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« Venus and Mars (Reprise) » : l’audacieuse réinvention de Paul McCartney

Publié le 21 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Sorti en 1975 sur Venus and Mars, Venus and Mars (Reprise) incarne l’expérimentation musicale de Paul McCartney et Wings. Plus qu’une simple variation, ce morceau réinvente l’original avec des sonorités envoûtantes et un univers inspiré de l’astrologie et de la science-fiction. Enregistré entre La Nouvelle-Orléans et Los Angeles, il illustre l’approche méticuleuse de McCartney et s’inscrit dans une dynamique immersive au sein de l’album.


Lorsqu’on évoque l’univers sonore de Paul McCartney, difficile de ne pas être frappé par la diversité et la richesse de ses expérimentations musicales. L’albumVenus and Mars, sorti en 1975, est l’un des exemples les plus marquants de cette période où l’artiste se réinvente constamment, entre exploration de nouveaux genres et recherches sonores. Parmi les morceaux emblématiques de cet album,Venus and Mars (Reprise), la pièce de clôture du côté B du vinyle, occupe une place particulière, une reprise unique, un mélange de créativité et d’audace musicale. Ce titre, à la fois court et percutant, offre une vision fascinante du processus créatif de McCartney, tout en plongeant l’auditeur dans un univers d’imaginaire et d’astrologie.

Sommaire

La naissance d’un morceau : de l’inspiration à l’enregistrement

Tout commence par une conversation anodine lors d’une fête aux États-Unis, où un inconnu salue Paul et Linda McCartney avec un « Hello, Venus. Hello, Mars. » À première vue, cette phrase semble être une simple boutade, mais elle se transforme en l’étincelle qui allume la flamme deVenus and Mars. Paul McCartney se souvient : « Je pensais, oh non. Quand j’écris des chansons, je ne parle pas nécessairement de moi, bien que les psychanalystes disent ‘Oui, tu parles de toi’. Mais pour moi, ce n’est pas le cas. » Cette réflexion nous dévoile une facette de l’artiste, celui qui se cache derrière l’image publique, qui privilégie l’imaginaire et l’onirique à l’autobiographie.

DansVenus and Mars, McCartney ne se livre pas à une introspection directe. Il évoque un personnage fictif, un ami imaginaire qui a une petite amie passionnée par l’astrologie. Cette dernière est du genre à vous demander quel est votre signe avant même de vous dire bonjour. Ce thème léger et décalé, qui pourrait sembler anodin, est un excellent exemple de la manière dont McCartney parvient à traiter des sujets profonds tout en les abordant avec une simplicité apparente.

Une reprise d’exception

Le morceauVenus and Mars (Reprise)se distingue avant tout par son caractère presque cinématographique. Il ne s’agit pas simplement d’une version « accélérée » ou répétée de la chanson précédente, mais bien d’une nouvelle interprétation, plus dense et plus développée. Ce titre, qui dure 2 minutes et 5 secondes, est en réalité une version allongée de la chanson initialeVenus and Mars, qui se voit ici réincarnée dans un univers sonore en perpétuelle évolution. En effet, la reprise dure près d’une minute de plus, donnant au morceau une nouvelle perspective tout en gardant son essence.

Curieusement, c’est la reprise qui a été enregistrée en premier. L’enregistrement de la chanson a commencé le 22 janvier 1975 au Sea-Saint Recording Studio à la Nouvelle-Orléans, avec des overdubs ajoutés le 6 février. Par la suite, de nouveaux ajouts ont été réalisés en mars, d’abord au Sunset Sound Studios de Los Angeles, puis au Wally Heider Studios, toujours à LA. Ce processus d’enregistrement en plusieurs étapes et dans différents studios témoigne de l’approche méticuleuse de McCartney, qui ne laissait rien au hasard et travaillait sur le morceau jusqu’à en épurer chaque détail.

