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Beatles : Julia Baird critique le casting des biopics de Sam Mendes

Publié le 03 juin 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Julia Baird, demi-sœur de John Lennon, critique vivement le casting des biopics Beatles dirigés par Sam Mendes. Elle déplore l’absence d’acteurs de Liverpool et l’omniprésence de visages trop lisses, comme Paul Mescal, jugés éloignés de l’esprit originel du groupe.


Depuis l’annonce ambitieuse du cinéaste Sam Mendes — quatre longs-métrages distincts retraçant la vie de chacun des membres des Beatles, à sortir simultanément en avril 2028 —, l’attente grandit autant que les polémiques. Au cœur de cette effervescence médiatique, une voix s’élève avec la force tranquille de l’intime : Julia Baird, demi-sœur de John Lennon, ne cache pas son irritation. Ce n’est pas le concept qui la dérange, mais bien les visages choisis pour incarner les légendes de Liverpool. Et son constat est sans appel : « Paul Mescal est partout ».

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Une fratrie à l’écart, mais toujours concernée

Julia Baird n’a jamais été simple spectatrice du mythe Beatles. Demi-sœur de John Lennon par leur mère Julia, elle a vécu de près les débuts du jeune musicien sur les bancs du collège de Liverpool, puis son ascension fulgurante. Si elle ne détient aucun droit officiel sur l’héritage de son frère — le contrôle de l’œuvre de Lennon étant entre les mains de Yoko Ono et du fils de celle-ci, Sean Lennon —, Baird n’a jamais cessé d’être une mémoire vivante de la genèse du groupe, une voix discrète mais puissante de l’histoire beatleienne.

Ce n’est donc pas étonnant que l’annonce du casting des films de Sam Mendes ait suscité chez elle des réactions aussi vives. À travers les colonnes du Mail Online, elle exprime son amertume, sa perplexité et, plus que tout, son attachement viscéral à Liverpool, cette matrice culturelle et linguistique que Mendes semble, selon elle, négliger.

Le casting des Fab Four : une brochette hollywoodienne

À première vue, la distribution concoctée par Sam Mendes a de quoi impressionner. L’acteur irlandais Paul Mescal, révélé dans Normal People et prochainement à l’affiche de Gladiator II, a été choisi pour incarner Paul McCartney. Harris Dickinson, vu dans Babygirl et Triangle of Sadness, prêtera ses traits à John Lennon. Barry Keoghan, dont le jeu troublant dans Saltburn a marqué les esprits, sera Ringo Starr. Enfin, Joseph Quinn, star montante révélée dans Stranger Things, jouera George Harrison.

Un quatuor d’acteurs jeunes, en vogue, très « bankable » comme le veut le jargon hollywoodien. Mais pour Julia Baird, ce choix relève plus d’un casting de mode que d’un souci d’authenticité :
« Qu’est-ce qui ne va pas avec Liverpool ? Nous avons des acteurs, et ils parlent la langue. »

Son commentaire vise clairement la prononciation, l’intonation, cette fameuse Scouse accent — ce parler de Liverpool, à la fois rocailleux, chantant, et difficile à imiter. « Personne ne sait faire l’accent de Liverpool. Ils le ratent tous. »

Une critique culturelle autant qu’artistique

Derrière la pique lancée à Paul Mescal, c’est toute une philosophie du cinéma que Julia Baird interroge. Le problème n’est pas la présence de stars talentueuses, mais le sacrifice de la vérité régionale au profit de visages formatés. Pour elle, raconter l’histoire des Beatles sans puiser dans le vivier artistique de Liverpool, c’est passer à côté de la dimension profondément enracinée de cette aventure musicale. Le groupe n’est pas né à Londres ou à Los Angeles, mais dans les ruelles modestes de la Mersey. La texture du parler local, la rugosité des origines, sont des éléments fondamentaux de l’authenticité de leur histoire.

