Sorti en 2013, New marque le retour créatif de Paul McCartney à 71 ans. Entouré de quatre producteurs modernes, il livre un album audacieux, mélodique et intime, entre souvenirs Beatles et sons contemporains. Un condensé de pop inspirée qui prouve que McCartney reste un artiste majeur du XXIe siècle.
Sorti en octobre 2013, New est le seizième album solo de Paul McCartney. Il marque le grand retour de l’ex-Beatle à la composition originale après six ans d’absence dans ce registre (son précédent album original Memory Almost Full datait de 2007, entre-temps McCartney avait exploré le jazz vocal avec Kisses on the Bottom en 2012). À 71 ans, Paul McCartney démontre avec New qu’il est toujours un créateur inspiré, capable de revisiter son héritage tout en restant tourné vers l’actualité musicale. L’album a été conçu dans une période heureuse de sa vie personnelle – McCartney s’était récemment remarié avec Nancy Shevell – ce qui insuffle aux chansons une tonalité globalement positive et optimiste, même si une certaine mélancolie affleure par moments. « C’est une période heureuse de ma vie, avec une nouvelle femme – de nouvelles chansons viennent quand on vit quelque chose de nouveau », confie McCartney au sujet de l’état d’esprit qui a influencé New. L’album se révèle ainsi généralement enjoué et énergique, tout en laissant transparaître çà et là la “douleur transformée en rire” chère à l’auteur.
Sur le plan musical, New s’inscrit à la fois dans la continuité de l’illustre carrière de McCartney et dans une démarche de renouveau. New propose un véritable kaléidoscope de styles : on y retrouve des accents Beatles et Wings assumés, mais aussi des sons contemporains inattendus. La critique n’a pas manqué de souligner ce double aspect rétro et moderne du disque, qualifiant l’album de “Beatlesque, vintage, et en même temps tourné vers l’avenir”, tout en restant résolument rock. McCartney lui-même admet que beaucoup de morceaux sont très variés et « pas forcément dans un style qu’on associerait habituellement à [lui] ». Cette diversité s’explique en partie par le processus de production particulier de l’album.
En effet, pour New, Paul McCartney a fait appel à quatre réalisateurs artistiques issus d’horizons variés : Mark Ronson, Paul Epworth, Giles Martin et Ethan Johns. À l’origine, McCartney souhaitait travailler avec un ou deux producteurs contemporains qu’il appréciait, afin de trouver la meilleure collaboration possible, mais « il s’est avéré [qu’il] s’entendait bien avec tous ». Ne pouvant trancher, il a décidé d’enregistrer des chansons avec chacun des quatre. « Nous avons fait quelque chose de vraiment différent avec chaque producteur, […] je n’ai pas pu choisir et j’ai fini par travailler avec tous les quatre. Nous nous sommes juste bien amusés de différentes façons », explique McCartney. Ce quatuor de producteurs apporta chacun sa touche particulière : Mark Ronson (célèbre pour son travail rétro-soul avec Amy Winehouse) insuffle un groove vintage tout en fraîcheur, Paul Epworth (révélé par ses productions audacieuses pour Adele ou Florence and The Machine) pousse McCartney vers un rock moderne et percutant, Giles Martin (fils de George Martin et gardien du son Beatles) apporte un sens aigu des arrangements et de la pop classiciste, tandis que Ethan Johns (connu pour son approche brute avec Ryan Adams ou Kings of Leon) favorise une atmosphère plus acoustique et dépouillée sur les titres qu’il supervise. McCartney, coproducteur exécutif de l’album aux côtés de Giles Martin, a su tirer parti de ces collaborations multiples sans perdre son identité. New a été enregistré dans divers studios entre Los Angeles, New York et Londres (Abbey Road inclus), reflétant l’ampleur internationale du projet. Fait notable, Paul McCartney joue lui-même de la grande majorité des instruments sur l’album (basse, guitares, claviers, batterie, percussions, etc.), secondé par les membres de son groupe scénique habituel sur certaines pistes. Cette polyvalence instrumentale de McCartney contribue à la cohérence de l’ensemble, malgré la variété des ambiances.
Thématiquement, New alterne entre regards nostalgiques sur le passé et célébration du présent. Plusieurs morceaux sont ouvertement autobiographiques : « On My Way To Work » s’inspire de la jeunesse de Paul à Liverpool, lorsqu’il travaillait comme livreur avant la gloire, tandis que « Early Days » le voit évoquer avec émotion les débuts des Beatles et son amitié avec John Lennon, en affirmant sa propre mémoire des faits face aux récits déformés par le temps. D’autres chansons expriment le bonheur du McCartney sexagénaire récemment amoureux, à l’instar du titre « New », que Paul décrit comme « une chanson d’amour où je dis : ‘Je n’ai pas de réponses toutes faites… je ne sais pas comment tout ça arrive, mais c’est formidable et je t’aime.’ ». L’album mixe ainsi intimement la rétrospection (Paul qui revisite ses early days ou médite sur son parcours) et la renaissance (Paul qui s’émerveille d’un amour nouveau et d’une inspiration retrouvée). Le résultat est un disque à la fois nostalgique et rafraîchissant, riche de compositions mélodiques ciselées et d’arrangements inventifs.
Après cette mise en contexte, il convient d’examiner en détail chacune des pistes qui composent New, afin d’en analyser la musique, les paroles, les arrangements et la signification globale.
