous avez bien lu. L’homme qui battait la mesure sur A Day in the Life, Come Together ou encore With a Little Help from My Friends a dû faire appel à ses avocats pour s’opposer à l’utilisation de son nom – ou plus précisément de son diminutif – dans une gamme de jouets sexuels baptisée Ring O. Une coïncidence phonétique qui ne l’a pas fait rire du tout.
Sommaire
- Le nom d’un Beatle en jeu : une affaire de principe
- Ring O contre Ringo : duel entre humour grinçant et droit des marques
- Ringo Starr, le Beatle pacifiste malgré lui au tribunal
- Un règlement discret pour une affaire invraisemblable
- Une époque où les icônes deviennent des marques
- L’héritage Beatles face à l’ère du branding
- De la scène aux tribunaux : l’autre fin du “long and winding road”
Le nom d’un Beatle en jeu : une affaire de principe
Le début de l’affaire remonte à 2019, lorsque les représentants juridiques de Ringo Starr découvrent l’existence d’une marque américaine, Ring O, commercialisant des anneaux vibrants et autres articles pour adultes dans la gamme Screaming O. Pour l’équipe du batteur, l’usage de ce nom est inacceptable : la ressemblance phonétique avec “Ringo” est trop forte, au point de constituer, selon eux, une atteinte directe à la marque déposée par le musicien.
Dans leur argumentaire, les avocats ne manquent pas d’insister sur la stature internationale de leur client : “Ringo est un artiste mondialement connu, dont le nom est associé à une grande variété de services et de produits, allant de la musique aux instruments, en passant par les vêtements, les films et le merchandising.” Par conséquent, l’existence d’un sex toy portant un nom aussi proche pourrait laisser croire qu’il s’agit d’un produit approuvé – ou pire, imaginé – par Starr lui-même.
Et cela, le principal intéressé ne le tolère pas. Car si Ringo a toujours fait preuve d’humour et de recul, il tient néanmoins à protéger l’intégrité de son image, façonnée au fil des décennies dans un savant mélange de bienveillance et de réserve. L’idée que son nom puisse figurer sur un paquet d’anneaux érotiques lui semble tout simplement grotesque – et juridiquement répréhensible.
Ring O contre Ringo : duel entre humour grinçant et droit des marques
La réponse de la société Ring O ne se fait pas attendre. En décembre 2020, elle contre-attaque avec un sarcasme à peine voilé : “Il est rare de voir un Beatle se transformer en squatteur de marque pour gratter quelques dollars de plus, mais c’est bien ce dont il s’agit ici.” Le ton est donné. D’un côté, une entreprise qui revendique sa légitimité sur un marché adulte, de l’autre, une légende vivante qui refuse que son nom soit associé – même involontairement – à ce type de produit.
La confrontation, improbable, vire au théâtre de l’absurde. Car ce n’est pas seulement un conflit commercial, c’est un choc de mondes. Celui d’un artiste né dans l’euphorie des sixties, où la musique prétendait changer le monde par amour et créativité, face à un présent ultracapitaliste où tout, absolument tout, peut être monétisé. Jusqu’à un pseudonyme devenu symbole.
Ringo Starr, le Beatle pacifiste malgré lui au tribunal
Le plus ironique dans cette affaire est sans doute le fait que Ringo Starr est de loin le Beatle le moins conflictuel. Lennon provoquait les gouvernements et les religions, McCartney brisait les normes artistiques avec ses expérimentations, Harrison se retirait du tumulte dans la spiritualité hindoue… Et Ringo ? Ringo voulait simplement jouer, rire, faire de bons disques et envoyer de temps en temps un “peace and love” sur les réseaux sociaux.
Le voir embarqué dans une bataille juridique autour de sex toys relève donc presque du sketch Monty Pythonien – un clin d’œil surréaliste à une époque où l’on croyait encore que les icônes étaient intouchables. Mais cette fois, l’absurdité a un goût amer. Car elle révèle aussi à quel point les artistes doivent aujourd’hui se battre pour protéger leur nom contre l’usage commercial non consenti.
