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« Love Me Do » : les trois versions d’un mythe Beatles

Publié le 03 juin 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

« Love Me Do » fut enregistré trois fois en 1962, révélant les débuts complexes des Beatles et l’arrivée de Ringo Starr. Si la version britannique originale met Ringo à la batterie, une autre version, avec Andy White, sera plus diffusée. Cette situation, source de frustration pour Ringo, marque pourtant ses premiers pas essentiels au sein du groupe.


Parmi les centaines de chansons qui composent l’héritage discographique des Beatles, peu sont aussi emblématiques que « Love Me Do ». Ce titre, enregistré à trois reprises en 1962, marque l’acte de naissance officiel du groupe aux yeux du monde. Pourtant, derrière ce premier coup d’éclat commercial se cache une situation des plus confuses : qui tient réellement les baguettes sur ce morceau ? La réponse, comme souvent chez les Beatles, oscille entre légende, précision historique, et réalité de studio.

Sommaire

  • L’année zéro : tensions, auditions et remaniements
  • 4 septembre 1962 : l’entrée en scène de Ringo
  • 11 septembre 1962 : entre méfiance et précaution
  • Trois versions, trois histoires
  • Une vexation durable pour Ringo
  • Que reste-t-il de la version Ringo ?
  • Un moment fondateur, malgré tout

L’année zéro : tensions, auditions et remaniements

À l’été 1962, les Beatles ne sont encore qu’un jeune groupe prometteur, certes galvanisé par des années de scène entre Liverpool et Hambourg, mais toujours à la recherche de leur forme définitive. Ils viennent de signer avec Parlophone, grâce à la clairvoyance du producteur George Martin, lequel est rapidement frappé par l’incompétence technique du batteur Pete Best lors d’une session d’essai le 6 juin 1962.

Ce jour-là, une première version de Love Me Do est enregistrée avec Pete Best derrière la batterie. Elle reste longtemps inédite, avant de paraître en 1995 dans la compilation Anthology 1. Mais à l’époque, George Martin, peu convaincu par le jeu rigide de Best, recommande aux Beatles de le remplacer. Quelques semaines plus tard, la décision est prise : Ringo Starr, ex-membre de Rory Storm and the Hurricanes, devient officiellement le nouveau batteur des Beatles le 18 août 1962.

4 septembre 1962 : l’entrée en scène de Ringo

À peine nommé, Ringo enregistre une seconde version de Love Me Do lors de la session du 4 septembre 1962 à Abbey Road. Cette prise, diffusée quelques semaines plus tard comme le tout premier 45 tours des Beatles, est celle que la plupart des collectionneurs britanniques connaissent : c’est bien Ringo qui joue de la batterie, avec un style encore timide mais solide. Ce détail est d’importance, car il inscrit Ringo non seulement comme le remplaçant légitime de Best, mais aussi comme le batteur officiel du groupe au moment de son envol discographique.

11 septembre 1962 : entre méfiance et précaution

Et pourtant… Une semaine plus tard, le 11 septembre, George Martin convoque à nouveau le groupe, cette fois en engageant un batteur de session écossais, Andy White, pour rejouer Love Me Do — ainsi que P.S. I Love You. Selon Martin, il ne s’agissait pas de discréditer Ringo, mais simplement d’assurer un enregistrement conforme aux standards professionnels de l’époque.
Ringo est relégué au tambourin.

Cette version avec Andy White est celle qui paraîtra sur l’album Please Please Me, sorti en mars 1963, ainsi que sur le 45 tours américain de Love Me Do en 1964, devenu un tube international. Résultat : deux versions officielles circulent dans le monde, l’une avec Ringo à la batterie (le single britannique original), l’autre avec Andy White et Ringo au tambourin (l’album).

Trois versions, trois histoires

Il existe donc trois enregistrements de Love Me Do :

  1. Le 6 juin 1962 – avec Pete Best : rejetée à l’époque, mais publiée en 1995 dans Anthology 1.

  2. Le 4 septembre 1962 – avec Ringo Starr : publiée comme le premier single britannique officiel.

  3. Le 11 septembre 1962 – avec Andy White à la batterie et Ringo au tambourin : version de l’album Please Please Me.

Cette multiplicité est rare dans le répertoire Beatles, et elle reflète un moment de bascule : la fin de l’ère Best, l’instauration de la formation définitive, et une industrie musicale encore méfiante envers les groupes « non formés ».

Une vexation durable pour Ringo

Bien qu’il ait rapidement trouvé sa place au sein du groupe, Ringo n’a jamais totalement digéré cette mise à l’écart. Dans plusieurs interviews, il a confié avoir été profondément blessé d’être remplacé par un batteur de session dès sa première incursion en studio avec les Beatles. Cette méfiance initiale ne reflète pourtant pas son importance future. Dès les sessions suivantes, il impose son jeu reconnaissable — souple, chantant, instinctif — qui fera de lui un pilier rythmique irremplaçable.

Pendant six années, Ringo ne manquera aucune session officielle. Il ne cédera son tabouret que brièvement en 1968, lorsqu’il quitte le groupe durant les tensions du White Album. Pendant son absence, c’est Paul McCartney qui assure les percussions sur Back in the U.S.S.R. et Dear Prudence. À son retour, les Beatles lui font un accueil ému, tapissant son kit de fleurs.

Que reste-t-il de la version Ringo ?

Aujourd’hui, la version de Love Me Do avec Ringo à la batterie est disponible dans de nombreuses compilations — notamment Past Masters Vol. 1 — et identifiée comme la version single UK de 1962. Elle est reconnaissable à son tempo légèrement plus souple, et à l’absence de tambourin.

Quant à la version avec Andy White, plus rigoureuse mais plus lisse, elle reste celle la plus souvent entendue, du fait de sa présence sur l’album Please Please Me. Ironiquement, la version la plus diffusée n’est pas celle avec le batteur officiel du groupe.

Un moment fondateur, malgré tout

Au-delà de la confusion, Love Me Do demeure un jalon essentiel dans la construction de l’identité Beatles. Ringo, même relégué au tambourin pour une journée, appose dès le départ sa signature sonore, son énergie tranquille, son efficacité sans ostentation.

Et si l’histoire a retenu que Love Me Do était un démarrage en demi-teinte sur le plan technique, elle a aussi montré que Ringo — malgré la méfiance initiale — allait devenir l’un des batteurs les plus influents de la musique populaire.

Une chose est sûre : qu’importe la version, c’est bien le son Beatles qui naît avec Love Me Do. Et Ringo en fait pleinement partie.


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