Sommaire
- Analyse piste par piste
- 1. « Save Us »
- 2. « Alligator »
- 3. « On My Way to Work »
- 4. « Queenie Eye »
- 5. « Early Days »
- 6. « New »
- 7. « Appreciate »
- 8. « Everybody Out There »
- 9. « Hosanna »
- 10. « I Can Bet »
- 11. « Looking At Her »
- 12. « Road »
- Morceau caché : « Scared »
- Réception critique et succès commercial
Analyse piste par piste
1. « Save Us »
Dès les premières secondes, New s’ouvre dans une urgence rock percutante avec « Save Us ». Ce morceau énergique, co-écrit et produit par Paul Epworth, pose d’emblée le décor : un riff de guitare mordant, un tempo rapide et une basse saturée typique de McCartney. La batterie martèle un rythme effréné, soutenant une mélodie accrocheuse chantée avec vigueur. En arrière-plan, des chœurs harmoniques évoquent le style de Queen par leurs envolées vocales puissantes, ajoutant à l’ampleur du refrain. Sur le plan thématique, « Save Us » est une sorte de appel au secours amoureux – « You’ve got something that will save us, save us now » supplie McCartney – exprimant le besoin de rédemption par l’autre. Cette supplique passionnée peut surprendre de la part d’une légende comblée, ce qu’un critique n’a pas manqué de relever en notant que le thème du sauvetage semblait en décalage avec la situation réelle du chanteur. Mais il faut sans doute y voir une licence artistique et l’adoption volontaire d’un personnage en détresse pour servir la dramaturgie de la chanson. Musicalement en tout cas, « Save Us » saisit l’auditeur à la gorge d’entrée de jeu avec son énergie brut de décoffrage – c’est un opener efficace qui prouve que McCartney, malgré les années, peut encore délivrer du rock nerveux et contemporain. En moins de trois minutes, Sir Paul clame haut et fort qu’il est bel et bien de retour là où on l’attendait, sur le terrain du rock authentique.
2. « Alligator »
Changement d’ambiance avec « Alligator », morceau produit par Mark Ronson qui apporte ici sa touche à la fois moderne et rétro. Déroutante au premier abord, la chanson marie une base de rock guitare/basse/batterie avec des sonorités électroniques subtiles, créant un pont audacieux entre le McCartney des années 60-70 et des textures du XXIᵉ siècle. Un motif de clavier proche du clavecin (harpsichord) donne au morceau une couleur baroque rappelant certains titres psychédéliques des Beatles, tandis qu’un riff de guitare mordant évoque la période Wings, selon certains critiques. Les harmonies vocales de Paul, en écho à celles qu’il formait jadis avec John Lennon, ajoutent une dose de nostalgie palpable, « rappelant l’esprit Lennon-McCartney des années 60 » tout en y injectant une modernité audacieuse. L’atmosphère générale d’« Alligator » est plus sombre et tendue que le morceau d’ouverture : McCartney y chante sa quête de quelqu’un capable de l’« aider » ou de chasser ses démons intérieurs, sur un ton légèrement désabusé. Mark Ronson a qualifié ce titre de « sombre et assez dur » dans sa texture, et en effet « Alligator » se distingue par son côté grinçant et orageux dissimulé sous l’éclat mélodique. Les critiques ont salué ses rebondissements mélodiques imprévisibles et ses clins d’œil appuyés au passé de Paul – harmonies à la Paul & Linda et ligne de clavier volontairement simple, presque enfantine, comme jouée d’un doigt en amateur. Le mélange peut sembler hétéroclite, mais McCartney navigue habilement entre ces nuances. « Alligator » est ainsi un des titres marquants de New par son savant dosage de rétro (l’ombre de Sgt. Pepper plane dans certains arrangements électroniques ludiques) et de nouveauté (production actuelle, sonorités électro en arrière-plan). Le résultat est un morceau à la fois catchy et intrigant, prouvant que McCartney peut encore surprendre en dehors de sa zone de confort.
3. « On My Way to Work »
Avec « On My Way To Work », Paul McCartney nous transporte dans le Liverpool de son adolescence, à l’époque où il était un jeune homme anonyme se rendant à son travail quotidien. Produite par Giles Martin, la chanson adopte une approche plus épurée et mélodique, évoquant les ballades pop des Beatles par sa simplicité apparente. Sur un fond d’acoustique léger – une guitare folk aux accords plaqués et une batterie minimaliste – McCartney chante avec une voix posée, légèrement voilée par les années, ce qui confère au morceau une dimension nostalgique et sincère. La mélodie est douce et mémorable, rappelant immanquablement certaines compositions de la fin des sixties. Un critique y a vu « une sensation Beatles » indéniable, tout en notant la maturité nouvelle de la voix de Paul qui apporte de la profondeur. Les paroles dépeignent de manière simple la routine du trajet vers le travail, mais révèlent surtout les rêves et interrogations d’un jeune homme qui se demande si ses aspirations se réaliseront un jour. « How could I have so many dreams / And one of them not come true? » chante McCartney, résumant en une phrase le dilemme de toute une génération de rêveurs. Cette ligne mélancolique – « Comment ai-je pu avoir tant de rêves, et qu’aucun ne se réalise ? » – résonne d’autant plus qu’on sait le destin extraordinaire qu’a finalement connu son auteur. Elle jette un pont entre le Paul d’hier, plein d’espoirs incertains, et le McCartney accompli d’aujourd’hui qui se remémore ce passé. Musicalement, « On My Way to Work » instaure un climat de réminiscence tendre. La section rythmique discrète et les arrangements dépouillés laissent toute la place à la narration et à la mélodie. Ce titre sans artifice est un bel exemple du savoir-faire de McCartney pour raconter des histoires ordinaires avec chaleur et authenticité – une qualité qui n’a pas quitté le compositeur, comme le souligne la presse : « la capacité de Paul à raconter une histoire triste d’une voix chaleureuse est intacte ». En somme, « On My Way to Work » est une pièce intimiste qui apporte de la profondeur autobiographique à l’album et qui touche par sa sincérité humble.
