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Zak Starkey, l’héritier du beat, écarté du retour d’Oasis : chronique d’un dépit assumé

Publié le 27 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Zak Starkey, fils de Ringo Starr et ancien batteur d’Oasis, exprime publiquement sa déception de ne pas être inclus dans la tournée de reformation du groupe en 2025. Malgré son rôle clé durant les années 2000, il est laissé de côté au profit d’autres musiciens. Son témoignage émouvant sur la BBC révèle l’ombre persistante des conflits et met en lumière le parcours singulier d’un musicien trop souvent éclipsé par son illustre héritage.


Sur le plateau de BBC Breakfast, Zak Starkey, batteur au pedigree incomparable et fils de Ringo Starr, n’a pas masqué sa déception : il ne participera pas à la réunion tant attendue d’Oasis. Une confession qui révèle les tensions persistantes sous la surface d’un retour que le monde du rock espérait depuis plus d’une décennie.

Sommaire

Retour en scène d’un mythe mancunien

La reformation d’Oasis, annoncée pour juillet 2025, constitue l’événement musical majeur de l’année au Royaume-Uni. Prévue pour débuter à Cardiff avant une série de cinq concerts à Heaton Park, à Manchester, cette tournée marque les retrouvailles scéniques entre les frères Liam et Noel Gallagher, douze ans après leur douloureuse séparation en 2009. Si cette réunion semble porter la promesse d’un retour aux sources, l’absence de Zak Starkey parmi les musiciens enflamme déjà les débats parmi les puristes.

Zak Starkey, batteur de l’ombre d’un Oasis tardif

Membre d’Oasis entre 2004 et leur scission, Zak Starkey n’a jamais officiellement intégré le line-up permanent du groupe. Il fut pourtant le moteur rythmique de l’époque Don’t Believe the Truth (2005) et Dig Out Your Soul (2008), albums salués pour avoir insufflé un second souffle à un groupe alors en perte de vitesse. En studio comme en tournée, son jeu habile, à la fois puissamment cadencé et flegmatiquement britannique, avait su rappeler les grandes heures du rock psychédélique britannique tout en modernisant la texture sonore d’Oasis.

Sur la BBC, Starkey n’a pas feint l’émotion. Interrogé sur sa non-participation, il répond avec une franchise désarmante : « J’ai envoyé un texto : ‘Pourquoi je ne suis pas dedans ?’ ». Une question rhétorique qui en dit long sur l’amertume contenue. S’il semble aujourd’hui résigné, il n’en demeure pas moins blessé : « Ils se sont habitués à d’autres musiciens, probablement. J’ai accepté. »

Une frénésie autour de la réunion

L’annonce de la reformation d’Oasis a provoqué un véritable raz-de-marée dans le paysage musical britannique. Les billets pour Heaton Park se sont écoulés en quelques minutes. Pourtant, les conditions de cette réunion demeurent floues. Andy Bell, bassiste historique de la dernière phase d’Oasis, a confirmé sa participation. Mais aucun mot n’a filtré quant à la composition complète du nouveau line-up, laissant planer un mystère que l’absence de Zak Starkey ne fait qué attiser.

Un passé glorieux et une filiation mythique

Le cas Starkey ne peut se résumer à une simple exclusion d’un projet. Il s’agit aussi d’un moment charnière dans la carrière d’un musicien souvent réduit au rôle d’héritier. Fils de Ringo Starr, batteur des Beatles, Zak n’a jamais exploité son nom comme un passe-droit. Même son père, qui lui avait offert ses premières baguettes, refusait de lui donner des leçons, par crainte d’imposer une voie. C’est Keith Moon, excentrique batteur des Who et proche de la famille, qui l’encouragea, avant sa disparition tragique en 1978.

Dès 1996, Starkey devient le batteur attitré des Who, poste qu’il occupe encore aujourd’hui, malgré des turbulences récentes. Il participe à la résurrection live du groupe, apportant une énergie nouvelle sans jamais chercher à imiter Moon. Chez Oasis, il apporte cette même rigueur rythmique, doublée d’un feeling organique qui contraste avec les batteurs précédents du groupe.

