En 1980, George Harrison était à un tournant de sa carrière solo. Alors que la musique populaire était envahie par des sons électroniques et des productions ultra-commerciales, l’ancien Beatle restait fidèle à sa vision artistique. Pourtant, il allait se heurter à un obstacle de taille : le refus de sa maison de disques de publier son neuvième album studio, Somewhere in England, dans sa version originale. Parmi les victimes de cette censure commerciale figurait un titre méconnu mais profondément représentatif de la spiritualité de Harrison : Sat Singing.
Sommaire
- Une chanson rejetée mais pas oubliée
- Une référence à la quête spirituelle
- Une sortie tardive et confidentielle
- Un témoignage intemporel de l’âme de Harrison
Une chanson rejetée mais pas oubliée
Sat Singing était l’une des quatre chansons écartées de la première version de Somewhere in England, aux côtés de Flying Hour, Tears of the World et Lay His Head. L’album original, enregistré entre mars et octobre 1980, fut jugé trop peu commercial par Warner Bros. Records. Ce fut la première fois qu’un album d’un ex-Beatle était rejeté par une maison de disques.
Ce refus ne fut pas une simple question de goût. L’industrie musicale était alors en pleine mutation, marquée par la montée en puissance des synthétiseurs et de la new wave. Des groupes comme Soft Cell et Depeche Mode imposaient une nouvelle esthétique, diamétralement opposée à celle de Harrison. Comme le déclara plus tard Dave Mattacks, batteur et proche collaborateur du musicien :
« Il se sentait mis de côté par tout ce qui se passait. C’était la montée des machines, un véritable changement de paradigme dans la musique populaire. Il était triste de voir tout cela et se demandait : ‘Que suis-je en train de faire ? Je ne me sens plus partie prenante de cette musique contemporaine’. »
Sat Singing, dans ce contexte, apparaît comme un véritable manifeste spirituel, une chanson en rupture avec la superficialité du moment.
Une référence à la quête spirituelle
Le titre de la chanson n’est pas anodin. Sat Singing fait référence au terme sanskrit sat-sang, qui signifie « temps passé en compagnie de la vérité suprême », souvent en présence d’un guru ou dans un contexte de méditation spirituelle. Depuis son pèlerinage en Inde en 1966, Harrison s’était totalement investi dans la philosophie hindoue et la pratique du Krishnaïsme. Cette influence transparaîtait déjà dans des morceaux tels que My Sweet Lord ou Living in the Material World.
Musicalement, Sat Singing reflète cette quête de transcendance. Son atmosphère apaisante, soutenue par la guitare acoustique de Harrison et les arrangements subtils de Ray Cooper aux percussions, plonge l’auditeur dans un état contemplatif. La voix de Harrison, douce et mélancolique, traduit une forme d’apaisement intérieur, à l’opposé des tensions de l’industrie musicale qui le rejette.
Une sortie tardive et confidentielle
Bien que écarté de Somewhere in England, Sat Singing finit par voir le jour le 15 février 1988. La chanson fut publiée sur un EP accompagnant le livre Songs by George Harrison, édité à seulement 2 500 exemplaires par Genesis Publications. Cet EP contenait également Lay His Head, un enregistrement live de For You Blue datant de 1974 et Flying Hour.
Ce mode de distribution limité réserva Sat Singing à un cercle restreint de collectionneurs et d’admirateurs dévoués. Il fallut attendre plusieurs années pour que la chanson soit découverte par un public plus large grâce à la circulation de copies pirates et à l’engouement des fans pour les raretés de l’ex-Beatle.
Un témoignage intemporel de l’âme de Harrison
Aujourd’hui encore, Sat Singing reste une pépite méconnue du répertoire de George Harrison. Si elle n’a pas bénéficié de la visibilité qu’elle méritait, elle incarne pourtant l’essence même de l’artiste : un musicien en quête de vérité spirituelle, refusant de se plier aux diktats commerciaux et préférant suivre son propre chemin.
Dans un monde où l’industrie musicale est toujours plus dominée par la production de masse et la standardisation, Sat Singing résonne comme un appel à la sincérité artistique. Une mélodie intemporelle qui rappelle que, même face aux vents contraires, l’authenticité finit toujours par trouver une oreille attentive.