4. « Queenie Eye »
Changement de ton avec « Queenie Eye », l’une des chansons les plus exubérantes et accrocheuses de New. Produite par Paul Epworth, « Queenie Eye » est bâtie sur un piano entraînant et un rythme mid-tempo fédérateur, évoquant autant la pop des Beatles période Revolver que des sonorités plus modernes. Le titre puise son refrain dans une comptine anglaise que McCartney chantait enfant en jouant aux billes dans les rues de Liverpool. « Queenie Eye, Queenie Eye, who’s got the ball? » entend-on ainsi en chœur – une phrase ludique et répétitive tirée de ce jeu d’enfance, qui confère au morceau un caractère immédiat et mémorable. La chanson est bardée d’éléments qui parlent au fan de la première heure : une mélodie ascendante très sixties, des harmonies vocales ensoleillées, et même quelques effets psychédéliques en arrière-plan (on discerne des synthétiseurs bourdonnants qui renforcent le côté hypnotique du refrain). Un critique note que malgré ces nappes synthétiques modernes, « la chanson a un feeling proche de Revolver (1966) », tant elle semble intemporelle dans son écriture. L’interprétation de McCartney est joueuse et énergique, comme rajeunie par le thème enfantin : il s’amuse visiblement à chanter ces paroles sans prétention (« O-U-T spells OUT! » lance-t-il dans le pont, en épelant le mot « out » comme dans le jeu). Derrière l’aspect ludique, on peut aussi lire entre les lignes un message sur l’imprévisibilité du destin – “who’s got the ball?” pourrait métaphoriquement renvoyer à la question de savoir qui a la main dans la vie. Mais l’essentiel ici reste le plaisir du son et la célébration du pouvoir unificateur de la musique. « Queenie Eye » est un pur tube pop en puissance : refrain chantant, production soignée, et un pont mélodique efficace qui n’est pas sans rappeler l’esprit de titres comme « Hello Goodbye » ou « Penny Lane ». D’ailleurs, le morceau a été choisi comme second single de l’album, accompagné d’un clip événement tourné aux studios Abbey Road avec la participation de nombreuses célébrités – signe que McCartney croyait fermement au potentiel de cette chanson. En définitive, « Queenie Eye » apporte à l’album une bouffée d’enthousiasme et de malice, prouvant que McCartney sait toujours écrire des ritournelles pop irrésistibles qui se gravent instantanément dans les têtes.
5. « Early Days »
Avec « Early Days », Paul McCartney livre l’une de ses chansons les plus personnelles et émouvantes de ces dernières décennies. Ce morceau épuré, produit par Ethan Johns, est essentiellement construit autour d’une guitare acoustique folk et de la voix de Paul – une voix volontairement mise à nu, sans artifice ni réverbération, qui laisse entendre chaque inflexion de l’âge et de l’émotion. McCartney y évoque frontalement les “premiers jours” de sa carrière et de son amitié avec John Lennon, peignant des images de leur jeunesse insouciante à Liverpool. La chanson prend des airs de confidence nostalgique, Paul semblant la chanter comme s’il était assis sur le perron, guitare en main, racontant ses souvenirs à un ami. Il se remémore ces temps où lui et John arpentaient les rues, guitares sur le dos, en quête d’une maison de disques – « Dressed in black from head to toe with guitars on our backs, we would walk the city roads / Seeking someone who would listen to the music that we were writing » chante-t-il en substance. La musique est délicate, presque lo-fi : quelques accords arpégés, un léger bourdonnement en fond qui peut évoquer un drone de tamboura (donnant une couleur indienne subtile, comme une note d’harmonium), et c’est tout. Cette sobriété extrême place la focale sur le texte et la voix. Justement, la voix de McCartney sur « Early Days » est marquée par le poids des années – elle est plus frêle, tremblante, avec des craquements ici ou là – mais loin d’amoindrir la chanson, cela la rend au contraire authentique et poignante. Comme l’a noté un journaliste, ce chant sans fard confère au morceau « une intimité brute » parfaitement en phase avec la réflexion mélancolique des paroles. McCartney se permet même une pointe d’amertume dans le texte : « They can’t take it from me if they tried, I lived through those early days », lance-t-il d’une voix humble mais ferme. Il se dresse ainsi contre ceux qui réécrivent l’histoire à sa place – allusion aux biographes ou à quiconque minimiserait son rôle dans les débuts des Beatles. « So many times I had to change the pain to laughter just to keep from getting crazy » ajoute-t-il, avouant comment l’humour lui a souvent servi de bouclier face aux moments difficiles. L’émotion est palpable à l’écoute, renforcée par ces confidences. De l’avis général, « Early Days » est un sommet de l’album, voire de la carrière solo de McCartney : « Avec juste une guitare acoustique et sa voix, ‘Early Days’ est peut-être le couronnement de la carrière solo de McCartney » s’enthousiasme un critique. Même des observateurs plus mitigés sur l’album reconnaissent ici une sincérité rare et touchante. Ce morceau introspectif, qui capture la solitude du survivant (Paul est l’un des deux seuls Beatles encore vivants lors de la sortie de New), offre un moment de grâce suspendue au milieu de l’album. On y entend un McCartney vulnérable, fier et nostalgique tout à la fois, trouvant peut-être là cette « voix mature convaincante » que certains trouvaient absente de ses albums récents. « Early Days » se termine presque abruptement, sans grand effet de conclusion, comme si Paul nous avait confié un secret avant de retomber dans le silence. Ce dépouillement et cette honnêteté en font une pièce maîtresse de New, souvent citée comme un des titres les plus réussis du disque.
