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Beware of Darkness : L’ombre d’un chef-d’œuvre dans All Things Must Pass de George Harrison

Publié le 22 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

L’ombre des Beatles plane sur chaque note du premier album solo de George Harrison, All Things Must Pass, mais c’est une ombre différente de celle qu’il portait pendant son époque au sein du groupe. Le 30 novembre 1970, All Things Must Pass sortait, marquant non seulement la fin de l’ère des Beatles, mais aussi le début d’une nouvelle étape pour Harrison. Au milieu de cette transition, une chanson particulièrement marquante voit le jour : « Beware of Darkness ».

Tantôt lumineux, tantôt mélancolique, cet avertissement spirituel cache bien plus qu’une simple chanson, c’est une réflexion intime et universelle sur la lutte contre l’obscurité, la tromperie et la confusion, dans une période de transition intense pour le musicien.

Sommaire

Une composition née d’une rencontre spirituelle

« Beware of Darkness » ne se contente pas d’être une chanson dans le cadre d’un album, elle est le reflet de l’état d’esprit d’un Harrison en quête de lumière. Composée dans la maison de Harrison en Angleterre, la chanson prend racine dans une période où le musicien se trouvait entouré de membres du temple Radha Krishna. C’est au sein de ce contexte spirituel que les paroles de la chanson s’élèvent, rappelant la notion hindoue de Māya, l’illusion cosmique, ce qui n’est pas réel, ce qui nous trompe et nous conduit dans l’ombre.

George Harrison, dans ses propres mots, évoque la mélodie comme étant « étrange », mais remarquablement belle. Le contraste entre la douceur de la musique et l’intensité des paroles pourrait être perçu comme une tentative de garder une forme d’équilibre entre les ténèbres et la lumière. « Beware of Darkness » nous invite à prêter attention à l’obscurité intérieure et extérieure qui peut ronger notre être si nous ne faisons pas attention.

Des paroles comme un avertissement

Les paroles de « Beware of Darkness » sont pleines de métaphores suggestives et d’une profonde ambiguïté. George Harrison y met en garde contre des pensées sombres, la tristesse, le sentiment de vide et de désespoir, tout en citant des « leaders gourmands » qui exploitent les masses. « Beware of Darkness » semble être une réflexion, mais aussi une mise en garde. Harrison semble se parler à lui-même, mais son appel s’adresse à quiconque pourrait être victime de ces illusions. Des images énigmatiques surgissent dans le texte : « falling swingers », « soft shoe shufflers », « Weeping Atlas Cedars ». Les derniers d’entre eux, les cèdres Atlas en pleurs, sont d’ailleurs une référence subtile au lieu où les Beatles ont posé lors de leur dernière séance photo, en août 1969, à Tittenhurst Park. Ce lien entre la fin de l’époque des Beatles et le début de l’ère solo de George Harrison montre que l’album All Things Must Pass est aussi une sorte de catharsis. La fin de cette période est marquée par l’image du cèdre, qui symbolise la croissance, mais aussi le passage du temps, et, par extension, la fin inévitable de toute chose.

Un processus créatif et des influences extérieures

Lorsqu’Harrison présente la chanson à son producteur, Phil Spector, en mai 1970, il est encore dans l’idée de travailler les derniers détails. Ce jour-là, Harrison mentionne que « quelques mots » manquent encore à la composition. Il faut dire que l’album All Things Must Pass est un projet d’une ampleur phénoménale, et la chanson « Beware of Darkness » n’échappe pas à l’énorme processus créatif derrière ce disque double.

Les sessions d’enregistrement ont lieu entre mai et octobre 1970, avec Phil Spector, le producteur emblématique des Beatles, en charge de la production. Mais, à un moment donné, Spector quitte les sessions pour des raisons de santé, et Harrison se retrouve seul pour enregistrer de nombreuses pistes. Il enverra les mixes à Spector, qui alors convalescent à Los Angeles, fera part de ses remarques sur certains morceaux. Pour « Beware of Darkness », Spector suggère de rééquilibrer le mix, notamment en ajoutant plus de guitares rythmiques. Cette attention particulière aux arrangements et aux détails témoigne de l’importance que cette chanson a pour Harrison, mais aussi du soin qu’il met à peaufiner les couches sonores qui composent ce morceau mystérieux et fascinant.