La vision de McCartney : l’astrologie et la science-fiction

L’un des aspects les plus fascinants deVenus and Mars (Reprise)est son lien avec la science-fiction, une passion clairement affirmée par McCartney au moment de l’enregistrement. Il confie : « J’ai lu un peu de science-fiction, des choses commeFoundationd’Asimov. J’aime l’ampleur de ce genre de récit, la vision qui s’en dégage, car on peut y écrire n’importe quoi. » Dans cette optique, le refrain du morceau prend alors un tour quasi-spatial, avec une évocation de la « grande cathédrale » où l’on attend « le transport ». Cette image, qui fait référence aux voyages interstellaires, semble directement inspirée de l’univers des romans de science-fiction, dans lesquels l’attente d’un vaisseau spatial pour rejoindre de lointaines planètes est une thématique récurrente. L’analogie avec les récits de science-fiction, et notamment les œuvres d’Isaac Asimov, est évidente.

Paul McCartney explique que le texte fait référence à une image précise, celle d’un personnage qui attend dans une cathédrale géante, prêt à embarquer pour un autre monde. Cette scène semble être un clin d’œil à la fois aux récits d’anticipation et à l’univers fantasmagorique de la science-fiction. Dans cette optique,Venus and Mars (Reprise)s’apparente à un passage dans un autre monde, une exploration sonore de l’inconnu. Les deux planètes, Venus et Mars, sont ainsi plus que de simples objets célestes : elles deviennent les symboles de l’évasion, de l’infini, et de la quête de sens.

Un enregistrement à la croisée des genres

L’un des points qui fait deVenus and Mars (Reprise)un morceau aussi unique est la diversité des instruments et des sonorités utilisées. En plus des traditionnelles guitare basse et voix de McCartney, la chanson se distingue par l’utilisation de la Moog, du Mellotron, du piano et de la harpe, des instruments qui viennent enrichir l’atmosphère de la chanson. La présence de ces instruments est loin d’être anodine. Le Mellotron, en particulier, apporte un son éthéré et presque magique, à la fois mystique et planant, qui s’accorde parfaitement à l’imaginaire évoqué par le titre.

Mais ce n’est pas tout. La chanson s’appuie également sur des arrangements vocaux qui apportent une dimension supplémentaire à l’écoute. On peut entendre la voix de Linda McCartney, aux côtés de Paul, qui apporte une touche chaleureuse et intime à l’ensemble. De plus, Jimmy McCulloch, guitariste au sein de Wings, joue sur une guitare acoustique 12 cordes, qui, par sa résonance particulière, ajoute une profondeur émotionnelle à la composition. Les cymbales de Joe English viennent renforcer cette dimension sonore, tandis que la harpe de Gayle Levant, toute en légèreté, complète l’orchestre d’un timbre cristallin et aérien.

Un morceau qui annonce la suite

Venus and Mars (Reprise)ne se contente pas de boucler la première moitié de l’album. En fait, elle fait parfaitement la transition vers le morceau suivant,Spirits of Ancient Egypt, une chanson qui, tout commeVenus and Mars, fait appel à l’imaginaire et à des thèmes exotiques et mystiques. Ce passage fluide entre les deux morceaux montre la cohésion de l’album, qui semble se déployer comme une œuvre en perpétuelle expansion, où chaque chanson s’inscrit dans un tout. Ce fil conducteur, alliant poésie, science-fiction et réflexions sur l’amour, rend l’écoute deVenus and Marsparticulièrement immersive.

Ainsi,Venus and Mars (Reprise), bien plus qu’une simple extension de la chanson originale, est une œuvre à part entière. Elle résume à elle seule tout l’esprit de Wings à cette époque : un groupe qui, sans jamais se prendre trop au sérieux, n’hésitait pas à s’aventurer dans des territoires musicaux inexplorés. Dans ce morceau, McCartney parvient à concilier des influences diverses – allant de la science-fiction à l’astrologie, en passant par la musique psychédélique et l’expérimentation sonore – pour offrir une pièce musicale cohérente, audacieuse et profondément créative.

À traversVenus and Mars (Reprise), Paul McCartney nous invite ainsi à voyager dans un univers parallèle, où les frontières entre la réalité et l’imaginaire sont floues, et où la musique devient le vaisseau pour explorer ces mondes invisibles. Un véritable voyage sonore dans l’âme de l’artiste, porté par des influences multiples et une recherche constante de nouvelles sonorités.

  


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