6. « New »
Chanson-titre de l’album et premier single extrait, « New » se présente comme un condensé jubilatoire de pop à l’ancienne et de fraîcheur contemporaine. Mark Ronson, aux manettes sur ce titre, a aidé McCartney à créer une petite pépite qui n’aurait pas dépareillé au milieu de Rubber Soul ou Sgt. Pepper. Portée par un clavecin pétillant (ou harmonium électrique évoquant le son des Beatles milieu années 60) et des cuivres rayonnants, « New » dégage une insouciance et une joie communicatives. La rythmique enjouée, le tempo bondissant et les harmonies vocales en couches rappellent les grandes heures de la british pop. Un critique décrit le morceau comme « un bond dans le temps, écho du passé tout en sonnant contemporain », doté d’une mélodie irrésistible et d’un groove dynamique. En effet, la force de « New » est d’évoquer instantanément le feeling Beatles (on pense à « Penny Lane » pour l’entrain, ou à « Got To Get You Into My Life » pour les cuivres chaleureux), sans jamais tomber dans la redite nostalgique stérile – le morceau sonne à la fois familier et neuf. McCartney s’y montre en grande forme vocale, avec des inflexions pleines de malice. Le texte de « New » est un simple hymne à l’amour naissant : Paul y exprime l’excitation, l’émerveillement d’une nouvelle relation amoureuse où tout semble neuf et merveilleux. Il admet son ignorance quant à la tournure des événements – « I don’t know what’s happening, I don’t know how it’s all happening, but it’s good and I love you » a-t-il expliqué à propos du sens de la chanson – ce qui confère aux paroles une spontanéité rafraîchissante et humble. Musicalement, chaque élément du morceau vise à susciter la bonne humeur : les “oooh” en chœur, le pont modulant en harmonies ascendantes, la conclusion tout en crescendo. On peut noter qu’à la toute fin de la piste, McCartney s’amuse à ajouter un bref gimmick vocal (une sorte de petit éclat de rire ou de mot chuchoté, interprété par certains comme un clin d’œil en sortie de chanson) – un détail qui ajoute encore à l’esprit espiègle de l’ensemble. Accueillie avec enthousiasme, « New » a été saluée comme une preuve que McCartney savait encore écrire un tube pop intemporel capable d’égayer les radios en 2013. Entertainment Weekly y a vu « une célébration de l’idée que la pop peut toujours revigorer, inspirer et surprendre – même quand on a contribué à l’inventer ». Effectivement, avec « New », Paul McCartney réussit le pari de sonner comme du McCartney classique tout en étant parfaitement en phase avec son époque, livrant une chanson à la fois nostalgique et neuve – un véritable tour de force qui justifie pleinement le choix de ce titre pour baptiser l’album.
7. « Appreciate »
L’ambiance change radicalement avec « Appreciate », l’un des titres les plus audacieux et modernes de New. Ici, McCartney – épaulé par Giles Martin à la production – explore un territoire quasi expérimental, s’aventurant vers des sonorités électroniques et hypnotiques inédites pour lui. « Appreciate » s’articule autour d’un groove lent et lourd, dominé par une ligne de basse grondante et une batterie électronique au rythme circulaire. L’atmosphère est sombre, presque planante, évoquant davantage la scène indie ou électro actuelle que la pop traditionnelle. La voix de McCartney, légèrement filtrée par moments, se fait plus parlée et posée, se fondant dans le canevas sonore au lieu de mener la danse. Des boucles sonores et des effets de studio parsèment le morceau : on y décèle des tape loops, des manipulations du son de guitare, des synthétiseurs bourdonnants, qui confèrent à l’ensemble une texture intrigante et avant-gardiste. Un solo de guitare électrique surgit à mi-parcours, mais au lieu d’un solo flamboyant à l’ancienne, il s’agit de notes dissonantes, anguleuses, presque expérimentales – comme un écho de certaines audaces qu’on pouvait entendre sur « Good Morning Good Morning » des Beatles en 1967. L’effet est surprenant : à 71 ans, McCartney ose un titre résolument contemporain, qui n’a rien de facile ni de purement nostalgique. La critique a été divisée sur « Appreciate » : pour certains, c’est un morceau “fantastique”, qui montre que Paul sait se réinventer en proposant un groove moderne digne de groupes alternatifs tels que The Beta Band; pour d’autres, il s’agit d’une tentative un peu forcée de suivre les tendances technoïdes, flirtant avec le maladroit. Un chroniqueur a ainsi trouvé que McCartney était « hors de sa zone de confort » sur ce titre, sur le fil entre le correct et l’embarrassant, tant il semble s’essayer à un style inhabituel pour lui. Quoi qu’on en pense, « Appreciate » apporte une couleur unique à l’album. Son ambiance pesante et son message – McCartney y répète l’importance de “prendre le temps d’apprécier” ce (et ceux) qui nous entoure(nt) – introduisent une pause réflexive après la légèreté de « New ». En live, ce morceau a même donné lieu à une mise en scène avec un robot géant (nommé Newman) dansant aux côtés de McCartney, soulignant le caractère futuriste de l’œuvre. En somme, « Appreciate » témoigne de l’esprit aventureux de Paul McCartney sur New : il n’hésite pas à tenter des choses nouvelles, au risque de décontenancer, pour prouver qu’il reste un artiste curieux de son époque et pas seulement le gardien de son glorieux passé.
