Lorsque Brainwashed, le dernier album posthume de George Harrison, est sorti le 18 novembre 2002, il s’est imposé comme un testament poignant à l’artiste et à son génie musical. Parmi les morceaux qui composent cet album, Run So Far occupe une place particulière. Cette chanson, à la fois introspective et émouvante, est un retour vers une composition que Harrison avait initialement offerte à son ami de longue date, Eric Clapton, pour son album Journeyman en 1989. Mais l’histoire de Run So Far ne s’arrête pas là : elle incarne un moment clé du processus créatif de Harrison et illustre parfaitement l’essence de Brainwashed.
Sommaire
- Une chanson née d’une amitié musicale
- Run So Far sur Brainwashed : une vision personnelle
- Un aperçu du processus créatif de Harrison
- Un héritage musical préservé
Une chanson née d’une amitié musicale
George Harrison et Eric Clapton entretenaient une relation aussi amicale que musicale, marquée par de nombreuses collaborations au fil des décennies. En 1989, lorsque Clapton enregistrait son album Journeyman, Harrison lui proposa trois chansons : Cheer Down, That Kind of Woman et Run So Far. Clapton choisit d’inclure Run So Far sur son album, en y ajoutant une troisième strophe absente de la version que l’on retrouvera plus tard sur Brainwashed.
Le titre, empreint d’un sentiment d’éloignement et de mélancolie, s’inscrit dans la veine des compositions de Harrison qui mêlent réflexion spirituelle et introspection. Si la version de Clapton bénéficie de sa voix chaude et de son jeu de guitare légendaire, celle de Harrison, enregistrée bien plus tard, se distingue par une approche plus épurée et intime.
Run So Far sur Brainwashed : une vision personnelle
Lorsque Harrison a décidé d’inclure Run So Far sur Brainwashed, il ne s’agissait pas simplement de réenregistrer une chanson offerte à Clapton une décennie plus tôt. Le morceau trouve ici une place naturelle aux côtés d’autres compositions marquées par une sincérité poignante, notamment Pisces Fish et Brainwashed.
La production du titre a été confiée à Jeff Lynne, fidèle collaborateur de Harrison, et à son fils Dhani Harrison. L’orchestration est minimaliste mais efficace : la voix de Harrison, d’une clarté émouvante, se mêle aux guitares acoustiques et électriques, soutenue par la batterie subtile de Jim Keltner. La présence de Jeff Lynne, qui assure les chœurs et joue de la contrebasse et des claviers, donne une profondeur harmonique au morceau.
Contrairement à la version de Clapton, celle de Harrison se veut plus dépouillée, presque méditative. On ressent un sentiment d’urgence et d’honnêteté brute, caractéristiques de l’ensemble de Brainwashed. C’est un George Harrison conscient de sa propre mortalité qui s’exprime ici, à travers une interprétation qui résonne comme un adieu voilé.
Un aperçu du processus créatif de Harrison
En juin 1999, le journaliste de Billboard, Timothy White, eut l’opportunité de rencontrer George Harrison à Friar Park, sa demeure emblématique. Ce fut une rare occasion d’avoir un aperçu du travail en cours de l’ancien Beatle. Alors que l’entretien était initialement prévu pour promouvoir Yellow Submarine Songtrack, Harrison préféra discuter de ses projets personnels, dont la réédition de son catalogue et la préparation d’un nouvel album qu’il songeait à intituler Portrait Of A Leg End.
Lors de cette rencontre, Harrison évoqua quelques-unes des chansons destinées à ce projet : une reprise de Every Grain of Sand de Bob Dylan, une ballade puissante intitulée Valentine, ainsi que Pisces Fish, Brainwashed et Run So Far. Le musicien fit écouter à son invité une série d’enregistrements, parmi lesquels figurait sa propre version de Run So Far. Timothy White décrivit ce moment comme une révélation : le morceau, réinterprété par Harrison lui-même, s’intégrait parfaitement à l’ensemble des chansons qu’il avait sélectionnées, portant toutes une marque d’authenticité et de profondeur spirituelle.
Un héritage musical préservé
La sortie de Brainwashed en 2002 permit au monde de découvrir les derniers enregistrements de George Harrison, fruit de plusieurs années de travail acharné malgré la maladie qui l’affaiblissait. Run So Far s’intègre dans cet album comme une pièce essentielle du puzzle, un morceau où se croisent l’héritage du passé et la sérénité d’un artiste prêt à laisser derrière lui son ultime message.
L’inclusion de cette chanson dans l’album témoigne du regard rétrospectif de Harrison sur sa carrière et ses amitiés. En reprenant un titre qu’il avait initialement donné à Clapton, il le réappropria d’une manière plus intime, le rendant encore plus personnel. Run So Far devient alors un symbole du cycle de la vie et de la musique, où les chansons, comme les âmes, voyagent et évoluent à travers le temps.
L’héritage de George Harrison continue de résonner bien après sa disparition, et Run So Far en est une preuve éclatante. Par sa sincérité et sa profondeur émotionnelle, cette chanson demeure un témoignage poignant de la sensibilité et du génie intemporel de l’ex-Beatle.
