Rick Derringer, guitariste virtuose et caméléon du rock américain, s’est éteint à 77 ans. De Hang On Sloopy aux tournées avec Ringo Starr, il a traversé six décennies musicales, en laissant une empreinte unique mêlant rock, blues, pop et culture populaire. Collaborateur des Winter, de Steely Dan et de la WWF, il fut aussi un membre marquant du All-Starr Band, reliant les sphères du rock américain et britannique avec brio.
27 mai 2025. Le monde du rock vient de perdre l’un de ses artisans les plus prolifiques et caméléoniques. Rick Derringer, de son vrai nom Richard Dean Zehringer, est décédé à l’âge de 77 ans. Guitariste virtuose, chanteur, producteur et compositeur, il avait traversé six décennies de musique en incarnant tour à tour le héros du garage rock, le compagnon des Winter, le faiseur de tubes pop, et le héros involontaire de la lutte libre américaine. Mais c’est aussi comme membre du All-Starr Band de Ringo Starr qu’il avait scellé son lien avec la légende des Beatles.
Sommaire
- De l’Ohio à la gloire : les années McCoys
- Virtuose tous terrains : des frères Winter à Steely Dan
- Producteur audacieux et icône pop-culturelle
- Trois tournées mondiales avec Ringo Starr : le sceau de la légende
- Une empreinte éclectique et indélébile
De l’Ohio à la gloire : les années McCoys
Né à Celina, Ohio, le 5 août 1947, Rick Derringer grandit dans un environnement musical. Il est encore enfant lorsqu’il prend une guitare pour la première fois, inspiré par son oncle, Jim Thornburg, musicien local. Avec son frère Randy, il fonde les McCoys, qui connaissent un succès fulgurant en 1965 grâce à Hang On Sloopy, tube numéro un du Billboard Hot 100 qui défiera même les Beatles sur le podium. Ce titre, devenu hymne officieux de l’Ohio, demeure encore aujourd’hui indissociable des stades universitaires et des réminiscences d’une époque d’insouciance amplifiée.
Virtuose tous terrains : des frères Winter à Steely Dan
Les années 1970 voient Derringer prendre un virage décisif. Intégré au sein de Johnny Winter And puis du Edgar Winter Group, il devient une figure centrale du blues-rock américain. Il y signe non seulement des solos flamboyants, mais aussi une production rigoureuse qui mènera Frankenstein et Free Ride au sommet. En 1973, il sort son premier album solo, All American Boy, dominé par le rugissant « Rock and Roll, Hoochie Koo ». Ce titre devint son empreinte sonore, sa carte de visite à jamais associée à la culture rock américaine.
Collaborateur des plus grands, Rick Derringer inscrit aussi sa signature sur des morceaux de Steely Dan (Show Biz Kids, Chain Lightning), de Cyndi Lauper, de Bonnie Tyler ou encore de Barbra Streisand. Il joue même pour Kiss et Donald Fagen. Son jeu de guitare, expressif sans jamais être tapageur, faisait de lui un musicien convoqué pour sa polyvalence et son sens du style.
Producteur audacieux et icône pop-culturelle
Les années 1980 et 1990 l’établissent aussi comme un producteur à succès. Il façonne le son des albums parodiques de « Weird Al » Yankovic, dont il produit les tubes à Grammy Eat It et Fat. Il compose également pour la World Wrestling Federation, signant le morceau Real American, hymne de Hulk Hogan devenu par la suite un standard politique américain, utilisé jusqu’à la Maison Blanche.
Si son engagement politique et religieux à partir des années 2000 déroute certains de ses fans de la première heure, il n’en demeure pas moins actif, publiant de nombreux albums de blues, de jazz ou de rock chrétien avec sa famille sous le nom The Derringers.
Trois tournées mondiales avec Ringo Starr : le sceau de la légende
L’un des chapitres les plus emblématiques de la carrière de Rick Derringer est sans conteste son intégration au sein du All-Starr Band de Ringo Starr. C’est en 2010 que l’ancien Beatle l’invite à rejoindre son groupe rotatif de stars. Avec Edgar Winter, Wally Palmar, Gary Wright, Richard Page et Gregg Bissonette, Derringer embarque pour une série de tournées mondiales qui les mènent en Europe, en Russie, en Amérique du Sud, au Mexique et à travers les États-Unis.
Sur scène, Rick interprète non seulement ses propres tubes, mais assure aussi le backing de l’ex-Beatle, partageant la lumière sans jamais l’éclipser. Sa présence au côté de Ringo Starr n’est pas seulement musicale, elle est symbolique : une passerelle entre l’énergie brute du rock américain et l’inventivité pop britannique, entre l’école des bars de l’Ohio et les studios d’Abbey Road.
Ce compagnonnage musical avec Ringo confère à Rick Derringer un statut particulier : celui d’avoir franchi les cercles les plus fermés du panthéon rock, non pas par posture, mais par talent pur. Pour beaucoup, il restera celui qui, guitare en main, a pu croiser le regard complice d’un Beatle sur scène, sans jamais se départir de son humilité d’origine.
Une empreinte éclectique et indélébile
Rick Derringer laisse derrière lui une discographie foisonnante : plus d’une vingtaine d’albums solo, des collaborations détonantes, des apparitions sur les bandes originales de films (Bachelor Party, Dazed and Confused), et des incursions même dans le rock asiatique sous le pseudonyme Ricky Wu. Il n’a jamais cessé d’enregistrer, de tourner, de transmettre.
Sa contribution à l’histoire du rock est immense, et pourtant, Rick Derringer a souvent été le héros discret. Un homme de l’ombre qui savait s’avancer au premier plan le temps d’un solo de guitare flamboyant, avant de retourner à ses prémices, à son instrument, à l’essentiel.
Alors que les fans du monde entier rendent hommage à cette figure polymorphe, les mots de Rock and Roll, Hoochie Koo résonnent aujourd’hui comme une épitaphe idéale : « Lordy mama, light my fuse ». Oui, Rick. Tu as mis le feu. Et ce feu ne s’éteindra pas.
