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Long Lost John : Le retour d’une chanson mythique sous l’empreinte de John Lennon

Publié le 29 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

En 1998, la sortie de John Lennon Anthology a permis de redécouvrir des moments inédits et fascinants du travail de l’artiste, notamment à travers une version jamais entendue auparavant de « Lost John », intitulée « Long Lost John ». Cette chanson, qui trouve ses racines dans le folklore britannique et américain, est l’une des nombreuses pépites enregistrées par Lennon pendant la période de création de John Lennon/Plastic Ono Band en 1970. Une œuvre qui nous plonge dans l’univers de Lennon, son évolution musicale et son hommage à une figure clé de sa jeunesse : Lonnie Donegan.

Sommaire

L’origine de « Lost John » : Lonnie Donegan et la fièvre du skiffle

Avant que John Lennon ne devienne l’icône mondiale que l’on connaît aujourd’hui, il a été marqué par la vague skiffle, qui déferlait sur la scène musicale britannique à la fin des années 1950. Ce genre, mélangeant le folk, le jazz et le blues, a pris son envol grâce à un homme : Lonnie Donegan. En 1956, il enregistra « Lost John », une chanson traditionnelle revisitée à sa manière, qui allait rapidement devenir un hit. Ce morceau se classe deuxième dans les charts britanniques et propulse Donegan au sommet de la scène musicale. Il est devenu l’un des principaux moteurs du phénomène skiffle, qui inspira de nombreux jeunes musiciens en Angleterre, dont un certain John Lennon.

Lennon se souvient de cette époque comme d’une période où, lui et ses amis de Liverpool, se passionnaient pour le rock ‘n’ roll américain, mais où c’est Donegan qui, par son style unique, fit émerger l’amour des guitares et le désir de fonder des groupes de skiffle. Pour Lennon, Lonnie Donegan représentait bien plus qu’un simple artiste. Il incarnait un modèle, un exemple à suivre pour cette génération avide de révolutions sonores.

Dans ses propres mots, Lennon évoque cette époque : « Lonnie a été le premier à obtenir le tant convoité numéro un avec ‘Rock Island Line’. Nous avons étudié ses disques avec attention et avons même repris quelques-uns de ses morceaux. » C’est donc avec un respect et une admiration évidente que Lennon s’attaque à « Lost John », en offrant sa propre version de cette chanson traditionnelle.

L’enregistrement de « Long Lost John » : Un hommage et une réinterprétation

En 1970, lors des séances d’enregistrement de John Lennon/Plastic Ono Band, Lennon reprend « Lost John », mais y apporte sa touche personnelle. C’est ainsi qu’est née « Long Lost John », qui est en réalité une reprise fidèle mais enrichie de l’esprit propre à Lennon, un hommage à la fois sincère et novateur. Ce morceau est enregistré avec son groupe de l’époque, avec Klaus Voormann à la basse et Ringo Starr à la batterie, formant ainsi une configuration musicale typique de l’ère Lennon après les Beatles.

La chanson est capturée pendant un moment où Lennon se trouve à un carrefour de sa carrière. Fraîchement séparé des Beatles, il est en pleine exploration musicale et émotionnelle. La production est simple, brute, et délibérément dépouillée, une caractéristique qui va de pair avec la philosophie minimaliste qu’il développe à travers son travail solo. La version de « Long Lost John » ne cherche pas à reproduire l’exubérance du rock des années 1960. Elle privilégie au contraire un son plus épuré et direct, avec une approche qui laisse la place à l’émotion brute, à l’introspection, tout en restant fidèle à l’énergie du skiffle originel.

Un morceau qui voyage à travers les époques

La réinterprétation de « Lost John » par Lennon n’est pas qu’une simple reprise. Elle témoigne d’une continuité et d’une résonance qui traversent les décennies. La chanson est à la fois un regard nostalgique vers les racines de Lennon et une réflexion sur sa propre évolution artistique. Ce morceau s’inscrit dans une démarche plus large chez Lennon, qui, tout au long de sa carrière solo, a revisité son passé pour mieux se réinventer.

