Paul McCartney, figure emblématique des Beatles, est l’auteur de nombreux chefs-d’œuvre musicaux. Cet article explore ses 25 meilleures chansons écrites pour le groupe, de « Yesterday » à « Hey Jude », révélant son génie mélodique et sa capacité à capter l’air du temps. De ballades poignantes à des hymnes rock, son héritage musical au sein des Beatles demeure incontournable et continue d’influencer la culture populaire.
!çDans la constellation Beatles, Paul McCartney fut longtemps perçu comme le “mélodiste” du groupe, celui qui apportait la lumière là où Lennon injectait l’ombre. Cette répartition, bien que séduisante dans son schématisme, ne suffit pas à saisir l’ampleur du génie maccartnien au sein du quatuor. Car McCartney fut tout à la fois : auteur de bluettes irrésistibles et d’épopées baroques, architecte sonore et improvisateur, sentimental et expérimental. Et c’est précisément cette polyvalence, alliée à un instinct mélodique quasi surnaturel, qui fait de lui l’un des plus grands compositeurs de l’histoire de la musique populaire.
L’article signé par Jack Whatley dans Far Out Magazine en juin 2025, en tentant de hiérarchiser les plus grandes chansons écrites par McCartney pour les Beatles, invite à une réflexion plus large : qu’a-t-il apporté à l’œuvre des Beatles ? Quels paysages émotionnels, quels gestes formels, quelles visions de la musique et du monde ont été rendus possibles grâce à lui ?
Sommaire
- Une sensibilité mélodique à fleur de peau
- Une dramaturgie de la simplicité
- Une conscience sociale discrète, mais réelle
- Le corps et le rythme : McCartney, ce rockeur sous-estimé
- Le maître du medley : une pensée architecturale
- “Let It Be” : un chant pour l’humanité
- “Hey Jude” : l’hymne aux solitudes partagées
Une sensibilité mélodique à fleur de peau
Paul McCartney, c’est d’abord une oreille. Ou plutôt une sensibilité à la courbe mélodique, à ce que les musiciens appellent le “lyrisme intérieur” d’un thème. Dès les débuts, cette capacité est manifeste. All My Loving, l’un des premiers joyaux de l’époque Cavern Club, en offre une démonstration limpide : une ligne vocale qui épouse l’élan du cœur, des mots simples, mais jamais niais, et cette énergie rythmique, presque cavalière, qui le propulse dans l’instant.
C’est là toute la force de McCartney : faire de l’émotion un mouvement musical, et non une simple posture lyrique. Yesterday, bien qu’ultra-reprise, conserve cette puissance. Composée en rêve, arrangée avec une sobriété presque classique (un simple quatuor à cordes), elle demeure l’une des plus parfaites miniatures mélodiques du XXe siècle. Comme Michelle, For No One, ou Here, There and Everywhere, elle témoigne de cette capacité unique à traduire l’intime en structure musicale.
À travers Blackbird, écrite comme un haïku folk sur les droits civiques, ou Eleanor Rigby, tragédie en miniature orchestrée sans guitares, McCartney dévoile aussi sa capacité à faire de la mélodie un vecteur de compassion. Il ne chante pas sur les marges du monde : il chante depuis elles.
Une dramaturgie de la simplicité
Loin de se complaire dans l’artifice, McCartney cherche souvent la justesse dans l’épure. I Will, extrait du White Album, ne repose que sur la voix, la guitare acoustique, et un soupçon de percussions vocales. Pas de démonstration, pas de grandiloquence. Le texte est réduit à l’os, mais il n’en est que plus touchant : « Love you forever and forever / Love you with all my heart… » Rien de plus, mais rien de moins.
Ce dépouillement n’est jamais pauvreté. Il est confiance dans la puissance intrinsèque de la mélodie. McCartney écrit comme un artisan certain de la qualité de son bois. Dans I’ve Just Seen A Face, I’ll Follow the Sun ou encore The Fool on the Hill, il livre des chansons qui tiennent debout d’elles-mêmes, sans besoin d’orchestrations clinquantes ni de concepts narratifs alambiqués.
Ce goût de la simplicité rejoint sa conception très terrienne de la musique : une forme de spontanéité maîtrisée, où l’on compose d’abord pour soi, puis pour les autres. Il l’a dit : son bonheur, c’est de s’asseoir à un piano ou une guitare et faire surgir une chanson du néant. Rien de plus, rien de moins.
Une conscience sociale discrète, mais réelle
On a souvent reproché à McCartney de ne pas être un artiste “politique” au sens militant du terme, à la différence d’un Lennon plus frontal, plus pamphlétaire. Et pourtant, plusieurs titres montrent que McCartney a su capter les remous de son époque avec une finesse peu commune.
Blackbird, bien sûr, qui évoque les luttes raciales en Amérique à travers une métaphore élégante. Mais aussi Lady Madonna, portrait en forme de gospel d’une mère courage, ou Get Back, pastiche de chanson roots qui interroge, à demi-mot, la xénophobie rampante de l’Angleterre des années 60. Il ne s’agit pas de slogans, mais de fresques sociales, où l’humain reste au centre.
