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It’s Real : Une Mélodie Silencieuse et Poignante de John Lennon

Publié le 26 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Dans l’univers foisonnant de la musique, certains morceaux, même les plus brefs, se révèlent être d’une profondeur inattendue. Parmi ces pépites oubliées ou méconnues, « It’s Real » de John Lennon occupe une place singulière. Ce titre de moins d’une minute, qui clôture aussi bien la John Lennon Anthology que l’album Acoustic, est tout sauf ordinaire. Sans paroles, il incarne pourtant à sa manière l’âme de Lennon, un mélange de spontanéité, de mélancolie et d’intimité brute. Dans cet article, nous explorerons non seulement l’histoire derrière cette pièce singulière, mais aussi la manière dont elle résonne dans le parcours artistique de John Lennon.

Sommaire

Une Naissance Privée à New York : 1979

L’histoire d’« It’s Real » commence à la fin des années 70, alors que John Lennon est dans une période de retrait relative de la scène musicale. Après avoir pris une pause pour se consacrer à sa famille, Lennon vit désormais dans l’iconique immeuble Dakota à New York, aux côtés de Yoko Ono. C’est dans cette atmosphère intime, empreinte de quiétude mais aussi de tension, que ce morceau voit le jour. En 1979, Lennon, fidèle à ses habitudes créatives, commence à expérimenter à la maison, capturant ses idées musicales sur des cassettes. C’est dans cette ambiance de création maison que naît ce morceau si particulier.

Enregistrée de manière informelle, sur une cassette, « It’s Real » ne ressemble en rien à un produit poli et peaufiné. La performance se fait à l’acoustique, sans prétention, un simple enregistrement brut. Ce choix de Lennon, à l’image de sa carrière, nous invite à entendre la musique dans sa forme la plus pure, sans artifices. Ce n’est pas un morceau destiné à un grand public, mais plutôt un témoignage personnel d’un artiste qui explore son propre univers.

Un Mélange de Simplicité et de Profondeur

Bien que le morceau soit dépourvu de paroles, il raconte une histoire. Une histoire qui se tisse à travers le sifflement de Lennon, la douce mélodie qu’il joue à la guitare acoustique et la voix de Yoko Ono, en arrière-plan. Dans les derniers instants du morceau, on entend Yoko Ono parler, comme une conversation entre elle et Lennon, un moment de complicité simple mais plein de tendresse. On y perçoit Lennon lui dire : « It’s over there, on the chest of drawers » (« C’est là-bas, sur la commode »). Cette simple interaction rappelle que, malgré son statut de légende, Lennon était avant tout un homme ordinaire, vivant des moments d’intimité dans son foyer new-yorkais.

L’absence de mots et la longueur très courte de la chanson – un peu plus d’une minute – en font une œuvre sans prétention. Cependant, il serait réducteur de la considérer comme une simple curiosité. Le sifflement, accompagné des accords de guitare acoustique, semble matérialiser la recherche d’une forme de vérité, d’une « réalité » musicale brute et instinctive. Ce n’est pas un morceau qui cherche à émouvoir de manière évidente, mais plutôt une œuvre qui capte l’instant, telle une photographie sonore.

La Sélection pour la John Lennon Anthology

Le morceau « It’s Real » a été inclus dans la John Lennon Anthology, un coffret historique qui sort en novembre 1998, presque 20 ans après la mort de Lennon. Ce projet ambitieux, qui regroupe des démos, des prises inédites et des morceaux jamais publiés, est une sorte de rétrospective de l’œuvre de l’artiste. Lors de la sélection de ce morceau, Yoko Ono et l’ingénieur du son Rob Stevens ont dû faire des choix difficiles. Pourquoi avoir choisi ce morceau d’à peine une minute pour figurer dans une anthologie aussi monumentale ?

La réponse réside peut-être dans l’authenticité de la chanson. « It’s Real » illustre l’artiste à son plus pur, au moment où il se permet de ne rien cacher, de laisser la musique parler sans le besoin de recourir à des artifices. Ce choix reflète la volonté de Yoko Ono de montrer non seulement la grandeur de Lennon en tant qu’artiste, mais aussi sa fragilité et son côté humain. Cette inclusion montre également que Lennon n’était pas uniquement un compositeur de chansons à succès, mais un créateur en constante évolution, qui expérimentait sans cesse, même dans des moments apparemment anodins.