« Long Lost John » n’est d’ailleurs pas un simple clin d’œil au skiffle, il évoque aussi l’évolution des musiques populaires. La manière dont Lennon revisite « Lost John » témoigne de son amour pour les origines du rock, tout en les mêlant à la contemporanéité de son époque. En ajoutant des éléments de son style personnel, comme la simplicité instrumentale et l’utilisation de son acoustique, Lennon parvient à métamorphoser ce classique du folklore en un morceau profondément intime, presque comme une confidence.

L’héritage de Lonnie Donegan dans la musique de Lennon

L’impact de Lonnie Donegan sur Lennon dépasse le simple cadre de cette chanson. Si « Long Lost John » reste l’un des témoignages musicaux les plus directs de l’influence de Donegan sur Lennon, la relation entre les deux artistes ne s’arrête pas là. Donegan a joué un rôle fondamental dans la création du son des Beatles, et par extension, dans l’évolution de Lennon en tant qu’artiste. Son amour pour le blues et le folk, des genres qu’il a toujours mis en avant, fait écho dans le travail de Lennon, notamment dans des morceaux comme « Yer Blues » sur The White Album ou encore « Mother » sur Plastic Ono Band.

Dans une interview donnée plusieurs années plus tard, Paul McCartney, ami de Lennon et témoin privilégié de cette époque, dira : « Lonnie était le premier artiste anglais à obtenir un numéro un avec ‘Rock Island Line’. Nous avons étudié ses disques et avons même repris quelques-uns de ses morceaux. C’est lui qui nous a montré que la musique pouvait être un moyen d’expression personnel, mais aussi un moyen d’unir les gens autour de quelque chose de plus grand. »

Ainsi, « Long Lost John » est bien plus qu’une simple chanson ; c’est un symbole de cette époque où la musique populaire en Angleterre était en pleine mutation, et où Lennon, aux côtés de ses compagnons des Beatles, a ouvert la voie à une nouvelle ère sonore.

L’héritage durable de « Long Lost John » et son influence

Lors de sa sortie dans la John Lennon Anthology en 1998, « Long Lost John » a reçu un accueil mitigé. Mais avec le temps, la chanson a gagné en reconnaissance, non seulement en tant que témoignage de l’âme de Lennon à un moment charnière de sa carrière, mais aussi en tant qu’hommage à la tradition musicale anglaise. Elle rappelle que Lennon n’a jamais cessé de puiser dans ses influences tout en les transformant à sa manière, redéfinissant sans cesse les frontières de la musique rock et de la pop.

Il est fascinant de constater que « Long Lost John » a aussi inspiré d’autres morceaux de Lennon. Par exemple, « Oh Yoko! » sur l’album Imagine (1971) reprend certains éléments de la mélodie et de la structure de « Lost John ». De même, dans « I’m Losing You », un extrait du refrain de « Lost John » fait une apparition surprenante, comme un clin d’œil subtil à cette époque où Lennon se laissait encore porter par les influences de son passé tout en avançant résolument vers son futur.

L’héritage de « Long Lost John », tout comme celui de Lonnie Donegan, ne réside pas seulement dans la chanson elle-même, mais dans ce qu’elle représente : un fil conducteur entre les générations musicales, un point de jonction entre la naissance du rock ‘n’ roll, le skiffle et l’avènement du rock moderne. Et à travers ce morceau, Lennon nous rappelle que, bien au-delà des succès et des récompenses, ce qui compte avant tout, c’est l’amour de la musique et de ses racines.

Lennon a donc su, par ce biais, réconcilier son passé avec ses ambitions musicales futures, tout en rendant hommage à un homme qui, à sa manière, a contribué à façonner la musique de son époque. « Long Lost John » est un hymne à la mémoire, à la musique, et à l’héritage vivant qui traverse les générations. 


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