8. « Everybody Out There »
Retour à un son plus acoustique et direct avec « Everybody Out There », piste pensée pour fédérer les foules. McCartney a conçu cette chanson dans l’optique explicite de la faire reprendre en chœur par le public lors des concerts. Dès l’introduction, une guitare acoustique 12 cordes égrène un riff simple et entraînant. La rythmique s’installe sur un tempo moyen, propice au battement de mains, et très vite un refrain à base de “woah-oh” entonnés par les chœurs fait son apparition – immédiatement taillé pour que les fans chantent en réponse depuis les gradins. L’énergie de « Everybody Out There » rappelle les hymnes que McCartney composa autrefois pour Wings ou pour ses tournées (on pense à l’esprit de « Mrs Vandebilt » ou aux titres faits pour galvaniser les foules). Le message est positif et engageant : il s’adresse « à tout le monde là-bas », les invitant à s’unir, à faire du bruit, et peut-être à prendre soin les uns des autres (« There’s a lot of people who need a helping hand » dit le premier vers). Sur le plan de la production, Giles Martin mêle efficacement la guitare acoustique principale à des percussions dynamiques et à des chœurs appuyés. On sent clairement que la chanson a été pensée pour sonner bien en live, avec ses passages où Paul lance “put your hands up” et encourage l’interaction. D’ailleurs, le titre a effectivement été rodé sur scène dès la sortie de l’album, McCartney le jouant par exemple au festival iHeartRadio peu avant la parution du disque. Du côté des critiques, « Everybody Out There » a reçu des avis partagés. Certains y voient un titre efficace et entraînant, l’un des plus accessibles de l’album, porté par son introduction accrocheuse et son refrain simple qui reste en tête. D’autres au contraire le jugent un peu trop calibré et générique : le Guardian a par exemple reproché à McCartney d’y céder à la facilité d’un folk façon Mumford & Sons avec de grands chœurs « oh-oh » à la Coldplay, qualifiant le morceau de « faux-folk pesant » sautant sur des recettes éculées. Quoi qu’il en soit, « Everybody Out There » remplit son rôle sur l’album en apportant une dose de simplicité fédératrice après les expérimentations de « Appreciate ». C’est une chanson sans prétention mais sincère, qui traduit le plaisir de McCartney à communier avec son public. Elle s’apprécie pleinement dans le contexte d’un concert, où son énergie positive et son refrain facile à chanter font mouche. Sur l’album, elle apporte une touche de convivialité bon enfant, même si elle peut sembler moins substantielle artistiquement par rapport à des titres plus ambitieux de New.
9. « Hosanna »
« Hosanna » est sans doute la chanson la plus mystérieuse et atmosphérique de New. Placée en neuvième position, elle offre un moment de calme presque vaporeux, contrastant avec la tonalité extravertie du morceau précédent. Produite par Ethan Johns, « Hosanna » est une ballade en clair-obscur dominée par une guitare acoustique délicate et des textures sonores oniriques. Le titre même, Hosanna – un terme à connotation religieuse signifiant en gros « sauve-nous » ou une exclamation de louange – donne une idée du caractère quasi-spirituel de la pièce. La chanson s’ouvre sur un drone délicat : un son tenu qui rappelle la tonalité d’un tamboura indien ou d’un harmonium, créant un tapis sonore planant. Par-dessus, McCartney joue des accords de guitare feutrés et chante d’une voix douce et feutrée, presque susurrée. L’ambiance est intimiste, comme si l’auditeur surprenait Paul en pleine méditation musicale. Mélodiquement, « Hosanna » se déploie lentement, sans chercher le refrain facile. Les progressions d’accords sont subtiles et instillent une légère tension harmonique. On retrouve quelques échos de l’expérimentation psychédélique de McCartney : de discrètes pistes inversées ou des effets filtrés se mêlent à la trame sonore, donnant une impression flottante et immersive. Les paroles de « Hosanna » semblent évoquer une prière amoureuse – McCartney implore une bien-aimée de « rester ce soir » et de « sauver » leur amour naissant, dans une sorte de supplique mêlant espoir et angoisse (on peut y voir un parallèle avec la ferveur religieuse du mot hosanna appliquée à l’amour humain). La beauté de la chanson réside dans son côté vaporeux et suggestif : rien n’y est explicite, tout est dans l’émotion ressentie. Beaucoup de commentateurs ont salué « Hosanna » pour sa richesse d’arrangement tout en retenue. Le Guardian par exemple cite ce morceau parmi les réussites de l’album, notant comment il « s’entrelace magnifiquement autour d’un drone de tamboura », créant une atmosphère captivante. D’autres y entendent un écho lointain de la sérénité mélancolique de certaines chansons de Chaos and Creation in the Backyard (2005), album où McCartney explorait déjà des ambiances plus introspectives. Sans être immédiatement accrocheuse, « Hosanna » gagne en profondeur à chaque écoute. Elle témoigne de la facette réflexive et spirituelle de McCartney sur New. Placée vers la fin de l’album, elle fait figure de joyau caché pour l’auditeur attentif, et offre un moment de grâce suspendue avant les derniers soubresauts du disque.
10. « I Can Bet »
Changement de décor avec « I Can Bet », un titre pop-rock enjoué qui redonne un coup de fouet rythmique en cette fin d’album. Produit par Giles Martin, « I Can Bet » est sans doute le morceau le plus typiquement McCartneyen de la seconde moitié de New : mélodie imparable, tempo dynamique, et ambiance légère. La chanson démarre sur un riff de claviers analogiques au son un brin rétro, rapidement rejoint par une basse groovy et une batterie bien en place. On pourrait presque se croire transporté à l’époque Wings des années 1970 tant l’ensemble dégage une vibe classic rock enjouée. McCartney y chante avec entrain, sur un registre médium aigu plutôt à l’aise pour lui, adoptant par moments un phrasé quasi parlé-chanté en rafale qui donne du mouvement aux couplets. Le refrain, où il s’exclame « I can bet » (qu’on peut traduire par « je parie que… »), est catchy et invite à taper du pied. On retrouve ici le Paul espiègle qui aime jouer avec les mots et les sous-entendus : « What I’m gonna do next, I’ll leave entirely to your imagination » lance-t-il malicieusement à un moment. Cette phrase suggestive (« Ce que je vais faire ensuite, je te laisse entièrement le soin de l’imaginer ») est typique de l’humour légèrement grivois dont McCartney parsemait déjà certaines chansons dans les années 70. Musicalement, « I Can Bet » ne révolutionne pas le genre, mais il est irréprochable dans son exécution. On y apprécie notamment un petit solo de synthétiseur au son vintage qui surgit après le deuxième refrain, clin d’œil aux claviers Moog que Paul utilisait sur McCartney II (1980). La production est propre, avec juste ce qu’il faut de vernis moderne pour que le morceau s’insère bien dans la playlist d’un album de 2013. Les critiques ont globalement accueilli « I Can Bet » de manière favorable pour son efficacité, sans toutefois le porter aux nues. Pour certains, c’est un des titres phares du disque, une véritable bouffée de légèreté pop-rock rappelant que McCartney sait toujours s’amuser (« “I Can Bet” est un titre très vif qui prouve que Macca a toujours le sens de la bonne chanson pop” note-t-on en substance). Pour d’autres, il passe sans laisser de forte impression : « I Can Bet » entre par une oreille et ressort par l’autre sans marque durable » écrivait par exemple le Guardian, trouvant le morceau agréable mais anodin. Il est vrai que placé après des chansons plus ambitieuses, « I Can Bet » peut sembler moins crucial. Néanmoins, il contribue à l’équilibre de l’album en apportant une dose de fun décomplexé et de rock classique. En concert, nul doute qu’il ferait secouer la tête et chanter le public, tant il est immédiatement accessible. Sans être le morceau le plus innovant de New, « I Can Bet » est le genre de plaisir simple que McCartney offre volontiers, et qui témoigne de sa capacité à écrire, même tard dans sa carrière, des titres pop entraînants avec une aisance déconcertante.