Mantra of the Cosmos : un refuge créatif

C’est aujourd’hui au sein de Mantra of the Cosmos que Starkey exprime sa créativité. Ce supergroupe improbable rassemble Bez (Happy Mondays), Shaun Ryder (Happy Mondays, Black Grape), et Andy Bell. Leur premier single, Domino Bones, résulte directement d’une démo écrite par Noel Gallagher. Une ironie notable : le frère honni de Liam continue d’influencer Starkey en coulisses, bien qu’il ne l’ait pas inclus dans la reformation d’Oasis.

« J’ai été soufflé. Noel m’a envoyé la chanson. C’est le plus grand compositeur de ma génération », affirme Zak, qui ne cache pas son admiration pour l’aîné des Gallagher. Et d’ajouter : « Liam est le plus grand chanteur rock’n’roll de ma génération ». Une déclaration sans ambiguïté, qui souligne une loyauté artistique persistante, en dépit des dissensions personnelles.

L’incident au Royal Albert Hall : un nuage sur les Who

Dans le même entretien, Zak Starkey est revenu sur les rumeurs de son licenciement du groupe The Who, à la suite d’un concert chaotique au Royal Albert Hall. Il explique avoir proposé d’interpréter The Song is Over, pièce emblématique de Who’s Next, jamais jouée en live auparavant. Mais l’expérience tourne court : quatre mesures de décalage, un problème de monitoring et une tension palpable entre les membres.

« Ils ont blâmé les batteries, mais ce sont des batteries électroniques. Sans mon retour in-ear, on n’entend rien. » Loin de se poser en victime, Starkey relate l’affaire avec lucidité : d’abord écarté, puis réintégré brièvement, avant d’être « mis à la retraite » pour cause de disponibilités supposées. « Mais je n’ai rien à faire ! La moitié de mon groupe est dans Oasis, l’autre chez les Happy Mondays. Je suis totalement libre. »

Entre fierté blessée et reconnaissance intacte

Le ton est à la fois amer et dignement retenu. Zak Starkey n’accable personne, mais laisse deviner un sentiment d’abandon artistique. D’avoir été, sinon oublié, du moins laissé de côté. Pourtant, son rôle dans l’histoire récente du rock britannique est indéniable. Il fut la passerelle entre deux mondes : celui des années 60 dont il est issu par le sang, et celui des années 2000 qu’il a contribué à structurer, silencieusement.

Dans l’imaginaire collectif, Oasis reste associé à Alan White, batteur des grandes années Britpop. Mais pour les connaisseurs, le groove musclé et nuancé de Zak sur Lyla ou The Shock of the Lightning demeure une évidence. Son éviction du projet actuel ressemble à une page qu’on tourne un peu trop vite.

L’ombre des pères, le poids des légendes

Il y a aussi, en filigrane, cette inévitable comparaison entre Ringo Starr et Zak Starkey. Le premier, discret mais fondamental, a posé les bases d’une batterie pop moderne. Le second, plus aventureux, a dû se construire à l’ombre d’une icône. Leur ressemblance physique, leur geste mesuré, leur sens de la retenue musicale les rapprochent. Mais Zak a toujours voulu éviter le mimétisme. Il a cherché, parfois au prix de l’invisibilité, à tracer sa propre route.

Il est ironique qu’au moment où les Beatles renaissent sous forme numérique avec Now and Then, Oasis se reforme sans l’homme qui, peut-être, incarne le mieux cette filiation spirituelle. Comme si l’histoire rock s’acharnait à détacher les fils trop visibles entre les époques.

Une histoire qui continue d’évoluer

Zak Starkey n’en a pas fini avec la musique. Sa carrière, faite de zigzags brillants, d’intégrations et d’exclusions, continue de dessiner un parcours unique dans le paysage du rock. S’il n’est pas sur scène à Heaton Park cet été, il n’en restera pas moins dans les esprits. Comme un métronome invisible, celui qui aurait pu, une fois encore, remettre en mouvement la machine Oasis. Mais l’histoire, parfois, choisit d’autres batteurs.


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