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L’héritage Lennon à l’encan : Julian expose les trésors intimes d’un père mythique

Publié le 26 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Julian Lennon met aux enchères plus de cinquante objets personnels liés à son père, John Lennon, dans une vente exceptionnelle à New York. Intimes, rares, parfois bouleversants, ces artefacts retracent l’histoire du Beatle avec émotion et sincérité. Une partie des bénéfices ira à sa fondation caritative, faisant de cet événement un acte d’hommage autant qu’un geste de transmission.


New York, Times Square. Le Hard Rock Cafe s’apprête à devenir, le temps de deux journées exceptionnelles, une capsule temporelle pour tous les passionnés de musique. Les 30 et 31 mai 2025, la maison de ventes Julien’s Auctions proposera, sous le titre évocateur de « Music Icons », une collection sans précédent : celle constituée et conservée par Julian Lennon, fils de John Lennon. Plus de cinquante pièces inédites, provenant directement de ses archives personnelles, seront mises en vente. Certaines sont bouleversantes, d’autres spectaculaires, toutes dessinent un portrait sans fard du membre le plus énigmatique des Beatles.

Derrière l’objet, l’histoire. Derrière l’enchère, l’émotion. Et derrière le nom, un fils, devenu à son tour gardien d’un patrimoine culturel et affectif colossal.

Sommaire

L’intimité mise au jour : du Casbah Club à Mind Games

Ce qui frappe d’abord dans The Julian Lennon Collection, c’est la puissance narrative des objets exposés. Loin de simples souvenirs, il s’agit de fragments vivants de l’histoire du rock. L’album Mind Games dédicacé par John Lennon lui-même, une photographie originale de 1961 prise au Casbah Club (berceau du groupe, dirigé par la mère de Pete Best), ou encore les feuilles manuscrites annotées de « Yer Blues », livrent une matière sensible qui dépasse la valeur marchande.

Chaque objet raconte une époque, une métamorphose, un homme en devenir. La photographie du Casbah, par exemple, montre Lennon sur scène bien avant la déferlante Beatlemania. Il y figure en compagnie de Paul McCartney, George Harrison et Pete Shotton, sous le nom encore flou des Quarrymen. À travers ce cliché, c’est le big bang Beatles que l’on entrevoit.

Et plus loin, en tournant les pages du programme de concert de l’Olympia de Paris de 1964, signé par les quatre membres du groupe, c’est la montée en puissance fulgurante de leur notoriété mondiale que l’on ressent. Le fait qu’ils soient co-têtes d’affiche à Cardiff avec Roy Orbison, puis rapidement érigés en stars incontestées, marque un basculement historique. L’Europe, puis le monde, tombait sous le charme.

Une chronique matérielle de l’ascension Beatles

Parmi les lots les plus prisés, l’affichette de concert de New Brighton datée de 1962 est un bijou pour les historiens de la pop britannique. Imprimée sur papier rose, elle mentionne les Beatles comme « artistes enregistrés chez Parlophone », encore auréolés d’un anonymat relatif. Un an plus tard, le même groupe devient tête d’affiche à Cardiff, porté par les cris hystériques des adolescentes et l’euphorie d’une époque toute entière.

Cette dynamique vertigineuse se poursuit avec le programme signé de l’Olympia, pièce rarissime car portant les autographes des quatre musiciens dans leur âge d’or parisien, au moment même où leur renommée franchit les frontières européennes.

Mais la collection ne s’arrête pas à la scène. Elle explore également l’univers domestique et personnel de John Lennon. Le manuscrit griffonné sur papier à en-tête de Bag Productions, dans lequel Lennon peste avec humour contre ceux qui contournent son assistante pour le joindre directement, en est un exemple saisissant. Une note improvisée, une colère légère, un ton direct – c’est Lennon tout craché.

Des reliques aux émotions : le poids du symbolique

Difficile de ne pas s’émouvoir devant la photo de John Lennon tenant un panda géant – prise en 1965 par Robert Freeman – ou encore devant les cellules d’animation de Yellow Submarine, issues de la séquence « Sea of Time ». Ces pièces nous rappellent que Lennon était aussi un personnage de légende dans l’univers visuel des années 1960, une époque où la pop se voulait totale, immersive, onirique.

Plus encore, les paroles manuscrites de “Yer Blues”, avec leurs annotations poignantes — notamment la substitution de “so insecure now” par “suicidal” — révèlent l’état intérieur de Lennon au moment de la composition. Écrites durant la fameuse retraite en Inde, ces lignes sont autant de fenêtres ouvertes sur un cœur inquiet et une âme lucide, tiraillée entre spiritualité et désespoir.

Le disque d’or de “Hey Jude”, single emblématique de 1968, boucle symboliquement cette collection. Dédié à Julian Lennon dans un contexte familial douloureux — le divorce entre John et Cynthia — ce morceau, composé par Paul McCartney, incarne le lien émotionnel fort entre la musique des Beatles et les réalités intimes de leurs existences.

Julian, passeur de mémoire et philanthrope engagé

Julian Lennon n’est pas qu’un dépositaire passif. À travers cette collection, il devient acteur d’une transmission maîtrisée, évitant les pièges de la marchandisation outrancière. Une partie des bénéfices de la vente sera reversée à sa fondation, The White Feather Foundation, consacrée à des causes humanitaires et environnementales. Ce geste inscrit l’événement dans une éthique de mémoire vivante, au service du bien commun.

Ce choix n’est pas anodin. Le nom même de la fondation, plume blanche, renvoie à une anecdote entre père et fils : John aurait dit à Julian qu’après sa mort, il lui enverrait un signe — une plume blanche. En transformant ce symbole en moteur d’action, Julian perpétue le message pacifiste de son père tout en le réinscrivant dans le présent.

Une vente, une veillée, un acte d’amour

Plus qu’une vente aux enchères, The Julian Lennon Collection s’apparente à une veillée mémorielle partagée. Chaque objet y est porteur d’une histoire, chaque enchère un acte d’adhésion à un mythe toujours vivant. La salle du Hard Rock Cafe deviendra, l’espace de deux jours, une cathédrale laïque du rock, où se croiseront collectionneurs, fans et curieux, tous venus effleurer une époque désormais sacrée.

Et si les enchères s’envolent – ce qui ne fait guère de doute – c’est aussi parce que ces artefacts incarnent quelque chose de rare à notre époque : la densité du vécu, la présence tangible de l’authenticité dans un monde saturé d’images clonées.

Comme le dit si bien Julian Lennon : « Ces objets ne sont pas que des souvenirs, ils sont les témoins de ce que nous avons traversé. De ce que nous étions. Et de ce que nous pouvons encore être. »


Rendez-vous les 30 et 31 mai 2025 à New York, pour découvrir, ressentir et, peut-être, acquérir un morceau de l’étoffe dont sont faits les rêves.


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