11. « Looking At Her »
L’avant-dernier titre de l’album, « Looking At Her », est une pièce aux deux visages qui surprend par ses contrastes internes. Co-produit par Giles Martin, ce morceau commence comme une délicate ballade amoureuse pour se transformer par instants en un segment bien plus électro et incisif. McCartney y décrit l’effet enivrant que lui fait la femme qu’il regarde – sans doute inspiré par sa propre épouse. Le couplet initial est tout en douceur : sur un lit de claviers feutrés et de basse ronde, Paul chante d’une voix presque chuchotée son ravissement contemplatif (« Looking at her, I feel like in a dream… »). L’ambiance est intime, la mélodie caressante, évoquant les ballades sophistiquées de McCartney dans les années 90 (Flaming Pie ou Flowers in the Dirt par exemple). Mais brusquement, le morceau change de visage : lors du refrain ou du pont, une saturation électronique envahit le spectre sonore. Des synthés acidulés produisent des squelches (couinements synthétiques typiques de la house music) , et la batterie se fait plus martelée. On croirait presque entendre surgir un sample d’un morceau d’EDM tant la transition surprend. Ce contraste saisissant semble refléter la dualité des émotions ressenties : la quiétude amoureuse d’un homme mûr soudain troublée par l’irruption de la passion jalouse ou de l’obsession. On peut interpréter ces explosions électro comme la traduction sonore du cœur qui s’emballe ou des tourments intérieurs cachés sous la surface sereine du protagoniste. McCartney joue habilement de ces deux registres, maîtrisant aussi bien le murmure mélodique que l’emportement moderniste. Vocalement, il module entre douceur et intensité avec aisance. « Looking At Her » est également truffé de détails d’arrangement intéressants : ici un chœur discret en backing vocal qui rappelle les Beach Boys, là une guitare électrique qui ronronne en sourdine. Le Guardian a souligné ce mariage étonnant de styles en notant que cela allait jusqu’à des « gargouillis de synthé acid house sur Looking At Her », preuve que McCartney n’a pas hésité à teinter sa pop de touches électroniques pointues. Sputnikmusic relève de son côté que c’est « une chanson plus douce que le reste de l’album, avec un refrain très accrocheur et de bonnes paroles », montrant que « Macca a toujours le sens de l’écriture ». De fait, sous ses atours expérimentalistes, « Looking At Her » reste un morceau solidement écrit, au refrain entêtant. Cette chanson éclaire une facette un peu plus audacieuse de New : McCartney y prouve qu’il peut intégrer des éléments de musique électronique moderne sans perdre son identité mélodique. L’alchimie peut dérouter à la première écoute, mais elle rend « Looking At Her » intrigante et attachante. C’est un des titres qui contribue à donner à New sa richesse d’ensemble, en évitant la monotonie et en faisant le lien entre la tendresse sentimentale et l’audace sonore.
12. « Road »
Pour clore l’album New (du moins avant le morceau caché), Paul McCartney a choisi « Road », une piste envoûtante qui emmène l’auditeur dans une sorte de voyage sonore nocturne. Co-écrite et produite par Paul Epworth, « Road » se distingue par son ambiance planante et mystérieuse, presque cinématographique. Le morceau s’ouvre sur une ligne de basse grave et insistante – une basse driving qui pulse comme un moteur sur l’autoroute – immédiatement rejointe par une batterie au groove lent mais puissant. Des nappes de claviers atmosphériques installent un décor crépusculaire, tandis que McCartney pose sa voix avec retenue, en demi-teinte, presque en retrait. Cette approche vocale donne l’impression qu’il chante pour lui-même, en introspection, tandis que la route défile. On pense un peu à l’ambiance de certaines chansons de Memory Almost Full (telles « House of Wax ») ou à l’expérimentation électro-rock de Electric Arguments (son projet The Fireman de 2008), avec cependant ici une production plus léchée. Le refrain de « Road » n’est pas évident ni éclatant ; c’est plutôt un mantra subtil qui monte en intensité progressivement, à coups de « ooooh » en arrière-plan et de couches instrumentales qui s’épaississent. Vers la fin, la chanson atteint une sorte de crescendo hypnotique, avec des chœurs éthérés et des sons de guitares distordues qui planent au-dessus du mix. L’atmosphère générale évoque un périple solitaire, peut-être une métaphore du chemin parcouru par McCartney dans sa vie. On peut aussi y voir la conclusion du voyage musical varié qu’a constitué l’album – après avoir exploré tant de styles, McCartney nous ramène sur la route, symboliquement prêt à continuer le voyage. Les critiques ont salué « Road » pour sa richesse sonore et son audace feutrée. Des fans y ont vu un morceau captivant par son rythme lancinant et ses basses profondes qui restent en tête. Le Daily Bruin a estimé que si l’album s’était terminé sur « Road », New aurait constitué un ensemble parfaitement solide qui confirmerait McCartney sur le trône du rock ‘n’ roll. Il est vrai que « Road », de par son statut de dernier titre officiel de l’album, apporte une conclusion satisfaisante, à la fois sombre et pleine d’espoir, un peu comme un générique de fin ouvert. Cependant, Paul McCartney en a décidé autrement en ajoutant un épilogue caché après ce morceau…