Ce que Baird redoute, c’est que le film s’inscrive dans une logique d’embellissement, de récit édulcoré — ce qu’elle résume avec une lucidité amère :
« Il ne va jamais me demander mon avis ! Je suis la dernière personne qu’il voudrait appeler parce qu’ensuite il ne pourrait plus inventer. »

Sam Mendes et son pari cinématographique sans précédent

Il faut dire que le projet de Mendes, s’il tient ses promesses, sera une première dans l’histoire du biopic musical. Quatre films, chacun centré sur l’un des membres du groupe, diffusés simultanément, offrant une vision chorale et individuelle à la fois. Cette structure narrative inédite pourrait théoriquement offrir une richesse d’angles et une profondeur inégalée, surtout si les récits s’entrecroisent, se contredisent, se répondent — à l’image de la dynamique du groupe lui-même.

Mais cette audace formelle s’accompagne, forcément, d’un haut niveau d’exigence. Et c’est ici que la critique de Baird devient pertinente. Car pour rendre justice à cette épopée collective, il faudra plus que des visages populaires : il faudra capturer l’âme de Liverpool, la rugosité de la jeunesse d’après-guerre, l’urgence créative des années 60. Et cela ne s’improvise pas.

Entre mémoire vivante et frustration symbolique

Julia Baird incarne un paradoxe que l’on retrouve souvent chez les proches de figures historiques majeures. Elle est à la fois porteuse de mémoire et gardienne frustrée d’un récit dont elle est évincée. Elle ne détient pas les clés de l’héritage de son frère, mais elle vit avec les souvenirs, les sensations, les silences de cette époque. Et elle voit avec une certaine amertume cette mémoire être réinterprétée, réécrite, parfois travestie.

Son engagement à « regarder les films s’ils sortent en 2028 et si elle est toujours là » sonne à la fois comme une promesse et une menace voilée. Julia Baird regarde l’avenir avec réalisme, mais aussi avec cette mélancolie propre aux témoins qui voient leur propre vécu devenir matière de fiction.

De Mia McKenna-Bruce à Aimee Lou Wood : la valse des seconds rôles

Si le quatuor principal est connu, la distribution secondaire commence à se dessiner elle aussi. On parle déjà de l’actrice White Lotus Aimee Lou Wood pour incarner Pattie Boyd, mannequin, muse et épouse de George Harrison, puis d’Eric Clapton. Mia McKenna-Bruce serait pressentie pour jouer Maureen Starkey, la première épouse de Ringo. Ce choix de jeunes actrices britanniques bien connues du public anglais semble, à première vue, plus enraciné culturellement. Il montre aussi à quel point ces films risquent de se transformer en fresque générationnelle.

Mais là encore, les puristes tiqueront : comment interpréter des figures aussi intimement liées à l’histoire des Beatles sans en trahir la vérité humaine ? Mendes semble décidé à marcher sur un fil, entre le biopic spectaculaire et l’œuvre de reconstitution fidèle.

Une affaire Liverpudlienne avant tout

Ce que Julia Baird nous rappelle avec force, c’est que les Beatles ne sont pas qu’un groupe mythique. Ils sont un groupe de Liverpool. Leur ville n’est pas un simple décor, elle est leur matrice. Ignorer cela, c’est prendre le risque d’un récit déconnecté, aseptisé.

Le cinéma a souvent échoué à saisir cette dimension locale. Les tentatives de reproduire l’accent scouse — même par des acteurs talentueux — tombent régulièrement dans la caricature. Et au-delà de la langue, c’est une ambiance, une humeur, une manière d’être au monde, forgée dans les rues ouvrières, entre les clubs de skiffle et les salles paroissiales de Woolton, qu’il s’agit de faire renaître.

En attendant 2028 : entre méfiance et curiosité

Il faudra encore patienter trois ans avant de découvrir le résultat de ce pari cinématographique. D’ici là, les critiques comme celles de Julia Baird ne manqueront pas d’alimenter le débat. Et c’est peut-être tant mieux.

Car les Beatles n’ont jamais été un simple groupe. Ils sont une part de l’identité britannique, un phénomène culturel planétaire, mais aussi une histoire profondément personnelle pour ceux qui les ont connus. Et quand cette histoire est réécrite, chacun ressent le besoin de veiller à ce qu’elle ne devienne pas une légende aseptisée, mais reste un récit vrai — imparfait, rugueux, vivant.

Julia Baird, en cela, joue pleinement son rôle de sœur, de témoin, et de conscience vigilante.


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