À cela s’ajoute la manière dont McCartney a toujours célébré la diversité musicale comme une richesse, non comme un exotisme. Dans Got to Get You Into My Life, il rend hommage à la soul et à la Motown. Dans Helter Skelter, il s’aventure vers le hard rock, voire le proto-métal. Dans Penny Lane, il restitue la pluralité sensorielle de Liverpool comme une aquarelle urbaine. Cette ouverture, cette curiosité sans condescendance, est une forme d’engagement en soi.
Le corps et le rythme : McCartney, ce rockeur sous-estimé
Trop souvent réduit à l’image du balladiste romantique, McCartney fut aussi l’un des architectes les plus audacieux du rock britannique. I Saw Her Standing There est un brûlot rythmique, porté par une basse galopante et une batterie au cordeau. Paperback Writer, Can’t Buy Me Love, We Can Work It Out… autant de titres qui montrent que Macca sait écrire pour faire danser, sauter, hurler.
Il ne faut jamais oublier qu’il fut — et demeure — un immense bassiste. Sa ligne sur Something, son jeu sur Rain, son inventivité sur Come Together ou Dear Prudence : tout cela témoigne d’un sens du groove et de la structure rarement égalé. McCartney pense la musique dans le mouvement, dans le souffle, dans la physiologie du son.
Dans Oh! Darling, il explore les limites de sa voix, cherche la rupture, la douleur, l’épuisement expressif. Il s’enregistre seul, arrive tôt au studio pour trouver le grain juste, le cri juste. C’est une forme de radicalité. Une manière de dire que la perfection, chez lui, passe par l’exigence physique.
Le maître du medley : une pensée architecturale
S’il fallait désigner un sommet dans l’art de McCartney à penser la forme musicale en tant que structure, ce serait sans doute le medley final d’Abbey Road. Avec Golden Slumbers, Carry That Weight et The End, il compose une sorte de cantate pop, un adieu en forme de feu d’artifice. Chaque segment s’imbrique dans l’autre, chaque transition est pensée, chaque rupture émotionnelle est préparée.
Cette manière de penser l’album non comme une suite de titres indépendants, mais comme une œuvre organique, trouve son prolongement dans la façon dont McCartney a toujours conçu ses disques : comme des récits, des voyages, des mosaïques d’émotions.
Le medley est plus qu’une astuce pour caser des fragments : c’est une philosophie de la continuité, un hommage au pouvoir du disque comme œuvre complète. McCartney, là encore, est à l’avant-garde.
“Let It Be” : un chant pour l’humanité
Et puis, il y a Let It Be. Peut-être la chanson la plus emblématique de McCartney, du moins la plus universelle. Elle transcende les modes, les générations, les frontières. Inspirée par un rêve dans lequel sa mère, décédée, lui apparaissait pour lui murmurer ces mots de sagesse, Let It Be n’est pas un hymne religieux, mais une prière laïque. Un appel à la paix, à la patience, à la confiance.
Musicalement, tout y est : l’accord parfait, l’arrangement simple mais majestueux, l’équilibre entre le chœur, le piano, la guitare de Harrison. Mais ce qui frappe surtout, c’est le pouvoir consolateur du morceau. Il soigne. Il rassemble. Il élève.
En ce sens, Let It Be est l’une des grandes contributions de McCartney à l’idée même de chanson pop : une forme capable d’articuler le désarroi intime et la dimension collective, une forme où l’individu et le monde se rencontrent dans un élan de résonance.
“Hey Jude” : l’hymne aux solitudes partagées
Enfin, comment ne pas évoquer Hey Jude ? Ce morceau, écrit pour Julian Lennon, enfant blessé par la séparation de ses parents, dépasse largement son contexte originel. Il est devenu l’un des plus puissants chants collectifs de l’histoire moderne. Qu’il soit entonné dans les stades, dans les rues, dans les moments de deuil ou de joie, il dit quelque chose de fondamental : “you’re not alone”.
Le crescendo final, cette coda interminable de “na-na-na-na-na-na-na…”, est une trouvaille géniale. Elle abolit les barrières. Elle transforme chaque auditeur en acteur. Elle fait de la chanson une expérience.
Hey Jude, c’est l’anti-solitude. C’est la tendresse offerte sans condition. C’est la force tranquille d’un homme qui sait que la musique peut consoler, et qu’il est de son devoir de l’y aider.
L’héritage de Paul McCartney chez les Beatles est donc immense. Il est celui qui a donné au groupe ses plus grandes ballades, ses élans orchestraux, ses plus riches textures harmoniques. Mais il est aussi celui qui a su, mieux que quiconque, comprendre ce que peut la chanson : dire l’amour, l’absence, la joie, l’inquiétude, l’émerveillement. Dire la vie, tout simplement.
Et si les Beatles restent à jamais un collectif, une alchimie, il faut reconnaître qu’en son sein, la voix singulière de Paul McCartney a été celle de la lumière. Une lumière jamais naïve, toujours profonde, et infiniment humaine.