Une Expérience Sonore : L’Acoustic Collection

Quelques années après la sortie de la John Lennon Anthology, la même chanson figure dans l’album Acoustic. Cette version, bien que similaire à l’originale, porte la production exclusive de Yoko Ono, qui semble donner une touche supplémentaire à cette œuvre. L’album Acoustic est une compilation de morceaux de Lennon qui, comme son titre l’indique, sont dans leur forme la plus épurée, souvent juste des guitares acoustiques et des voix. En choisissant d’inclure « It’s Real » dans cette collection, Ono parvient à accentuer l’aspect intimiste de la chanson, la rendant encore plus personnelle, comme si l’on était convié à un moment très privé de la vie de Lennon et Ono.

Cela fait écho à la manière dont Lennon lui-même abordait la musique. Pour lui, les frontières entre l’art et la vie quotidienne étaient floues. Ses créations n’étaient pas seulement destinées à un public large, mais aussi à lui-même, comme un moyen d’exprimer ce qu’il vivait, ressentait et expérimentait à chaque instant. « It’s Real » en est l’exemple parfait : une œuvre d’une simplicité trompeuse, mais qui, dans sa fragilité et son absence de prétention, parle plus fort que bien des compositions élaborées.

L’Intimité des Enregistrements Maison

Le fait que « It’s Real » ait été enregistré à la maison, sans le recours à un studio professionnel, est une dimension importante à souligner. Ce type d’enregistrement, presque fait à l’improviste, témoigne de l’époque de Lennon avant sa réintégration dans le monde de la musique après sa pause familiale. C’était une période où Lennon, tout en étant loin des projecteurs, continuait de créer pour son plaisir personnel, sans le regard du public ni la pression des attentes.

Cette approche plus intime et détendue contraste avec les enregistrements plus produits de sa carrière précédente. Pourtant, ces moments de tranquillité personnelle et de recherche créative sont loin d’être dénués de valeur. Au contraire, « It’s Real » démontre une autre facette de Lennon : celle de l’artiste qui, même loin du monde de la scène et des studios, continue de vibrer au rythme de ses créations.

La Légèreté Apparente, la Profondeur Cachée

Si « It’s Real » peut paraître, à première vue, comme un enregistrement anecdotique, il faut aller au-delà de sa simplicité pour en comprendre la profondeur. Dans cette petite mélodie sans paroles, on retrouve toute la complexité de la personnalité de John Lennon. Ce n’est pas juste un sifflement ou une simple improvisation ; c’est un instantané de son quotidien, une œuvre qui capte l’essence même de son être à ce moment précis.

Ce morceau, bien que discret, porte en lui une grande richesse émotionnelle. La voix de Yoko Ono, même fugitive, ajoute une dimension supplémentaire à la composition, suggérant un échange intime entre deux êtres liés par l’amour et l’art. Leur complicité, palpable dans cet enregistrement, fait de « It’s Real » bien plus qu’un simple morceau instrumental ; c’est une fenêtre ouverte sur leur univers.

Héritage et Signification

Au-delà de l’anecdote sonore, « It’s Real » reste un symbole de l’approche de Lennon envers la musique. Contrairement à beaucoup d’artistes, qui se sentent souvent contraints de créer des chansons complètes et finalisées, Lennon montre ici qu’un simple moment, une esquisse, peut avoir toute la profondeur nécessaire pour toucher ceux qui savent l’écouter. Dans sa forme la plus brute, sans artifice ni filtre, la musique de Lennon transcende les conventions et nous invite à une forme de vérité sonore.

En 1998, quand la John Lennon Anthology sort, les fans et les nouveaux auditeurs redécouvrent cette pièce rare. Pourtant, « It’s Real » est loin d’être une simple curiosité : c’est une invitation à apprécier la musique dans sa forme la plus pure et authentique. Un retour aux sources, une célébration de la créativité spontanée de John Lennon, qui continue de résonner dans nos oreilles, des décennies après sa naissance.

Dans le silence de « It’s Real », Lennon nous rappelle que parfois, les choses les plus réelles sont celles que l’on ne dit pas, celles que l’on ressent profondément, sans avoir besoin de les exprimer avec des mots. C’est une leçon intemporelle sur l’art de capturer l’essence de la vie, simplement, sincèrement, sans fard.


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