Une version démo en toute simplicité

Dans l’éventail des versions de la chanson, la démo acoustique de « Beware of Darkness » a une place particulière. Elle est incluse dans la réédition de 2001 de All Things Must Pass comme morceau bonus, offrant un aperçu brut de la composition. En 1970, Harrison n’avait pas encore prévu que ce simple enregistrement deviendrait une pièce recherchée par les collectionneurs et admirateurs de sa musique. Il avouait d’ailleurs dans une interview que le fait de retrouver de tels enregistrements sur des bootlegs le perturbait quelque peu. Cela soulève un questionnement intéressant sur l’authenticité de certaines œuvres qui ne sont pas officiellement sorties, mais qui, dans un contexte particulier, trouvent une autre forme de valeur. La démo acoustique de « Beware of Darkness » est l’une de ces pièces de musique qui, bien que non finie, résonne comme un témoignage brut de la création en cours.

Une influence qui perdure

La chanson n’a pas seulement marqué l’album All Things Must Pass. Elle a également trouvé un écho chez d’autres musiciens qui l’ont reprise. Parmi eux, Leon Russell, qui enregistre une version de « Beware of Darkness » en 1971 sur son album Leon Russell and The Shelter People. Cette interprétation montre l’influence qu’Harrison a exercée sur ses contemporains et comment sa musique a continué à circuler bien au-delà de sa propre carrière.

L’impact de la chanson s’étend encore plus loin avec sa performance lors des Concerts For Bangladesh en 1971. Harrison et Russell interprètent « Beware of Darkness » ensemble lors de ces concerts mémorables, qui ont non seulement servi de levée de fonds pour les victimes de la guerre du Bangladesh, mais aussi d’hommage à un moment particulier de la carrière musicale de Harrison. La version live des concerts figure d’ailleurs sur l’album The Concert for Bangladesh. Ce moment en particulier a marqué l’intensité de la relation musicale entre les deux hommes, et la chanson prend une dimension supplémentaire de solidarité et de partage en cette occasion.

Mais le cercle ne s’arrête pas là. Lors du concert hommage en 2002 pour George Harrison, Eric Clapton reprend « Beware of Darkness » devant une salle émue, rappelant une fois encore l’immense héritage de l’artiste. Clapton, l’ami intime et collaborateur de Harrison, parvient à capturer l’esprit de la chanson dans une version pleine de respect et de gratitude.

Une chanson intemporelle

« Beware of Darkness » ne se contente pas d’être une simple chanson d’album. Elle représente un moment charnière dans la carrière de George Harrison, et une réflexion profonde sur la dualité de l’existence humaine. Ce morceau est une alerte : non seulement contre les dangers de l’obscurité intérieure et extérieure, mais aussi contre ceux qui utilisent cette obscurité à des fins égoïstes. Les « leaders gourmands » et la notion de Māya se retrouvent dans un monde toujours plus complexe, où les illusions sont nombreuses et les vérités parfois plus difficiles à discerner. Mais en cela, « Beware of Darkness » est aussi une chanson pleine d’espoir, une invitation à ne pas se laisser engloutir par la noirceur, et à chercher la lumière, même dans les moments les plus sombres.

L’œuvre de Harrison, et particulièrement « Beware of Darkness », demeure un phare dans la musique rock, une chanson intemporelle dont la sagesse résonne toujours avec force dans le monde d’aujourd’hui. Par ses paroles, son énergie et ses arrangements, elle incarne une quête de sens et une recherche de vérité dans un monde souvent confus et difficile. All Things Must Pass reste ainsi un témoignage puissant du génie créatif de Harrison et de l’influence durable de son art.


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