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Quand McCartney remplaçait Ringo : la batterie selon Paul

Publié le 03 juin 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Paul McCartney a parfois remplacé Ringo Starr à la batterie, notamment sur « Back in the U.S.S.R. » et « Dear Prudence », en raison de tensions ou d’urgences. Ces moments révèlent les dynamiques internes du groupe et le perfectionnisme de McCartney, sans jamais remettre en cause le rôle fondamental de Ringo dans le son Beatles.


Dans l’imaginaire collectif, les rôles au sein des Beatles sont clairement assignés : Lennon et McCartney signent les chansons, Harrison les pare de spiritualité et d’élans guitaristiques, et Ringo Starr maintient l’ensemble à flot grâce à son jeu de batterie aussi discret qu’efficace. Pourtant, à de très rares occasions, cet équilibre a été bousculé. Et c’est Paul McCartney, toujours soucieux du résultat final, qui s’est assis derrière les fûts pour remplacer temporairement Ringo.

Pourquoi ce remplacement ? Que révèle-t-il des dynamiques internes du groupe ? Et que reste-t-il de ces enregistrements atypiques dans la légende Beatles ?

Sommaire

Ringo Starr : un batteur sous-estimé, mais central

Avant d’examiner ces quelques cas d’intérim musical, il convient de rappeler que Ringo Starr n’a jamais été un maillon faible des Beatles — bien au contraire. Son jeu, souvent moqué à tort, a en réalité contribué à définir le son du groupe : grooves décontractés, charley au swing élégant, fills mélodiques. John Lennon ira jusqu’à dire de lui : « Il ne tape jamais deux fois de la même manière sur une caisse claire. »

Mais dans un groupe où l’exigence créative était parfois portée à l’extrême, il est arrivé que Ringo soit mis de côté — par choix, accident ou tensions personnelles. Et dans ces moments-là, c’est Paul McCartney, multi-instrumentiste virtuose, qui prit le relais.

L’été 1968 : tensions au sommet

Le contexte le plus célèbre de remplacement survient lors des sessions de l’album blanc (The Beatles, 1968). L’ambiance en studio est délétère : les egos s’affrontent, les visions artistiques divergent, la présence constante de Yoko Ono irrite plusieurs membres. Ringo, en particulier, se sent de plus en plus isolé.

Au cours de l’été, excédé par les critiques à peine voilées de McCartney à propos de son jeu, Ringo quitte purement et simplement le groupe, part en vacances en Sardaigne avec sa famille et laisse les autres continuer sans lui.

Durant son absence, McCartney assure la batterie sur deux morceaux emblématiques :

« Back in the U.S.S.R. »

Sur cette parodie brillante de Beach Boys, c’est Paul qui joue la batterie, la basse, la guitare rythmique et le piano. Son jeu est nerveux, énergique, très carré. Ironiquement, cette chanson d’ouverture, censée être un clin d’œil humoristique, devient un concentré de tension : Ringo est absent, et les trois autres s’écharpent sur les prises.

« Dear Prudence »

Sur cette ballade hypnotique inspirée par Prudence Farrow (la sœur de Mia, en retraite à Rishikesh), McCartney signe une performance de batterie impressionnante, toute en crescendos subtils et motifs circulaires. George Harrison dira plus tard : « Paul a vraiment assuré sur celle-là. »

D’autres cas de remplacement ponctuel

Si ces deux chansons sont les seules sur lesquelles Ringo est totalement absent, il existe d’autres titres où McCartney complète ou corrige discrètement certaines parties de batterie, souvent à l’insu du grand public.

« The Ballad of John and Yoko » (1969)

Enregistrée en urgence par Lennon après le retour de sa lune de miel avec Yoko Ono, cette chanson n’implique que deux Beatles : John et Paul. Harrison et Ringo sont indisponibles. Paul joue la batterie, la basse, le piano et les chœurs. Lennon s’occupe de la guitare rythmique et du chant principal.
Le résultat ? Un morceau bouclé en une session, témoignage de l’ancienne complicité entre les deux piliers du groupe, malgré les tensions.

« Why Don’t We Do It in the Road? » (1968)

Chanson brute, enregistrée presque en cachette par Paul, seul avec le technicien Ken Scott. Il joue tous les instruments, dont la batterie, dans un esprit quasi garage rock. Lennon s’en offusquera : « Il ne m’a même pas demandé de participer. »

« Wild Honey Pie » (1968)

Une autre courte expérimentation de McCartney en solo. Là aussi, batterie, guitares et voix sont assurées par Paul seul. Le morceau n’est qu’un fragment, mais il témoigne de cette envie croissante, chez lui, de tout contrôler.

« Mother Nature’s Son » (1968)

Si Ringo figure techniquement sur l’enregistrement (à la percussion), la batterie est absente. McCartney assure ici la quasi-totalité de l’instrumentation, dans une volonté d’isolement très représentative des sessions du White Album.

Pourquoi Paul a-t-il pris les baguettes ?

À travers ces exemples, plusieurs raisons émergent :

  • Tensions personnelles : en 1968, l’ambiance entre Ringo et Paul est électrique. Ce dernier n’hésite pas à « reprendre la main » s’il juge le résultat insatisfaisant.

  • Urgence de production : comme pour The Ballad of John and Yoko, Paul comble les absences pour ne pas ralentir le processus créatif.

  • Volonté de contrôle : McCartney, perfectionniste, n’hésite pas à jouer de plusieurs instruments, parfois jusqu’à éclipser ses partenaires.

Mais ces prises d’initiative ne sont pas sans conséquences. Elles participent à l’érosion de l’esprit collectif des Beatles. Ringo, lassé d’être traité comme un simple exécutant, s’éloigne. Lennon, frustré par les incursions de Paul dans ses morceaux, s’en agace. Même George Harrison, pourtant discret, commence à réclamer davantage de place.

La réconciliation post-Beatles

Malgré ces tensions, McCartney et Ringo resteront proches après la séparation du groupe. Ils collaboreront à plusieurs reprises, notamment sur les albums solo de Ringo, où Paul joue parfois de la basse, du piano ou compose des morceaux.

Leur amitié perdure jusqu’à aujourd’hui. McCartney a d’ailleurs souvent salué la musicalité sous-estimée de Ringo : « Il est toujours resté dans le tempo, il savait quand ne pas en faire trop. C’est une qualité rare. »

Une complémentarité, pas une rivalité

Les incursions de McCartney à la batterie ne remettent pas en cause le rôle de Ringo dans les Beatles. Elles témoignent plutôt d’un groupe en mutation constante, où chacun, à un moment ou un autre, prend le relais quand c’est nécessaire. Ce n’est pas une trahison, mais un signe de la plasticité artistique qui a toujours défini les Beatles.

Ringo lui-même dira en 2008 :
« Quand Paul joue de la batterie, il fait du Paul. Moi, je fais du Ringo. Et c’est ça qui est beau. »


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