Morceau caché : « Scared »
Bien que « Road » apparaisse comme la dernière piste listée de New, l’album recèle en réalité un treizième titre caché intitulé « Scared ». Après quelques secondes de silence suivant « Road », « Scared » surgit discrètement, offrant un épilogue intime au disque. Sur cette ballade minimaliste, Paul McCartney se retrouve seul au piano, comme au milieu de la nuit, pour confesser ses peurs les plus profondes en amour. Le morceau débute par de simples accords de piano acoustique, doux et mélancoliques. La voix de McCartney entre alors, proche de l’oreille de l’auditeur, presque murmurée tant l’émotion la fait trembler. « I’m scared to say I love you, afraid to let you know… » chante-t-il d’emblée (« J’ai peur de te dire je t’aime, peur de te le faire savoir… »), posant le thème sans détour : la peur d’exprimer ses sentiments. On devine qu’il s’adresse à la femme qu’il aime, avouant sa vulnérabilité : « That the simplest of words won’t come out of my mouth, though I’m dying to let them go » – il admet avoir “les mots les plus simples bloqués dans la gorge, alors même qu’il meurt d’envie de les laisser sortir”. Rarement McCartney aura paru aussi émotionnellement à nu sur une chanson d’amour. Cette sincérité brute, soutenue uniquement par l’élégance épurée du piano, confère à « Scared » une puissance d’évocation remarquable. On y entend l’homme derrière la légende, avec ses doutes et sa pudeur. La mélodie, bien que sobre, possède une gravité touchante, rappelant un peu l’ambiance de certaines compositions tardives de John Lennon (« Love » ou « Jealous Guy » viennent à l’esprit dans l’esprit de confession dépouillée). Plusieurs critiques ont été frappés par « Scared », le qualifiant de conclusion parfaite à l’album. Le Daily Bruin décrit ce morceau caché comme « l’ultime hourra mélancolique de McCartney, une histoire d’amour mélancolique que Paul raconte très bien », soulignant la justesse bouleversante de cette simplicité piano-voix pour clore le disque. McCartney lui-même s’est dit très fier de « Scared », et on comprend pourquoi : en moins de trois minutes, il parvient à émouvoir profondément en se dévoilant sans artifices. Placé en bout de course, « Scared » agit comme une confession nocturne, un secret chuchoté à l’oreille de l’auditeur après le tourbillon des chansons précédentes. C’est la note de vulnérabilité ultime qui humanise encore un peu plus l’album, rappelant que derrière la rockstar se cache un homme qui doute et qui aime. Ainsi se conclut New sur cette touche délicate, prouvant que McCartney n’a rien perdu de sa capacité à toucher les cœurs avec une simple mélodie sincère.
Réception critique et succès commercial
À sa sortie, New a été accueilli avec enthousiasme par la majorité de la presse musicale, qui y a vu un retour en grâce de Paul McCartney en studio. De nombreux critiques ont souligné que cet album présentait un McCartney revitalisé, inspiré et pertinent en 2013. Le Telegraph britannique a encensé l’album avec la note maximale (5 étoiles), saluant un disque « enjoué et mélodique » qui prouve que « le talent de l’ancien Beatle est intemporel ». Rolling Stone, de son côté, a attribué 4 étoiles sur 5 à New, en le décrivant comme « énergisé et plein d’une joyeuse inventivité rock’n’roll », ajoutant que ce n’était « pas juste un voyage sentimental, mais un album qui veut s’inscrire dans le dialogue pop du 21e siècle ». Effectivement, pour le rédacteur de Rolling Stone, New montre que McCartney ne se contente pas de ressasser son glorieux passé, mais cherche à dialoguer avec la musique de son temps – sans renier son style propre. Entertainment Weekly a également été conquis (note A-), estimant que New « célèbre l’idée que la pop peut encore revigorer, inspirer et surprendre – même quand on a contribué à l’inventer ». Dans la presse internationale, les louanges étaient similaires : l’Irish Times a trouvé que New montrait McCartney « dans une de ses meilleures formes depuis longtemps » (4 étoiles), tandis que le Montreal Gazette au Canada parlait de « son effort le plus irrésistible depuis des décennies ». Plusieurs critiques ont mis en avant des chansons spécifiques comme preuves de la réussite de l’album : Rolling Stone a cité « On My Way to Work » comme « le morceau le plus Beatlesien » du lot, et désigné « Early Days » comme « le véritable tournant : un mémorandum nostalgique et rêveur avec une pointe d’espièglerie raffinée ». Pour le Daily Telegraph, la collaboration avec de jeunes producteurs a peut-être apporté un « état d’esprit frais » à McCartney, mais au final « ces 12 chansons sont du McCartney millésimé », l’album prouvant définitivement que « son talent est sans âge ».
