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Pourquoi les Beatles se sont séparés : retour sur une lente implosion

Publié le 03 juin 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

La séparation des Beatles en 1970 fut le fruit d’un lent processus amorcé dès 1966. Entre tournées épuisantes, tensions croissantes et désirs d’émancipation individuelle, le groupe a glissé vers la fin, bien avant l’annonce officielle.


Officiellement, les Beatles se sont séparés en 1970. Mais les signes avant-coureurs étaient présents depuis bien longtemps. Selon Hunter Davies, biographe autorisé du groupe, la lente décomposition du quatuor mythique avait commencé quatre ans auparavant, en 1966. Cette année fut un tournant, non pas par une querelle soudaine ou un événement spectaculaire, mais par un lent glissement vers l’individualisme, le désintérêt, et la lassitude.

Sommaire

1966 : la tournée de trop

Les derniers concerts des Beatles, notamment celui du 29 août 1966 à San Francisco, sonnent comme une libération autant que comme un adieu. Le groupe en a assez : la logistique infernale, les cris qui couvrent les instruments, l’impossibilité de recréer sur scène la richesse de leurs albums… Tout cela les use.

Hunter Davies décrit cette fin de vie scénique comme le début de la dissolution : « En cessant de tourner, ils ont aussi cessé de vivre ensemble, de créer ensemble. Les chansons Lennon/McCartney sont devenues des signatures de pure forme. »

L’époque où John et Paul écrivaient ensemble, dans un van, en s’échangeant des rimes à voix haute, est révolue. La création devient cloisonnée, chaque membre apportant des morceaux déjà écrits. Le lien collectif se détend, l’esprit de bande se désagrège.

Boredom and backlash : les fissures de l’intérieur

Le studio Abbey Road devient leur nouveau champ de bataille. Dès 1967, puis surtout en 1968 lors des interminables sessions du White Album, les disputes se multiplient. Ringo Starr quitte brièvement le groupe. George Harrison s’éclipse quelques jours durant Let It Be. Et finalement, en septembre 1969, John Lennon claque la porte, définitivement.

Pour Davies, ces tensions ne sont pas tant provoquées par des ambitions divergentes que par l’érosion naturelle d’une unité autrefois soudée. L’ennui, la routine, la fatigue, mais aussi le besoin d’épanouissement individuel, deviennent des forces centrifuges irréversibles.

L’électrochoc Yoko Ono ?

Lennon lui-même avouera plus tard que la rencontre avec Yoko Ono fut pour lui un déclencheur. « Quand je suis tombé amoureux de Yoko, j’ai su que c’était autre chose, au-delà des tubes, au-delà de l’or. C’était l’inévitable fin des garçons. »

Leur mariage en 1969 scelle symboliquement sa rupture avec le groupe. Lennon ne veut plus « traîner dans les bars avec les copains », mais se consacrer à une forme d’art radicale, à un couple créatif, à une vie d’adulte.

Mais réduire la fin des Beatles à la seule présence de Yoko serait une erreur. Elle a peut-être cristallisé un état d’esprit déjà présent : celui de quatre musiciens qui n’ont plus la même vision, ni les mêmes besoins.

Le dernier acte : 10 avril 1970

Lorsque Paul McCartney annonce la fin du groupe, le 10 avril 1970, c’est presque un non-événement pour les autres. Lennon est parti depuis des mois. George et Ringo se sont déjà lancés dans des projets solos. Chacun vit ailleurs, pense ailleurs.

Et pourtant, cette date marque la fin officielle d’une utopie. Celle d’un collectif absolu, où l’égo se dissolvait dans la musique. Les Beatles avaient cessé d’exister bien avant, mais il fallait une phrase, un geste, pour l’entériner.

Une réunion possible ?

Lennon lui-même, dans les années 70, n’excluait jamais totalement un retour. « Je n’ai jamais su si les Beatles rejoueraient ensemble. C’était toujours ouvert. » Il évoquait une renaissance possible, un futur incertain.

Mais la balle restait en suspens. Jusqu’à ce 8 décembre 1980, soir de son assassinat à New York. Ce jour-là, toute hypothèse de réunion s’évapore. La nostalgie s’installe, et l’histoire devient légende.

Postface : une lente métamorphose

La fin des Beatles ne fut pas une rupture brutale, mais une métamorphose silencieuse. Un glissement du « nous » vers le « je ». Un besoin de grandir, de sortir de la bulle. Ce que Davies raconte, c’est la fin d’une adolescence musicale. Et comme toutes les fins, elle fut à la fois douce-amère, inévitable, et chargée de regrets.

Car au fond, les Beatles ne se sont pas vraiment quittés. Ils ont simplement cessé d’être des Beatles.


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