Magazine Culture

Bob Dylan et Neil Young : les deux phares musicaux de Paul McCartney

Publié le 27 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Dans le panthéon des musiciens du XXe siècle, rares sont ceux dont la parole pèse autant que celle de Paul McCartney. Membre fondateur des Beatles, mélodiste prodige, artisan infatigable de la pop moderne, Sir Paul incarne depuis plus de soixante ans l’essence même de la créativité musicale. Et lorsqu’un tel géant s’exprime sur ceux qui l’inspirent, ceux qui font toujours partie de la liste, ses mots ont une résonance toute particulière.

Ainsi, quand McCartney évoque Bob Dylan et Neil Young comme les deux musiciens qui l’impressionnent inlassablement, il ne s’agit pas d’un hommage convenu ni d’un clin d’œil poli. C’est une confession sincère, presque émue, d’un homme qui, malgré son statut quasi olympien, continue d’être ému, interrogé, et parfois même intimidé par d’autres artistes. Deux noms, deux figures tutélaires, deux voix d’Amérique qui, aux yeux de McCartney, brillent d’un éclat inaltérable.

Sommaire

L’influence fondatrice de Bob Dylan : entre admiration et vertige

L’histoire d’amour entre les Beatles et Bob Dylan commence dès les premiers soubresauts de la Beatlemania. En 1964, alors que les quatre garçons de Liverpool règnent sur les charts, ils découvrent la poésie de Dylan, sa voix râpeuse, sa guitare épurée. Et surtout, ses textes. Pour McCartney, c’est une révélation. Le songwriting peut être autre chose que des romances adolescentes ou des refrains enjôleurs. Il peut être porteur de sens, d’images, d’ambiguïtés.

L’impact est immédiat : dès Help! et surtout Rubber Soul (1965), l’influence de Dylan transparaît dans les compositions de Lennon et McCartney. Les paroles deviennent plus introspectives, plus littéraires, plus audacieuses. La chanson pop s’en trouve métamorphosée.

Mais au-delà de l’inspiration artistique, il y a, pour McCartney, une fascination humaine. Lorsqu’il parle de Dylan aujourd’hui, il ne cache ni son trouble ni son admiration : « Bob Dylan me rend toujours nerveux. Je me dis : “Mon Dieu, que vais-je lui dire ?” » confiait-il récemment au magazine Uncut. On y sent l’adolescent de Liverpool qui n’en revient toujours pas de côtoyer une telle légende.

Dylan est pour lui ce que peu d’artistes sont devenus à ses yeux : une énigme. « Parfois, je souhaiterais être un peu plus comme Bob. Il est légendaire… et il s’en fiche complètement ! Moi, je ne suis pas comme ça. » Cette remarque en dit long : McCartney, souvent perçu comme plus consensuel, plus diplomate, admire chez Dylan cette radicalité tranquille, ce mépris des conventions, cette capacité à suivre son propre chemin, même au risque de perdre son public.

Neil Young : le frère de son époque

Si Dylan est la figure de l’aîné lointain, presque totemique, Neil Young représente une autre forme de lien : celui d’un contemporain d’âme. Né en 1945, Young appartient à la même génération que McCartney, celle qui a vu le rock naître, exploser, se diversifier. Comme lui, il a traversé les modes, survécu aux excès, résisté à la fossilisation.

McCartney ne cache pas son attachement profond à l’homme à la voix éraillée et à la guitare râpeuse : « Les gens me demandent souvent de qui je suis fan. Bob Dylan et Neil Young sont toujours sur la liste. » Cette formulation, apparemment simple, témoigne d’une fidélité inaltérée. Au-delà des modes, des décennies, des styles, Neil Young reste pour lui un repère.

Et ce respect est mutuel. Young, de son côté, a toujours reconnu ce que les Beatles — et McCartney en particulier — ont représenté dans sa trajectoire. « La première chanson que j’ai chantée en public, c’était It Won’t Be Long », se souvenait-il, évoquant ce moment fondateur dans la cafétéria de son lycée à Winnipeg. Plus tard, Young et McCartney partageront la scène à plusieurs reprises, dans des concerts caritatifs ou des hommages mémorables. Deux légendes, deux survivants, deux esprits libres.

Une fidélité artistique et humaine

Ce qui rapproche McCartney de Dylan et Young, au-delà des styles et des carrières respectives, c’est sans doute une certaine éthique artistique. Tous trois ont su résister à l’érosion du temps sans jamais céder à la facilité. Tous ont préféré décevoir leur public plutôt que de trahir leur propre vision. Dylan, avec ses revirements constants — du folk au rock, de l’évangélisme au crooner — a toujours défié les attentes. Young, quant à lui, a jonglé entre rage électrique et ballades acoustiques, refusant de se figer dans une quelconque image.

McCartney, bien que perçu comme plus « classique », partage cette exigence de sincérité. Si ses disques post-Beatles sont parfois inégaux, c’est aussi parce qu’il ne cherche jamais à reproduire un succès passé. Il explore, il tente, il doute. Et c’est sans doute ce doute-là qui le rend si sensible à l’œuvre de Dylan et de Young : ce sont, comme lui, des artistes qui cherchent, toujours, coûte que coûte.

Trois voix pour une génération

L’histoire de la musique populaire est souvent racontée à travers des confrontations : Lennon contre McCartney, Dylan contre les Beatles, Young contre le système. Mais il est plus juste d’y lire des dialogues. En choisissant de mettre Bob Dylan et Neil Young toujours sur sa liste, Paul McCartney ne se place pas au-dessus, mais aux côtés. Il reconnaît en eux des compagnons de route, des voix complémentaires, des consciences artistiques.

Et ce choix dit beaucoup de l’homme. Car s’il avait voulu faire un choix attendu, consensuel, il aurait pu citer les Stones, les Beach Boys, ou d’autres figures pop. Non. McCartney opte pour deux artistes farouches, rugueux, parfois insaisissables. Deux songwriters pour qui la musique est d’abord un acte intérieur.

Un triangle d’influence éternel

Ainsi se dessine un triangle d’influence unique : Dylan, le prophète ténébreux ; Young, le poète électrique ; McCartney, le mélodiste solaire. Trois façons d’habiter le monde, de le chanter, de le transformer. Trois voix qui, depuis plus de soixante ans, tracent un sillon parallèle, parfois convergent, toujours inspirant.

Et dans un monde où les classements sont légion, où l’on hiérarchise à outrance, il est précieux de savoir que, pour Paul McCartney, la grandeur réside d’abord dans la fidélité au cœur, à l’émotion. Dylan et Young « sont toujours sur la liste » : voilà peut-être la plus belle des consécrations.

Parce qu’au fond, ce que McCartney nous dit, c’est que certaines musiques ne passent pas. Elles restent, fidèles, vibrantes, éternelles.


Retour à La Une de Logo Paperblog