Cela ne veut pas dire que New a fait l’unanimité absolue. Quelques voix discordantes ont noté des faiblesses, notamment du côté de la cohérence. Le Guardian a publié une critique plus mesurée (3 étoiles sur 5), appréciant certaines pistes mais trouvant l’ensemble inégal. Le quotidien britannique a reconnu des moments brillants – par exemple, il juge « Appreciate » « fantastique » et « Early Days » excellent – mais estime que d’autres titres sont plus anodins (« New » la chanson est jugée « agréable mais légère, un petit air à la Good Day Sunshine sans grande portée », et « I Can Bet » passerait presque inaperçu selon eux). Le critique du Guardian déplore que personne n’ait osé jouer le rôle d’éditeur pour resserrer l’album, insinuant qu’à ce stade de la carrière de Paul, « la seule chose qui lui manque est la seule qu’il ne peut avoir : un égal capable de filtrer ses idées ». De son côté, le magazine Slant a reproché à l’album un certain aspect « anodin et inoffensif », regrettant que la présence de quatre producteurs n’ait pas vraiment modernisé le son de McCartney autant qu’espéré. Slant concède cependant que les moments où Paul laisse transparaître une « anxiété humaine » – entendons par là ses doutes et fragilités, comme sur « Early Days » ou « Scared » – donnent à New un relief qui prouve qu’il y a encore une créativité vivace chez lui. Le journal The Independent (3/5) a attribué le côté inégal de l’album justement à la multiplicité des producteurs, parlant d’un ensemble « décousu » par instants à cause de cette variété de styles. Enfin, le NME a publié une critique positive en saluant « son album le plus agréable depuis des années », tout en notant ironiquement que malgré son titre New, le disque sonnait comme « un vieux briscard qui s’amuse avec de vieilles recettes » – une remarque à la fois taquine et affectueuse qui souligne que McCartney brille surtout quand il fait du… McCartney. Le NME applaudit des titres comme « New » et « Alligator », mais trouve que sur « Early Days », Paul ne peut s’empêcher de vouloir régler ses comptes en s’assurant que “tout le monde sache qu’il était l’égal de John Lennon” – allusion à l’aspect défensif perçu dans les paroles.
Du côté du public et des fans, New a globalement été très bien reçu. Beaucoup de fans de longue date l’ont considéré comme le meilleur album de McCartney depuis un bon moment, certains le comparant favorablement à ses œuvres marquantes des années 1990 voire 1980. Sur les forums et réseaux sociaux, on a loué la fraîcheur inattendue de l’album, sa production moderne, et le fait qu’à plus de 70 ans, Paul McCartney ne se repose pas sur ses lauriers mais cherche encore à prendre du plaisir et à en donner. Les chansons « New », « Queenie Eye » ou « Save Us » ont vite trouvé leur place dans les setlists des concerts de McCartney à l’époque, et les retours en concert montraient que le public les accueillait chaleureusement aux côtés des classiques.
Sur le plan commercial, New a sans conteste été un succès pour McCartney, confirmant son statut toujours solide sur la scène musicale internationale. L’album est entré directement n°3 des ventes aussi bien au Royaume-Uni qu’aux États-Unis lors de sa sortie. Aux USA, il s’est écoulé à 67 000 exemplaires dès la première semaine, et environ 217 000 copies y avaient été vendues deux ans plus tard en 2016. Au Royaume-Uni, New a offert à McCartney un vingt-deuxième Top 10 albums dans sa terre natale. Le disque a également atteint le sommet des classements dans plusieurs pays : il a été numéro 1 au Japon (où il a connu un énorme engouement, devenant son premier album à se classer top 3 là-bas depuis 1982), et numéro 1 en Norvège pour la première fois depuis 1989. Au total, New s’est classé dans le Top 10 dans au moins 17 pays à travers le monde, témoignage de la portée mondiale de McCartney. En fin d’année 2013, le très influent Rolling Stone l’a même classé 4ᵉ meilleur album de l’année tous genres confondus, exploit remarquable pour un artiste de sa génération.
La sortie de New a par ailleurs été entourée d’un important battage médiatique orchestré par McCartney. Déterminé à promouvoir son album auprès de toutes les générations, Paul a multiplié les apparitions événementielles. Il a ainsi créé la surprise en donnant un mini-concert improvisé en plein Times Square à New York à l’heure du déjeuner, attirant une foule de passants ébahis. Il a aussi joué dans la cour d’une école dans le Queens (la Frank Sinatra School for the Arts) pour un show surprise devant des étudiants ravis. McCartney a occupé les plateaux de télévision américains, passant chez Jimmy Fallon et Jimmy Kimmel en l’espace de quelques jours, et allant même discuter longuement chez Howard Stern à la radio – preuve qu’il cherchait à toucher tous les publics, du talk-show grand public à l’interview plus fouillée. Il a présenté certains titres de New en avant-première lors du iHeartRadio Music Festival de Las Vegas fin septembre 2013, générant un buzz important. Cette campagne de promotion intensive, alliée à des critiques élogieuses, a fait de New non seulement un succès commercial mais aussi un véritable événement culturel de l’automne 2013. McCartney, en légende vivante, a su montrer qu’il pouvait encore “arrêter la circulation” (au sens propre comme au figuré) pour la sortie d’un nouvel album – un privilège rare.
En définitive, New a confirmé que Paul McCartney, plus de cinquante ans après ses débuts, restait un artiste pertinent et inspiré. Grâce à un travail de production intelligent et à une palette de chansons riche et variée, il a réussi à satisfaire la critique, à charmer les fans et à susciter la curiosité d’un public plus jeune. New s’inscrit comme un chapitre important de la fin de carrière de McCartney, souvent cité aux côtés de Chaos and Creation in the Backyard (2005) ou de Egypt Station (2018) parmi ses réussites tardives. Avec cet album, Sir Paul a prouvé de la plus belle des manières que la créativité n’a pas d’âge et que son talent mélodique demeure intact, ce que résumait si bien le Telegraph : « le 16ᵉ album solo de Paul McCartney prouve que son talent est intemporel ». En écoutant New, on ne peut qu’acquiescer : l’ex-Beatle y apparaît à la fois fidèle à lui-même et résolument tourné vers l’horizon, comme un artiste qui refuse de vivre sur ses acquis et continue d’avancer sur la route de la musique avec enthousiasme.
