Zak Starkey, batteur de The Who depuis 1996 et fils de Ringo Starr, a été évincé du groupe dans des conditions contestées. Malgré des tensions anciennes, son départ marque une rupture symbolique pour un groupe légendaire en fin de parcours. Zak, digne et toujours actif musicalement, incarne la relève d’un rock britannique en perpétuelle mutation.
Alors que le rideau commence lentement à tomber sur la carrière scénique de The Who, un nouveau chapitre tumultueux vient ternir la fin d’une histoire déjà marquée par l’excès, la flamboyance et la résilience. Zak Starkey, fils de Ringo Starr et batteur du groupe depuis près de trente ans, affirme avoir été remercié une nouvelle fois, dans des circonstances qui laissent planer un certain malaise.
Sommaire
- L’héritier discret d’une dynastie musicale
- Une éviction sans élégance
- La réponse nuancée – mais ferme – de Townshend et Daltrey
- Une querelle qui couvait déjà
- Zak Starkey, entre gratitude et amertume
- L’ombre portée de Ringo Starr
- Une fin amère mais un avenir certain
L’héritier discret d’une dynastie musicale
On l’oublie parfois, tant son style est affirmé et sa place, apparemment, acquise : Zak Starkey n’est pas seulement le fils de Ringo Starr. Il est aussi l’un des rares batteurs à avoir su se défaire du poids d’un nom illustre pour s’imposer par la puissance de son jeu, sa fidélité à l’école Keith Moon et son implication constante dans l’univers du rock britannique.
Depuis 1996, Starkey est le troisième batteur officiel de The Who. Un rôle délicat, tant la batterie chez The Who n’est pas un simple poste de soutien rythmique, mais une voix à part entière – Moon l’a démontré, jusqu’à l’excès, jusqu’à l’implosion.
Une éviction sans élégance
Le 18 mai 2025, c’est via un post direct et sans détour que Zak Starkey révèle ce qu’il qualifie lui-même de licenciement. Il écrit : « J’ai été viré deux semaines après avoir été réintégré. On m’a demandé de publier un communiqué disant que je quittais The Who pour me consacrer à mes projets personnels – ce qui aurait été un mensonge. »
Ce message, diffusé sur les réseaux sociaux, ne masque ni sa frustration ni son attachement à un groupe dont il dit n’avoir « jamais voulu partir ».
L’image est frappante : un batteur loyal, enraciné dans la musique de The Who, contraint de s’effacer à contrecœur, et invité à maquiller la réalité. Zak résume la situation avec ironie : « In and out and in and out like a bleedin’ squeezebox. »
La réponse nuancée – mais ferme – de Townshend et Daltrey
Dans l’heure qui suit, The Who publie un communiqué sur ses propres canaux. Le ton est à la fois cordial et résolument définitif : « The Who se dirige vers une retraite, alors que Zak est de vingt ans notre cadet. Il a un avenir prometteur avec son nouveau groupe et d’autres projets passionnants. »
Le groupe annonce que Scott Devours, batteur ayant accompagné Roger Daltrey en solo, prendra le relais. Les mots sont polis, presque affectueux, mais le message est clair : une page se tourne.
Une querelle qui couvait déjà
Ce n’est pas la première fois que des tensions éclatent autour de Zak Starkey. Un mois auparavant, un porte-parole du groupe avait déjà indiqué que le batteur ne participerait pas aux concerts du Royal Albert Hall, pour des raisons alors peu explicitées.
Dans un revirement inattendu, Pete Townshend s’était excusé publiquement, déclarant que certaines « maladresses de communication » avaient conduit à son éviction temporaire. Il saluait alors la volonté de Zak d’ajuster son style de jeu pour s’aligner avec une nouvelle configuration scénique, sans orchestre.
« Nous sommes une famille », écrivait Townshend. « Cela a dégénéré trop vite et a reçu trop d’attention. Mais c’est fini. Nous allons de l’avant. » Moins d’un mois plus tard, le ton avait changé, et la « famille » se séparait de nouveau, pour de bon.
Zak Starkey, entre gratitude et amertume
Le principal intéressé, malgré la désillusion, choisit de clore l’incident avec une certaine élégance. Dans un nouveau message, il remercie Roger et Pete, ajoutant : « Very grateful to be a part of The Who family. »
Cette déclaration, courte et sans rancune apparente, rappelle que Zak n’est pas seulement un batteur. Il est aussi un homme de scène, de transmission, qui a toujours traité l’héritage musical – celui de The Who comme celui des Beatles – avec pudeur et respect.
L’ombre portée de Ringo Starr
Difficile de ne pas évoquer ici la figure tutélaire de Ringo Starr. Zak, qui ne reçut jamais de cours formels de la part de son père, a pourtant embrassé la voie rythmique avec brio. Son jeu, plus tranchant, plus nerveux, rappelle davantage Moon que son paternel, mais la filiation est indiscutable.
Il est d’ailleurs poignant de constater qu’au sein même de la génération suivante, les fils des Beatles restent soumis à des tensions comparables à celles qu’ont vécues leurs illustres aînés.
Une fin amère mais un avenir certain
Pour The Who, cette éviction sonne comme une forme de dernier acte. Le groupe, dont la longévité dépasse désormais les six décennies, semble vouloir refermer le chapitre scénique sur une note maîtrisée, quitte à brusquer certains de ses piliers.
Quant à Zak Starkey, il n’a jamais cessé d’explorer. Avec Mantra of the Cosmos, projet psychédélique formé aux côtés de Shaun Ryder (Happy Mondays) et Andy Bell (Ride, Oasis), il montre qu’il n’est pas l’homme d’un seul groupe. Il reste aussi un collaborateur recherché, ayant joué avec Oasis, Johnny Marr, les Lightning Seeds ou encore The Semantics.
À 59 ans, Zak a encore de l’énergie à revendre. Et s’il ne s’assoit plus derrière la batterie de The Who, il continue, à sa manière, de faire battre le cœur d’un rock britannique qui ne meurt jamais.
