Après avoir adoré « Où passe l’aiguille », je me devais de replonger un jour dans un roman de Véronique Mougin et j’ai bien fait de choisir celui-ci, où elle réussit une nouvelle fois l’exploit d’aborder la Seconde Guerre mondiale à travers un angle différent.
L’autrice aurait pu, comme tant d’autres, nous conter toute l’horreur de ces massacres à grande échelle qui ont noirci l’une des pages les plus sombres de notre Histoire, mais elle a préféré nous montrer la bonté, à beaucoup plus petite échelle, celle qui mise bout à bout permet de faire des miracles, de sauver des vies et de reprendre fois en l’humanité. Des bonnes âmes qui ont permis à Margrit Stzurmpf de survivre… et à sa petite-fille de nous livrer son histoire.
À l’instar d’un Jean-Claude Grumberg, Véronique Mougin semble détenir l’art de conter la Grande Histoire en dévoilant les détails de la petite. Comme ce marchand parisien refusant de vendre une poire à cette femme n’étant subitement plus « de souche », ouvrant au passage les yeux du lecteur sur la persécution des Juifs qu’il contribue à installer et à conforter, et ceux de Margrit Stzurmpf, qui finira par fuir cette capitale plus vraiment (ou trop) française pour rejoindre un village de gens beaucoup plus justes.
C’est dans ce petit village oublié de Mirabelle, dans la Drôme, que Véronique Mougin nous emmène afin de nous dévoiler toutes ces petites actions de bonté et de solidarité qui ont finalement permis à sa grand-mère de passer entre les mailles du filet tendu par l’occupant nazi et soutenu par de nombreuses mains françaises… mais pas toutes.
De cet inconnu qui fait diversion dans le train à cette secrétaire de mairie qui se mue en faussaire, en passant par un voisin pourtant ronchon ou un médecin clairvoyant, ils seront des dizaines à apporter leur pierre à l’édifice. Au fil des chapitres, l’autrice va zoomer sur chacun de ces petits grains de sable qui ont contribué à enrayer l’effroyable mécanique mise en place par les Allemands, dévoilant au fil des pages une chaîne de solidarité qui réchauffe les cœurs.
Au milieu de ces nombreux petits actes, qui s’avèreront finalement plus héroïques qu’anecdotiques, une voix vient régulièrement entrecouper cet hommage à tous les anonymes qui ont permis de sauver sa grand-mère de la déportation et de la mort : celle de Marguerite elle-même ! Qui d’autre aurait pu se permettre des incursions mêlant tellement d’humour et tant de légèreté à ce récit qui n’a pourtant pas la vocation de l’être, voire interrompre l’autrice en plein milieu de ses témoignages ? C’est son récit finalement et sa petite-fille…
Dans un monde qui tente d’effacer toutes les nuances de gris, cherchant à diviser les gens en deux camps, d’un côté les partisans du blanc, de l’autre ceux du noir, il est bon de voir une autrice s’attaquer à cette période où la stigmatisation et la polarisation atteignaient des sommets que l’on espérait ne plus jamais atteindre, en montrant qu’il n’y avait pas que des collabos et des résistants à l’époque, mais également des petites gens, ceux qui continueront de tendre la main pour sauver les plus vulnérables… ceux sur qui repose sans doute l’espoir de l’humanité. Sans eux, Marguerite serait déjà morte pendant la Seconde Guerre mondiale et pas il y a une dizaine d’années. Grâce à sa petite-fille et à ce roman qui rend un juste hommage à ses sauveurs, elle continuera à vivre à jamais…
À propos d’un village oublié, Véronique Mougin, Flammarion, 208 p., 20€