Ringo, loin de faire grand bruit autour de cette affaire, a néanmoins tenu bon. Deux ans de procédures plus tard, en 2021, un accord est enfin trouvé.
Un règlement discret pour une affaire invraisemblable
Les termes exacts du règlement restent confidentiels, mais l’essentiel est clair : la société Ring O accepte plusieurs conditions strictes pour éviter toute confusion avec Ringo Starr. Elle s’engage notamment à :
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Ne jamais associer directement ou indirectement ses produits au musicien ;
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Maintenir un espace typographique clair entre les termes “Ring” et “O” ;
-
S’abstenir d’utiliser tout nom, titre ou référence liée aux Beatles ou à la carrière de Starr ;
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Ne pas dénigrer ou ternir l’image du musicien par l’usage de noms ou slogans ambigus.
En somme, la marque de sex toys devra se tenir à distance respectable de tout ce qui touche à l’univers Beatlesien. Car s’il est possible de jouer avec les mots, il y a des limites à ne pas franchir quand il s’agit d’un patrimoine aussi emblématique que celui des Fab Four.
Une époque où les icônes deviennent des marques
Au fond, cette affaire est bien plus qu’une anecdote amusante. Elle incarne une mutation culturelle profonde. Les stars du rock des années 1960, qui étaient alors des symboles de contre-culture, se retrouvent aujourd’hui piégées dans les méandres d’un monde marchandisé où l’identité est un actif monétisable. Le nom de Ringo Starr, autrefois synonyme de rythmes joyeux et de concerts frénétiques, devient un objet juridique à défendre bec et ongles.
Ce glissement ne touche pas que Ringo. Il concerne l’ensemble de ces figures mythiques dont le capital symbolique est devenu un terrain de chasse pour le marketing contemporain. De Jim Morrison à Kurt Cobain, de David Bowie à Janis Joplin, tous ont vu leur image recyclée, détournée, vendue. Et parfois, comme ici, cela frise le ridicule.
Mais ce qui rend l’histoire de Ringo si savoureuse, c’est précisément le contraste entre la noblesse de son parcours et la trivialité du litige. Lui, le batteur au flegme inaltérable, l’icône pop devenue acteur, narrateur, dessinateur même, se retrouve à batailler non pas pour une œuvre, un droit d’auteur ou un message, mais pour une simple lettre : un “O” qui, accolé à son surnom, devenait soudain problématique.
L’héritage Beatles face à l’ère du branding
On aurait pu croire que le nom des Beatles, comme leurs chansons, serait à jamais sanctuarisé. Intouchable. Mais cette affaire vient rappeler que rien n’est jamais acquis. L’héritage Beatlesien doit être défendu non seulement contre l’oubli, mais aussi contre les approximations, les détournements commerciaux et les amalgames douteux.
Dans cette époque où tout devient “brandable”, même les reliques de la contre-culture doivent se munir de juristes. McCartney protège les droits de son catalogue, Harrison a laissé derrière lui une fondation vigilante, et Lennon – bien que disparu – fait encore l’objet de débats sur les usages commerciaux de son image. Ringo, lui, nous offre à sa manière une leçon de notre temps : il ne suffit plus de dire “peace and love”. Il faut aussi, parfois, déposer plainte.
De la scène aux tribunaux : l’autre fin du “long and winding road”
L’anecdote fera sans doute sourire, comme tant d’autres épisodes absurdes qui ponctuent la vie des stars. Mais elle nous ramène aussi à une vérité fondamentale : les artistes, aussi grands soient-ils, restent vulnérables face à la machine capitaliste. Et leur nom, qui fut un cri de liberté, peut devenir – s’ils n’y prennent garde – une étiquette collée sur n’importe quel produit.
Ringo Starr, en défendant son identité, n’a pas seulement protégé sa réputation. Il a rappelé qu’un nom peut incarner une vie, une œuvre, un souffle générationnel. Et que ce nom mérite, tout comme les chansons qu’il a portées, d’être préservé.
Un ring O peut bien vibrer. Mais Ringo Starr, lui, continue d’incarner, à sa manière discrète mais déterminée, l’élégance d’un Beatle face à l’absurdité moderne.
