Les Œuvres complètes du grand poète lyrique québécois Emile Nelligan est un livre que je possède depuis de longues années et j’apprécie de le feuilleter et de le consulter assez régulièrement. C’est précisément à une de ces occasions, où je piochais au hasard des poèmes dans ce recueil, que je suis tombée sur un ensemble de textes sur des thèmes musicaux (piano, violon, mazurkas, interprètes et compositeurs).
Je vous propose la lecture de deux de ces sonnets dans le cadre du Printemps des artistes.
Note pratique sur le livre
Editeur : Bibliothèque Québécoise
Année de publication : 1992
Langue française.
Nombre de pages : 262
Note biobibliographique sur le poète
Né en décembre 1879 à Montréal et mort en novembre 1941 dans cette même ville, Emile Nelligan est un poète québécois influencé par le mouvement Symboliste et par les grands romantiques. Souffrant de schizophrénie, le poète est placé en asile psychiatrique peu avant l’âge de 20 ans et il y restera interné jusqu’à sa mort, à l’âge de 61 ans. Son œuvre poétique est donc une œuvre de jeunesse. Génie précoce, il est généralement vu comme le point de départ de la poésie québécoise moderne. Nombre de critiques, d’écrivains et de cinéastes ont exalté son génie, sa folie ou son martyre.
(Source : Wikipédia)
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Plein de la voix mêlée autrefois à la sienne,
Et triste, un clavecin d’ébène que domine
Une coupe où se meurt, tendre, une balsamine,
Pleure les doigts défunts de la musicienne.
Catulle Mendès
Vieux piano
L’âme ne frémit plus chez ce vieil instrument ;
Son couvercle baissé lui donne un aspect sombre ;
Relégué du salon, il sommeille dans l’ombre,
Ce misanthrope aigri de son isolement.
Je me souviens encor des nocturnes sans nombre
Que me jouait ma mère, et je songe, en pleurant,
À ces soirs d’autrefois, passés dans la pénombre,
Quand Liszt se disait triste et Beethoven mourant.
Ô vieux piano d’ébène, image de ma vie,
Comme toi du bonheur ma pauvre âme est ravie,
Il te manque une artiste, il me faut l’Idéal ;
Et pourtant là tu dors, ma seule joie au monde,
Qui donc fera renaître, ô détresse profonde,
De ton clavier funèbre un concert triomphal ?
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Page 104
Le Salon
La poussière s’étend sur tout le mobilier,
Les miroirs de Venise ont défleuri leur charme ;
Il y rôde comme un très vieux parfum de Parme,
La funèbre douceur d’un sachet familier.
Plus jamais ne résonne à travers le silence
Le chant du piano dans des rythmes berceurs,
Mendelssohn et Mozart, mariant leurs douceurs,
Ne s’entendent qu’en rêve aux soirs de somnolence.
Mais le poète, errant sous son massif ennui,
Ouvrant chaque fenêtre aux clartés de la nuit,
Et se crispant les mains, hagard et solitaire,
Imagine soudain, hanté par des remords,
Un grand bal solennel tournant dans le mystère,
Où ses yeux ont cru voir danser les parents morts.
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