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Paul McCartney face au trac : une légende en studio avec Barbra Streisand

Publié le 25 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

À 82 ans, Paul McCartney a enregistré une nouvelle version de « My Valentine » en duo avec Barbra Streisand. Dans le prestigieux studio hollywoodien, face à une icône aussi exigeante que talentueuse, McCartney a ressenti un trac sincère. Ce moment d’intimité musicale dévoile un géant encore capable de douter, de s’émouvoir, et d’atteindre une vérité artistique rare.


À 82 ans, Paul McCartney pourrait se contenter de contempler l’éclat d’un héritage musical que peu d’artistes vivants égalent. Il pourrait aligner les tournées nostalgiques et les interviews convenues. Mais le natif de Liverpool, éternel chercheur d’émotion pure, préfère encore, au cœur d’Hollywood, se confronter au doute, à l’imprévu, à ce frisson que seuls les vrais artistes ne cessent de poursuivre : la peur de ne pas être à la hauteur.

Et cette peur, McCartney l’a ressentie avec intensité lors d’une session récente à Los Angeles, où il a enregistré une nouvelle version de sa chanson My Valentine en duo avec une autre légende de la musique : Barbra Streisand.

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Une chanson d’amour devenue terrain de vertige

My Valentine est un morceau tendre et intimiste, écrit en 2011 pour Nancy Shevell, devenue l’épouse de McCartney la même année. Déjà enregistrée en studio avec Eric Clapton à la guitare et Diana Krall au piano, la chanson s’est imposée comme l’un des rares standards modernes d’un Paul McCartney post-Beatles.

Mais c’est une toute autre expérience que l’ex-Beatle a vécue à l’occasion de cette relecture en duo avec Streisand, pour l’album The Secret of Life: Partners, Volume 2, qui doit paraître en juin prochain. Sur le papier, le projet semblait limpide : un standard sentimental réinterprété par deux voix iconiques. Mais sur le terrain, l’intimidation fut grande, même pour un homme qui a partagé des scènes avec Stevie Wonder, Michael Jackson ou encore Johnny Cash.

« Terrifiant », avoue McCartney

Interrogé sur son site officiel, Paul n’a pas cherché à masquer son appréhension : « C’était stressant. Un vrai moment de tension. Je dirais même que j’étais terrifié. » Trois mots qui, dans la bouche de n’importe quel autre musicien, paraîtraient banals. Mais venant de l’auteur de Let It Be et Hey Jude, ils résonnent avec une sincérité désarmante.

Ce sentiment d’inquiétude s’est cristallisé dès l’arrivée sur les lieux : la mythique « Barbra Streisand Scoring Stage », sur le Sony lot, à Los Angeles, l’un des studios les plus emblématiques d’Hollywood. Devant un orchestre de 40 musiciens, dans une ambiance solennelle, McCartney a dû entonner son propre morceau… dans une tonalité qui n’était pas la sienne.

« L’arrangement était tel qu’on devait passer de la tonalité de Barbra à la mienne. Elle chantait plus haut, moi plus bas… et je ne savais jamais vraiment dans quelle tonalité j’entrais. Ce n’était pas si facile que ça ! », confie-t-il avec humour, mais sans cacher son trouble.

Une rencontre d’égaux… et de perfectionnistes

Barbra Streisand, actrice oscarisée, chanteuse multi-récompensée, est aussi une perfectionniste redoutée. Dès le début de la session, elle prend les commandes : « Qui a mis cette caméra ici ? Ce n’est pas le bon endroit. Déplacez-la là. Et les lumières ? » McCartney, un instant surpris, se souvient soudain : « Mais oui, elle a réalisé trois films ! Elle sait exactement ce qu’elle veut. »

Loin d’être déstabilisé, Paul est admiratif. Il loue la rigueur et la vision de sa partenaire, qu’il qualifie de « brillante et complète, sur tous les plans ». Ce respect mutuel a sans doute permis de dépasser les incertitudes du départ, pour donner naissance à une version habitée de My Valentine, où les voix se croisent, se complètent, et racontent avec une rare pudeur une histoire d’amour adulte.

Une œuvre en évolution permanente

Ce n’est pas la première fois que My Valentine connaît une seconde vie. En 2022, Paul en avait déjà supervisé une reprise chantée par Michael Bublé sur son album Higher. Mais cette version avec Streisand possède une gravité nouvelle, une épaisseur émotionnelle que seul un duo entre deux artistes de cette trempe pouvait offrir.

L’accompagnement orchestral, enregistré avec un soin extrême, confère à la chanson une dimension cinématographique, presque classique. Et ce n’est pas un hasard : dans son intention initiale, McCartney avait pensé My Valentine comme un croisement entre Cole Porter et les grandes ballades de la MGM.

L’humilité d’un géant

Ce qui impressionne le plus dans ce récit de session d’enregistrement, ce n’est pas la dimension technique du morceau, ni même le prestige de ceux qui l’interprètent. C’est l’aveu de vulnérabilité. « J’ai pensé : ‘Ce sera facile, c’est ma chanson. Que pourrait-il mal se passer ?’ Et puis, bien sûr, rien ne s’est passé comme prévu… », glisse Paul avec une autodérision typiquement britannique.

Il y a quelque chose de profondément humain dans cet homme, auréolé de gloire depuis plus de soixante ans, qui confesse encore avoir peur en studio. Ce n’est pas un artifice. C’est la marque d’un musicien vrai, qui n’a jamais cessé de chercher à bien faire, à mieux faire.

Une fidélité à l’inspiration sentimentale

Il faut aussi souligner que My Valentine n’est pas un simple exercice de style. C’est une chanson écrite pour Nancy, la femme que Paul a épousée après avoir connu la douleur de perdre Linda. C’est une lettre d’amour en musique, sincère, intime. En confiant ce texte à Barbra Streisand, il ne l’offre pas à n’importe qui. Il la confie à une artiste capable de comprendre, d’habiter chaque mot avec une intelligence émotionnelle rare.

Et c’est peut-être là la clé de cette session bouleversante : deux voix, deux âmes mûries par les pertes, les triomphes, les souvenirs, unies pour transmettre quelque chose d’universel — l’amour durable, celui qui survit au doute, à l’éloignement, aux années.

Un trac précieux

On pourrait sourire à l’idée que McCartney puisse encore avoir peur. Mais cette peur est peut-être son meilleur allié. Elle le garde vivant, curieux, en éveil. Elle le pousse à ne jamais céder à la facilité, à refuser le pilotage automatique. Et elle fait de lui non seulement un monument de l’histoire musicale, mais aussi un homme toujours en chemin.

« Si Barbra veut chanter ma chanson, je dois l’encourager », dit-il simplement. C’est tout McCartney : généreux, exigeant, humble. Et profondément, irrémédiablement, musicien.


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